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Karim Francis : Le centre-ville est encore vital

Névine Lameï, Mardi, 10 mars 2020

3 questions a Karim Francis, propriétaire de la galerie Karim Francis et l’un des cofondateurs du festival Al-Nitaq.

Karim Francis

Al-Ahram Hebdo : Pourquoi avez-vous décidé de ressusciter le festival Al-Nitaq, qui avait été lancé en l’an 2000 ?

Karim Francis : L’idée a germé à la suite d’une rencontre avec la patronne de la galerie Machrabiya, Stéphania Angarano, il y a deux mois. Cette dernière avait été parmi les cofondateurs du festival Al-Nitaq, dont la 1re édition a eu lieu en l’an 2000. Ensemble, nous avons pensé comment réhabiliter le centre-ville cairote, artistiquement parlant, qui a été de tout temps un centre d’art et de culture, mais qui a perdu malheureusement de son aura depuis la Révolution de 2011. Le public s’est éloigné du centre-ville à cause des incidents politiques. Néanmoins, l’espoir est toujours là. Car il y a plein d’espaces culturels qui ont survécu et d’autres qui viennent de naître. Les activités d’Al-Nitaq englobent plusieurs endroits du centre-ville, dont les galeries Machrabiya, Karim Francis, Lamassat, TownHouse, l’Atelier du Caire, le cinéma Zawya, la troupe de théâtre Al-Warcha, le centre Tahrir dans l’ancien campus de l’Université américaine, le centre Cocoon, le Café Riche, la librairie-boutique Oum Al-Dounia, le Musée du Caire, le palais Abdine et le Centre de l’image (CIC). Pour relancer Al-Nitaq, Stéphania et moi avons commencé par un travail de coordination avec quelques espaces culturels situés tous au centre-ville. Al-Nitaq n’est pas encore un festival au vrai sens du terme, mais c’est le début de quelque chose, une initiative que nous allons développer et que j’aimerais plutôt définir comme une balade à pied. Elle aura besoin d’encore beaucoup de soutien, de coordination et de bénévolat. A partir d’octobre prochain, les activités d’Al-Nitaq seront plus régulières et plus organisées. Nous sommes très enthousiastes.

Al-Nitaq 2020 suit-il la même politique que sa 1re édition ?

— Lors de la première édition, nous étions cinq galeries du centre-ville cairote ne bénéficiant d’aucun financement, à savoir Cairo-Berlin, Karim Francis, TownHouse, Machrabiya et Arabesque. Al-Nitaq touchait aux sept arts classiques et il le fera toujours. Au millénium, le festival a eu beaucoup de succès, plus qu’on n’en attendait. Malheureusement, le festival s’est arrêté deux ans plus tard, car c’était épuisant. Le problème est qu’il n’existe pas d’écoles spécialisées pour former des gens dans le domaine de la gestion culturelle. Il n’y a pas non plus de sponsors pour nous seconder ou d’entités qui fournissent une aide financière. Pour ce qui est d’Al-Nitaq 2020, les personnes intéressées ont pris en charge le financement de leurs projets. C’est à nous seulement d’assurer le travail de coordination et d’organisation, Stéphania et moi. Nous avons remarqué que les grandes activités culturelles attirent les gens beaucoup plus que les mini-événements. Et donc nous avons pensé fixer les vernissages de nos galeries Machrabiya et Karim Francis le même soir, soit le 1er dimanche de chaque mois. C’est un jour calme, favorable aux déplacements en centre-ville.

— Comment faites-vous pour donner plus d’envergure aux activités d’Al-Nitaq ?

— Al-Nitaq 2020 a préservé le logo de la 1re édition. Le mot Nitaq fait allusion à la constellation d’Orion. Pour nous, c’est un symbole de renaissance artistique et culturelle du centre-ville. L’idée consiste, comme je l’ai déjà dit, à faire une balade à pied, d’un lieu à l’autre, d’une galerie à une salle de cinéma ou à un théâtre. Entendre de la musique. Acheter des livres à la librairie Oum Al-Dounia ou boire un verre au restaurant l’Estoril, tous les deux se trouvant presque dans la même rue. Visiter le Musée du Caire ou le palais de Abdine. Nous communiquons toutes les informations nécessaires à travers la page Facebook d’Al-Nitaq. Très prochainement, nous aurons aussi une newsletter et un site web. Des guides accompagnent le visiteur d’Al-Nitaq durant sa balade pour lui raconter la vie du quartier, les communautés qui l’ont habité, ses centres d’intérêt et il y a donc tout un mélange d’arts plastiques, de théâtre, de cinéma, de musique et d’architecture. C’est pour dire combien le centre-ville est encore vivant.

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