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Ressusciter le mythe Mahmoud Mokhtar

May Sélim, Lundi, 20 juillet 2020

L’artiste Abdel-Aziz Saab rend hommage au maître incontesté de la sculpture égyptienne Mahmoud Mokhtar (1891-1934), en réalisant une sculpture en bronze de six mètres de haut. Une oeuvre commandée par le ministère de la Culture, afin d’être placée dans la Nouvelle Capitale.

Ressusciter le mythe Mahmoud Mokhtar
Abdel-Aziz Saab à côté du buste de Mokhtar en argile. (Photo : Maher Daoud)

Réputé pour ses portraits de célébrités et ses oeuvres à haute charge émotionnelle, le sculp­teur égyptien Abdel-Aziz Saab vient de se lancer dans une nouvelle aven­ture. Il est en train de travailler sur une sculpture, en bronze, de 6 mètres de haut, représentant le sculpteur mythique Mahmoud Mokhtar (1891-1934).

C’est le secteur des arts plas­tiques, dépendant du ministère de la Culture, qui lui a demandé de concevoir cette statue colossale, afin de la placer dans la Nouvelle Capitale administrative. « Mahmoud Mokhtar est le premier sculpteur égyptien à réussir à faire le lien entre le passé et le présent. C’est un pionnier de la sculpture moderne. Il a associé les principes de la sculp­ture de l’Egypte Ancienne à ceux de la sculpture européenne. Son travail est un mélange du classique et du moderne. Ses oeuvres ont transformé la paysanne égyptienne en un modèle universel. Pour toutes ces raisons, l’idée m’excite », souligne Abdel-Aziz Saab.

Ce dernier étudie bien ses sujets. Ce fut le cas de la statue de l’écri­vain Abbas Al-Aqqad, placée devant les locaux de la télévision égyp­tienne à Assouan. Il compte bientôt commencer une sculpture d’Oum Kalsoum, et il a déjà réalisé des bustes d’autres célébrités comme la comédienne Faten Hamama, le compositeur et chanteur Mohamad Abdel-Wahab et l’écrivain Youssef Idriss. En fait, le sculpteur s’est penché sur la vie de ces derniers, et une fois parvenu à cerner leurs per­sonnalités, il en a fait des statues dévoilant leurs âmes. Dans le cas de Mokhtar, le défi est encore plus grand, car celui-ci a lui-même légué à la postérité des statues monumen­tales qui décorent jusqu’à présent les places du Caire et d’Alexandrie. Saab en est tout à fait conscient, en ce moment, il a à peine terminé le modelage en argile pour la tête de Mokhtar.

Sa technique consiste à réaliser des coups de couteau, superposant des couches d’argile. Ensuite, il accentue les bas-reliefs, pour créer une sorte de mouvement à la surface de l’oeuvre. « J’ai bien examiné les sculptures de Mokhtar pendant mes études à la faculté des arts appli­qués. Fasciné par ses oeuvres et ses modèles de paysanne, j’avais fait une reproduction de sa statue La Porteuse de jarre. Certaines per­sonnes ont cru que c’était vraiment une oeuvre originale », explique Saab.

Afin de mieux cerner la personna­lité de Mokhtar, Saab s’est attardé sur les détails de sa vie. « Mokhtar a longtemps souffert, afin de faire ses preuves en tant qu’artiste et revivi­fier l’art de la sculpture égyptienne. C’est un artiste légendaire qui a été très animé par l’idée du nationa­lisme égyptien », précise l’artiste qui tente de rendre à son modèle son aura légendaire. Il ne veut aucune­ment se contenter d’une représenta­tion figurative de l’artiste, mais a plutôt recours à son style impres­sionniste, afin de mieux exprimer le génie et la souffrance du sculpteur hors pair. Il cherche également à refléter le côté fougueux de Mokhtar, jeune. « Mais en fin de compte tout dépend de la réception et de l’interprétation du public », estime Saab.

Dans son atelier, dans la banlieue résidentielle de Madinaty, le travail se déroule d’arrache-pied. Il va bientôt passer à la phase des moules de plâtre pour le buste et le reste du corps. Ensuite, ce sera autour du moulage en bronze et des retouches finales.

Jusqu’à présent, l’artiste n’a pas trop de précisions quant à l’emplace­ment exact de la statue ; il sait sim­plement qu’elle est censée atterrir à la Nouvelle Capitale. « J’attends la décision du ministère, et ceci va me permettre de déterminer les dimen­sions et la forme du socle en granit qui portera la statue », indique-t-il.

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