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Le monde de Kusturica se libère par la musique

May Sélim, Dimanche, 05 décembre 2021

Réalisateur hors normes et membre du groupe musical The Non Smoking Orchestra, Emir Kusturica a été président du jury de la 43e édition du Festival du film du Caire. Il a fait part de sa passion pour la musique, lors d’une rencontre-débat avec le public.

Le monde de Kusturica se libère par la musique

Le temps des gitans, Arizona Dream, Chat noir Chat blanc sont des films du réalisateur serbe Emir Kusturica qui respirent la musique. Président du jury de la dernière édition du Festival du film du Caire qui vient de s’achever, il a parlé de son rapport spécial avec la musique, marquant la totalité de sa filmographie. « Je joue de la musique depuis 24 ans. Mon rapport à la musique a changé au cours des années. Dans mes deux premiers films, j’ai eu recours à la musique juste pour suivre le déroulement des événements. A partir de mon troisième film Le Temps des gitans (1988), la musique a été pleinement intégrée dans le tissu de la vie des personnages. Ce fut aussi le cas avec mon film Underground (1995) », a souligné le réalisateur de « la réalité magique », également un bassiste et membre du groupe musical The Non Smoking Orchestra.

Durant un Master class ouvert à tout le public, il a expliqué que la musique, souvent très liée à ses origines, a constitué pour lui une bouée de sauvetage. Ce fut le cas par exemple de son film hollywoodien Arizona Dream (1993), où il était face aux règles du jeu américain, la musique l’a sans doute aidé à relever le défi. « Le cinéma, c’est de la musique. La musique est beaucoup plus proche du cinéma que la littérature ou le théâtre. Le fait qu’aujourd’hui l’industrie du cinéma transforme tous les bons et même les demi-bons romans en des films est une question de fonctionnalité du marché. Les producteurs se concentrent sur ce qui pourrait potentiellement générer les plus grands revenus et attirer le plus grand nombre de jeunes », a-t-il indiqué.

Avec son groupe The Non Smoking Orchestra, en costume de scène, Kusturica joue la musique de ses films, puisant dans le rock et le patrimoine des Balkans. Le groupe offre au public « une musique du monde ». Celle-ci est présente dans les bandes originales de tous ses films. D’ailleurs, dans son documentaire Super 8 Stories (2000), il retrace une tournée triomphale du groupe en Europe de l’Ouest.

« La musique n’est pas un accessoire »

« Malheureusement, au cours des dernières décennies, la musique est souvent utilisée comme un accessoire aidant le film, et non pas comme un élément essentiel de l’oeuvre. La musique et la musicalité sont les critères majeurs qui nous permettent de faire la différence entre les bons et les mauvais réalisateurs », a déclaré Kusturica. Et d’ajouter: « Si vous avez besoin de musique pour approuver le tempo de votre film, vous avez des problèmes. Vous devez avoir vos séquences, une après l’autre, mesurées par les battements de votre coeur. Si vous êtes réalisateur et monteur, le battement de votre coeur est ce qui détermine où votre coupure devrait être. C’est presque ridicule de dire qu’aujourd’hui ils (les hommes de l’industrie du cinéma) vous tuent pour cela. Et ce, parce que le cinéma a adopté le langage des publicités, il faut être rapide, il faut être dans le tempo. C’est l’erreur majeure des films d’aujourd’hui », a-t-il déploré.

S’éloignant alors de cet esprit commercial, il travaille sur son nouveau film autour de Gengis Khan. « C’est presque ma propre autobiographie », a-t-il conclu, en éclatant de rire

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