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Des films, mais des sièges vides

Walid Abou El Séoud, Lundi, 12 août 2013

La saison estivale de cinéma est fortement touchée par les remous politiques internes qui pèsent sur la fréquentation des salles. La faible qualité des films égyptiens n'encourage pas le public, même pendant la fête du petit Baïram.

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Qalb al-assad.

Le cinéma égyptien traverse une véritable crise cet été. De quoi avoir réduit le nombre de semaines de projection des films. Au nombre d’une vingtaine durant les saisons estivales précédentes, 7 films seulement sont sortis en salle cet été. Le public fuit-il les cinémas ? Risque-t-on de se retrouver dans la même situation pendant d’autres congés et jours fériés ?

Selon le réalisateur, scénariste et producteur, Alaa Al-Chérif, les revenus de cet été ont connu une baisse considérable. Car la saison a mal commencé avec un film joué par la vedette Ahmad Mekki, à savoir Samir Aboul-Nil. « Le public n’a pas apprécié ce film, s’attendant à une comédie plus fine de la part de Mekki. Contrairement aux attentes, c’est le film Tattah, avec Mohamad Saad, qui a attiré un plus grand nombre de spectateurs. Les distributeurs étaient vraiment surpris », souligne-t-il. Alaa Al-Chérif étoffe les raisons de la crise : Après avoir été déçu par le film d’Ahmad Mekki, le public s’est dirigé vers les films étrangers. La preuve en est que Fast & Furious, avec Ven Diesel, a réalisé durant la première semaine un chiffre de 1,3 million de L.E. malgré un nombre limité de copies. Ceci revient au fait que le public des salles de première classe a tourné le dos aux films locaux.

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Al-Brinsissa.

« Je suis inquiet quant à l’avenir de l’industrie cinématographique. Les gens ont de plus en plus tendance à répéter : on ne va plus regarder des films égyptiens, optant plutôt pour les oeuvres étrangères », dit-il, incitant les producteurs de films « populaires » à ne pas baisser les bras. Car cette rengaine à la mode constitue un vrai danger aux yeux de plusieurs. Elle révèle surtout que le public égyptien boude désormais son propre cinéma, étant peu satisfait du niveau général.

Ahmad Al-Sobki, producteur de Tattah et Al-Harami wal aabit (le voleur et l’imbécile) projeté en salle cet été, présente pour la fête du petit Baïram Qalb al-assad (coeur de lion). Al-Sobki, réputé pour ses films à portée populaire, assure que les recettes sont effectivement très faibles, même en ce qui concerne ses productions normalement à succès. Le producteur montre le péril du doigt : la régression est due aux circonstances politiques. Les coupures d’électricité et l’absence de sécurité n’encouragent pas les gens à se rendre dans les salles obscures. Comment demander au public d’aller au cinéma alors que la projection peut être interrompue à tout moment par des pannes d’électricité devenues très fréquentes ? Pour Al-Sobki, le film de Mekki, Samir Aboul-Nil, n’est donc pas à l’origine de la crise. C’est plutôt l’état des lieux de toute une société en mutation qui explique la situation.

Absence de touristes

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Tom & Jimmy.

Mounib Al-Chafeï, président de la Chambre de l’industrie cinématographique, évoque un autre point qui « a gâché la saison », selon ses dires : l’absence de touristes du Golfe. Ceux-ci avaient l’habitude de venir en Egypte pour se divertir durant l’été, appréciant notamment les comédiens et les artistes égyptiens. De quoi accroître la baisse des rentrées cinématographiques. « Toutes les circonstances actuelles vont contre l’épanouissement de cette industrie », affirme Al-Chafeï, rejetant l’idée que le public préfère regarder des films américains, expliquant : « Les taxes sur les tickets de cinéma des films égyptiens sont inférieures aux taxes sur les billets des films étrangers. Si Fast & Furious a enregistré des revenus assez élevés à comparer avec d’autres films égyptiens projetés en même temps c’est parce que ce sont les ménages qui avaient l’habitude de regarder des films locaux qui se sont absentés des salles. Les jeunes, eux, ont toujours opté pour des films étrangers, et ceux-ci continuent à aller au cinéma ».

Le septième art souffre d’une vulgarité hors pair aussi. Tandis que les producteurs affirment souvent tourner des films à l’image du public, les critiques, telle Magda Kaïrallah, ne lésinent pas sur les mots, pour exprimer l’absence de films de qualité : « Aucun des films de la saison, ni celui de Mekki, ni de Saad, ni les oeuvres présentées par Khaled Al-Sawi et Khaled Saleh n’ont réussi à attirer le public. La preuve est que le public a choisi d’aller au cinéma, en dépit des circonstances politiques et économiques, et opté pour les films étrangers. Les critiques n’y sont pour rien ». Selon Kaïrallah, le climat social peu favorable au cinéma n’a pas manqué non plus de nuire à de bons films donnés cet été, comme Harag wa marag (tohu-bohu) de Nadine Khan et Aacham de Magui Morgan. Les choses ne changeront guère pour les films de la fête. Ceux-ci n’enregistreront pas de bonnes recettes et seront même loin du niveau minimal espéré.

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Nazareyat ammeti.

Projections reportées

La maison de production et de distribution Al-Arabia a décidé de reporter la projection du film La Garçonnaira, préférant que des comédies sociales comme Kalbi dalili (mon chien me guide) et Qalb al-assad (coeur de lion) soient projetées dans un plus grand nombre de salles. Le film Ech al-bolbol (nid de moineau), interprété par le chanteur populaire Saad Al-Saghir, a été reporté jusqu’au grand Baïram, le tournage n’étant pas terminé. Egalement le film Hatouli raguel (amenez-moi un homme) a été reporté et la société Aflam Al-Nasr, responsable de sa distribution, l’a remplacé par Al-Brinsissa (la princesse).

Films de la fête, synopsis :

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Kalbi dalili.

Kalbi dalili (mon chien me guide)

C’est l’histoire d’un officier de police posté en Haute-Egypte qui, à la suite d’un problème, se retrouve muté dans la station balnéaire huppée de Marina, sur la Côte-Nord. Il tentera de faire ses preuves auprès de la jet-set. Avec Sameh Hussein, May Kassab et Ahmad Zaher. Scénario : Sayed Al-Sobki. Metteur en scène : Ismaïl Farouq.

Qalb al-assad (coeur de lion)

Un enfant s’égare, près d’un cirque. Il y grandit, puis se mêle au monde de la contrebande et à la pègre. Le film est en quelque sorte inspiré du Cirque, de Atef Salem, avec Hassan Youssef et Samira Ahmad, et du Mouled de Samir Seif, avec Adel Imam et Yousra. Qalb al-assad est interprété par Mohamad Ramadan, Houriya Farghali et Hassan Hosni. Scénario : Sayed Al-Sobki. Metteur en scène : Karim Al-Sobki et Ismaïl Farouq.

Tom & Jimmy

Une fillette incarnée par la comédienne en herbe, Janna, passe par des circonstances difficiles. Des amis à ses parents se trouvent obligés de prendre soin d’elle, d’où une veine de situations comiques. Avec Hani Ramzi, Janna et Hassan Hosni. Scénario : Mohamad Al-Nabawi et Sameh Ser-Elkhetm. Metteur en scène : Akram Farid.

Al-Brinsissa (la princesse)

Les événements se déroulent dans une boîte de nuit. Le public découvre ainsi un monde très différent, en présence d’hommes de main et de femmes à poigne, faisant régner la raison du plus fort. Avec pour morale à cette histoire : l’argent ne fait pas le bonheur, malgré tout. Avec Ola Ghanem, Randa Al-Béheiri et Hossam Farès. Scénario : Moustapha Al-Sobki. Metteur en scène : Waël Abdel-Qader.

Nazareyat ammeti (la théorie de ma tante)

Un célèbre présentateur de télévision s’expose à des situations embarrassantes vu sa célébrité. Ses admirateurs pèsent sur sa vie privée, du coup il décide de partir à l’étranger. Là-bas, il sera entièrement dépendant de sa tante. Cette dernière est interprétée par la comédienne Lébléba. Avec Houriya Farghali et Hassan Al-Raddad. Scénario : Omar Taher. Metteur en scène : Akram Farid.

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