Culture > Arts >

Les nouvelles astuces du marketing Sonore

Lamiaa Alsadaty, Mercredi, 03 février 2021

Tandis que l’industrie du disque décline peu à peu, le marché musical est à la recherche de nouvelles options de commercialisation. Les chanteurs sont toujours prêts à en profiter. Explications.

Les nouvelles astuces du marketing sonore

Musique et pub ont toujours été indissociables. Depuis déjà des années, les publicitaires n’hésitent pas à miser sur des chansons à succès pour mettre en lumière un produit. Classiques, jazz ou pop, les chansons qui faisaient tabac étaient réutilisées dans les publicités. Aujourd’hui, certains titres ne se sont fait connaître que grâce à leur présence dans des publicités. De quoi leur permettre de ressortir en singles sur les plateformes. Les exemples sont nombreux : la nouvelle chanson de Amr Diab Ya Ana Ya Lä (moi seul, si non personne d’autre), écrite par Ayman Bahgat Qamar, composée par Mohamad Yehia et arrangée par Adel Hakky, a été d’abord lancée pour faire la pub de Pepsi. Enta Min (qui es-tu ?) de Bahaa Sultan et Mohamad Essily, écrite par Amir Teama, composée par Essily et arrangée par Aly Fathallah, a été lancée pour la campagne publicitaire de Banque Misr. Il en est de même pour la chanson de Mohamad Ramadan Number One, écrite par Kanka et Shendy, composée par ce dernier et arrangée par Desel, qui a été lancée pour une pub de la société de télécommunications Etisalat.

Les nouvelles astuces du marketing sonore
Amr Diab interprétant Ya Ana Ya Lä, dans la pub de Pepsi.

Les publicités font partie des outils visuels de marketing, qui donnent envie aux fans de mieux découvrir ce que leurs chanteurs préférés ont à offrir, et la qualité des vidéoclips est aussi d’une importance capitale. L’originalité doit être au rendez-vous. Il faut faire donc attention à la qualité des images et du son, afin de capter l’attention du public. Bref, l’impressionner. Radwa Kamel, cofondatrice de l’agence publicitaire Marope, spécialisée en marketing numérique, souligne qu’une bonne publicité devrait être bénéficiaire pour l’artiste et pour le produit qu’on cherche à commercialiser. Qu’est-ce qu’une bonne publicité ? « C’est celle où les images qui défilent mettent en scène un produit qui s’adapte à l’image de la star : Etisalat, par exemple, est une agence de télécommunications qui cherche à cibler une clientèle de différentes classes sociales. Ainsi, il était normal d’avoir recours une fois à Mohamad Mounir et une autre à Mohamad Ramadan. En outre, la visibilité de la chanson sur de différents supports, entre autres la télé, fait que la chanson accroche et marque les esprits », précise Radwa Kamel.

Par ailleurs, cette dernière affirme que toutes les grandes entreprises ont des méga-comptes sur les réseaux sociaux, ce qui encourage davantage les chanteurs à accepter de faire de la pub pour celles-là, afin d’avoir accès aux plus grands nombres possibles de clients. Ainsi les réseaux sociaux s’imposent sur la scène publicitaire face à la télévision pour se tirer la bourre.

Musique et numérique

Si dans le temps, les producteurs et distributeurs pensaient que la pochette de l’album devait être impeccable. Ce n’est plus le cas aujourd’hui avec le marché du streaming. Celui-ci fonctionne autrement. « Les habitudes des consommateurs ont beaucoup évolué. Les technologies digitales nous permettent, dorénavant d’attirer précisément l’audience que nous souhaitons », explique Radwa Kamel. Et d’ajouter : « Faire connaître les oeuvres d’un artiste ou d’un groupe musical ne se fait qu’en les partageant au maximum sur les réseaux sociaux ».

Lancer quelques vidéos sur YouTube ou sur son site Web ne suffit pas. Il faut aussi être présent sur Twitter, Facebook, Instagram, etc. aussi bien que sur toutes les autres plateformes de streaming à l’image de Deezer, Google Play Music, Spotify ou Anghami. Ainsi, il est normal de voir récemment des chanteurs comme Mohamad Fouad ou Mohamad Mounir lancer leurs nouveaux singles sur ces différents réseaux sociaux, avant de lancer leurs albums en entier.

L’idée est de donner à leurs fans potentiels l’envie d’en savoir un peu plus et le désir de mieux écouter leurs chanteurs préférés. « Il faut créer des bannières Facebook, Twitter et YouTube et faire une publication sur sa page Facebook ou sur Instagram. En outre, tous ces supports doivent présenter les mêmes visuels et le même contenu. Autrement dit, le public doit avoir les mêmes informations, peu importe le support qu’il consulte », explique Kamel.

Ainsi, lorsqu’il faut partager une information ou une actualité importante, à titre d’exemple, il est important d’harmoniser tous les supports. Mais ces titres seraient-ils entrés dans la mémoire collective sans l’aide des plateformes ?

Etre le meilleur dans sa « niche musicale »

Les nouvelles astuces du marketing sonore
Bahaa Sultan interprétant Enta Min, dans la pub de la Banque Misr.

« Le marché de la musique évolue et se tourne massivement vers le streaming musical. Ce mode de consommation monte en puissance au niveau mondial, mais aussi local », déclare Reem Tarek, responsable de la promotion des contenus en Egypte et en Afrique du Nord chez Anghami, la plateforme la plus populaire dans la région. « Lancée en Egypte depuis 2015, donc avant toutes les autres plateformes, Anghami est devenue le numéro 1 dans la région. Ce qui la caractérise par rapport aux autres, c’est le fait d’être une plateforme arabe dont les fondateurs sont des Libanais. L’identité est un vecteur primordial qui permet de bien comprendre les choix de nos clientèles », affirme Tarek, en faisant allusion aux plateformes concurrentes comme Deezer qui est française et Spotify la Suédoise.

Comment fonctionnent ces plateformes ? « Que ce soit en version gratuite ou payante, la plateforme gagne de l’argent dans un premier temps grâce aux publicités diffusées entre les écoutes. Puis, dans un second temps, c’est l’abonnement mensuel qui permet la rémunération de la plateforme, des chanteurs et des maisons de disque », ajoute-t-elle.

Ainsi, plus le morceau est écouté, plus l’artiste est rémunéré, etc. « Certains chanteurs en herbe ont vu leur nombre d’abonnés sur des plateformes monter en flèche grâce à un bon placement sur une playlist. Ce sont finalement les playlists qui leur ont apporté la visibilité qu’ils n’ont pas réussi à obtenir à travers les interviews par exemple », poursuit-elle son analyse.

Proposer sa musique à des créateurs de playlists est devenu un aspect fondamental des nouvelles stratégies de marketing sonore. A chaque genre sa playlist. Et le fait d’être présent sur plusieurs playlists, à condition de respecter la compatibilité, permet plus de visibilité.

« Un simple clic sur le nom d’un chanteur permet de découvrir sans cesse de nouveaux titres. En outre, on propose à nos artistes, qu’ils soient des chanteurs ou compositeurs, de différentes offres de manière à pouvoir bien collecter des auditeurs », conclut Reem Tarek. La question est donc de bien déterminer sa niche.

Une niche musicale, c’est quoi ? Il s’agit tout simplement d’un terme qui indique un marché spécialisé. Chaque artiste-créateur de playlist doit connaître les caractéristiques de sa niche musicale. En effet, il faut détenir certaines données telles la catégorie d’âge de ses fans, ainsi que leurs habitudes de consommation. « Ce sont surtout les jeunes qui ont souvent recours aux plateformes, pour écouter de la musique ou faire des téléchargements. Ces plateformes s’adressent de manière générale à tous les amoureux de musique et ont bien réussi à capter l’attention d’un public jeune, amateur de nouvelles technologies et ultra-connecté », explique Sameh Morcos, producteur et distributeur expert en la matière. Ainsi, les artistes et les créateurs des plateformes de streaming y voient un intérêt commun. Selon Morcos, les grands labels ont signé des contrats concernant les droits d’auteur des oeuvres diffusées, ce qui permet à l’entreprise de diffuser des millions de titres. De quoi satisfaire un grand nombre d’utilisateurs afin de les amener à opter pour la version payante. L’utilisateur ou abonné de Spotify ou toute autre plateforme recherche avant tout à écouter de la musique, tout en découvrant de nouveaux titres ou artistes, en fonction de ses goûts musicaux.

« Les plus âgés ont tendance à avoir recours à YouTube ou aux pages Facebook pour écouter leurs chanteurs préférés », souligne Morcos. Une remarque qui justifie notre observation : en deux semaines, le nouveau single du grand chanteur Ali Elhaggar Law Ayez (si tu veux) a fait sur YouTube 21 000 écoutes, tandis que sur Spotify, il a fait moins de 1 000 écoutes.

De même, Bitensa (tu oublies), la nouvelle chanson de Hany Chaker, sortie il y a un mois, a fait sur YouTube 682 000 écoutes, contre 10 000 écoutes sur Spotify. Toutefois, le nombre d’écoutes pour des chansons des rappeurs à la mode comme Wegz et Shahin sur Spotify dépasse de loin, en deux semaines, ce qui a été lancé sur YouTube depuis un mois. La catégorie d’âge des fans, ainsi que leurs habitudes de consommation comptent beaucoup certainement. Le but est d’être le meilleur dans sa niche musicale, afin d’obtenir le soutien des fans.

Ces nouvelles stratégies de marketing sonore remplaceront-elles les stratégies traditionnelles ? « Sans aucun doute. Et c’est surtout le marketing numérique qui prendra la relève. Une alternative incontournable, qui permet en quelques clics la distribution des productions musicales au monde entier », conclut Radwa Kamel, la spécialiste en marketing numérique.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique