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Un maître du surréalisme égyptien

Amr Kamel Zoheiri, Lundi, 21 octobre 2019

Une exposition à la galerie ArtTalks revient sur le parcours artistique du peintre Samir Rafi, de 1940 à 1990. Un artiste rebelle, qui demeure très égyptien dans l’âme.

Un maître du surréalisme égyptien
La femme, symbole de vie.

L’artiste-peintre Samir Rafi est né à Sakakini, au Caire, en 1926, et mort en 2004 à Paris, sa ville d’adoption, où il s’était installé en 1958. Pendant sa vie en France, il était de temps en temps de passage au Caire, mais aussi à Alger, où il a été emprisonné, étant soupçonné d’être un agent envoyé par l’ancien président Nasser pour soutenir Ben Bella, qui a été renversé par le colonel Boumédiène en 1962.

Ce pionnier du surréalisme égyptien a rejoint dès le début les divers mouvements prônant la liberté, le modernisme et le progressisme à son époque. Dans l’exposition en cours à la galerie ArtTalks, à Zamalek, sont montrées des oeuvres qui couvrent toutes les étapes de la vie de Samir Rafi. On y retrouve plusieurs autoportraits remontant à des époques différentes, dont celle passée en prison en Algérie. Rafi décrit, à travers ses toiles, les visites faites aux prisonniers; ce sont les femmes qui transmettent l’espoir dans les tableaux, ainsi que la lumière des bougies. L’une des femmes, on la retrouve dans les tableaux où Rafi imagine sa propre tombe.

L’exposition « Rafi, sans censure » révèle plein de détails sur la vie et l’oeuvre de l’artiste, sans complexes, en remontant vers ses créations de la fin des années 1940 et du début des années 1950. Durant cette période, il était proche de plusieurs intellectuels avant-gardistes. Il avait formé, avec les artistes Fouad Kamel, Hussein Youssef Amin, les frères Telmessani et Hussein Bicar, un groupe artistique visant à révolutionner la peinture, la littérature et la société en général. Puis, au moment où leurs efforts étaient sur le point de porter leurs fruits, Rafi s’est lassé et a décidé de partir pour Paris. Là-bas, il a côtoyé Dali et Picasso, qui appréciaient son travail. Il a même fondé un courant qui portait son nom « le Rafisme », inspiré du cubisme.

En visitant l’exposition actuelle, on se rend compte qu’il était un peintre exceptionnel. Certaines oeuvres montrent qu’il a dû se plonger dans l’égyptologie pour les réaliser. D’autres s’avèrent être le résultat de recherches philosophiques, dans le but de comprendre l’esprit et l’âme.

Une réalité en spirale

Samir Rafi faisait partie des groupes d’artistes égyptiens des années 1940 qui se retrouvaient dans une vieille maison à Darb Al-Labbana. Comme pas mal d’entre eux, il a voulu porter un regard neuf sur le monde, tout en se référant à des thèmes historiques. Et cela a continué en exil, car Rafi a poursuivi sa quête intérieure, sa quête identitaire. On remarque que même les oeuvres réalisées en France ont une part d’égyptianité qui surgit à la surface.

Parmi les oeuvres exposées figurent des esquisses, proches de celles très connues de Léonardo Da Vinci, où les détails des dessins sont expliqués par des petits textes en prose. D’ailleurs, l’influence de Da Vinci est indéniable sur certains plans. D’autres oeuvres, au surréalisme figuratif, témoignent d’un sens esthétique exceptionnel, avec des combinaisons complexes. On voit Rafi évoluer, au fur et à mesure, à travers l’exposition d’ArtTalks, jusqu’à parvenir à la phase de maturité, dans les années 1980-1990.

A cette époque, il a atteint une période plus contemplative. Les textes qu’il ajoute sur ses tableaux s’interrogent sur le sens de la vie et décrivent la vanité du monde. La réalité est représentée par une spirale, on est donc enfermé, dans un cercle vicieux, on tourne en rond. L’artiste peint cet état sans tabou. Sombre, énigmatique et envoûtant .

« Samir Rafi, sans censure», jusqu’au 5 novembre, à la galerie ArtTalks. 8, rue Al-Kamel Mohamad, Zamalek, 4e étage. De 11h à 20h.

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