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Mots d’ordre: Diversité et création

Yasser Moheb, Dimanche, 15 septembre 2019

Du 19 au 27 septembre, la 3e édition du Festival du film d’Al-Gouna convie tous les passionnés du 7e art à une grande fête du cinéma. Plusieurs films arabes ou au contenu arabe sont en compétition.

Mots d’ordre  : Diversité et création

« La diversité, la richesse et la création seront parmi les importantes caractéristiques de cette 3e édition du festival », a souligné Intishal Al-Tamimi, directeur du Festival du film d’Al-Gouna, lors de la conférence de presse tenue quelques jours avant l’ouverture du festival. Avec 80 longs métrages, documentaires et courts métrages et un certain nombre de sections et de panoramas, la programmation du festival cette année sera en effet riche et destinée à tous les goûts.

16 films de nationalités différentes seront en lice cette année pour le grand prix du festival, L’Etoile d’Or, à travers les projections de longs métrages. Plusieurs nouveautés sont en concurrence, dont Parasite, du réalisateur coréen Bong Joon-ho, lauréat de la Palme d’Or au 72e Festival de Cannes. Un film d’auteur au propos politique brutal sur la lutte des classes en Corée du Sud et à la mise en scène caractéristique, tant dans l’utilisation symbolique des décors que dans la direction d’acteurs. Une oeuvre qui peut faire passer le spectateur par toutes les émotions du cinéma, du rire aux larmes, en passant par l’inquiétude.

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Adam.

Parmi les plus attendus de cette cuvée figure le film français Les Misérables, réalisé par Ladj Ly, lauréat du Prix du Jury de cette même dernière édition cannoise. Ce film au titre faisant un clin d’oeil au roman de Victor Hugo, dont une partie se déroule à Montfermeil, a été tourné avec trois comédiens impressionnants : Damien Bonnard, Alexis Manenti et Djebril Zonga, ainsi que quelque 200 habitants de Clichy-sous-Bois et de Montfermeil. Il plonge le spectateur dans le quotidien des policiers de cités jusqu’à ce que survienne l’étincelle — un accident filmé par un enfant— qui met le feu aux poudres.

On trouve aussi le film russe Once in Trubchevsk (il était une fois à l’Est), qui faisait partie de la section cannoise Un Certain regard 2019. Réalisé par la talentueuse Larissa Sadilova, cette fiction brosse le portrait d’une relation extraconjugale sur fond de campagne russe et de sous-texte historique. Citons également parmi les oeuvres attendues le dernier film de Pedro Almodóvar, Pain and Glory (douleur et gloire), avec Antonio Banderas, Prix du meilleur acteur à Cannes, et la belle Penelope Cruz. Un petit bijou de cinéma, où l’on suit un joli conte sur l’inspiration d’un artiste. Une fiction remplie de charmes au style d’Almodovar.

Cinéma arabe de la guerre et de l’amour

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1982.

La compétition compte cette année à son bord plusieurs films arabes ou bien au contenu arabe. Entre autres, le film libanais 1982, réalisé par Oualid Mouaness et joué par sa camarade beaucoup plus connue Nadine Labaki. Ce dernier fait ses débuts avec un hymne touchant à l’innocence d’un enfant déterminé à déclarer son amour à une camarade de classe lorsque la guerre éclatera et changera leur vie à jamais. Il devient alors un témoin à part entière de l’invasion de Beyrouth par les troupes israéliennes en juin 1982.

Le film Papicha, dernier grand succès de la réalisatrice algérienne née à Moscou Mounia Meddour, figure aussi parmi les concurrents de la compétition d'Al-Gouna cette année, à travers sa belle histoire, vive et touchante, sur fond politique et historique, mais qui plonge jusqu’au bout dans le drame social. Ses événements se déroulent durant les années de plomb en Algérie, à travers un groupe de jeunes lycéennes passionnées de mode qui décident de lutter contre l’islamisme menaçant. Tout à la fraîcheur de son énergie, le film berce entre un fond profond, délicat et au message martelant et une forme tout à fait attrayante par son côté cinématographique sans grande sophistication.

En provenance toujours des pays du Maghreb, le film maroco-français Adam, réalisé par la Marocaine Maryam Touzani, vient parmi la palette de la compétition officielle. Ce premier long métrage de Touzani, joué par Lubna Azabal, Nisrin Erradi et Douae Belkhaouda, raconte le combat des femmes célibataires à travers l’histoire de Samia, une jeune campagnarde qui tombe enceinte suite à une relation hors mariage et qui décide, au 8e mois de grossesse, d’abandonner son bébé pour qui veut l’adopter. Une fiction au contenu controversé, qui a réussi et a été présélectionnée pour représenter le Maroc aux Oscars.

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Papicha.

La parole est également donnée à la Tunisie, présente parmi les concurrents avec le film Noura rêve de Hinde Boujemaa. En Tunisie, l’article 236 du code pénal punit l’adultère d’un emprisonnement de cinq ans et d’une amende de 500 dinars, mais seul l’autre conjoint peut provoquer la procédure, puis éventuellement l’arrêter. C’est ce sujet épineux qu’explore la jeune réalisatrice et scénariste — remarquée en 2012 avec le documentaire C’était mieux demain — dans son premier long métrage de fiction. Le film réunit, entre autres, Hend Sabri, Lotfi Abdelli, Hakim Boumassoudi, Belhassen Harbaoui, Ikbal Harbaoui et Jamel Sassi.

Le film soudano-égyptien Tu Vas mourir à vingt ans est pour sa part l’une des grosses attentes du festival, étant donné la polémique qu’a soulevée le film au Soudan ainsi que le grand succès qu’il a rencontré sur la scène cinématographique mondiale, malgré la production assez rare du cinéma soudanais. Ce long métrage, réalisé par Amjad Abou Alala, raconte une histoire dont les événements se déroulent au Soudan, dans une communauté où les prédictions des soufis et hommes de religion dominent les familles du village. Peu après la naissance de Mozammel, le chef religieux du village prédit qu’il mourra à 20 ans. Le père de l’enfant ne peut pas supporter le poids de cette malédiction et s’enfuit. Sa mère, Sakina, élève alors son fils toute seule, lui attribuant toutes ses attentions.

Au-delà des projections

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Parasite.

Au-delà de la compétition, le festival a au menu un nombre de sections et de panoramas. Sur une note gaie, Al-Fares wal Amira (le chevalier et la princesse), le premier long métrage d’animation égyptien, aura sa première mondiale lors de cette 3e édition du Festival du film d'Al-Gouna. Ecrit et réalisé par le célèbre scénariste Béchir Al-Dik, dont les dessins de personnages portent la signature du feu caricaturiste Moustapha Hussein, le film met en scène les voix de tout un bouquet de stars égyptiennes, dont Mohamad Héneidi, Donia Samir Ghanem et Medhat Saleh, avec des légendes d’acteurs comme Magued Al-Kidwani, Abla Kamel, Abdel-Rahman Abou-Zahra et Liqaa Al-Khamisi. Inspiré par le vrai guerrier arabe du 7e siècle, l’oeuvre suit les aventures du jeune leader et aventurier Mohamad Bin Al-Qassem, dans un cadre, bien sûr, fictif.

La programmation étant très éclectique, les festivaliers auront l’embarras du choix. Mais cette 3e édition du festival ne se limitera pas à la projection de films, elle célébrera aussi le 100e anniversaire du grand romancier et écrivain légendaire Ehsan Abdel-Qoddous en publiant les affiches des 47 films basés sur ses romans. La liste des honorés n’est pas moins importante cette année, puisque y figurent aussi de grands noms du cinéma égyptien et arabe, tels le comédien égyptien Mohamad Héneidi. Une première, cherchée par le festival, de « célébrer un comédien en pleine activité et en toute forme, avant de devenir vétéran ». Concernant le monde arabe, le festival rend hommage également à la réalisatrice palestino-libanaise Mai Masri.

Le jeune acteur hollywoodien d’origine égyptienne Mina Massoud fait partie des célébrités qui participeront au festival cette année. Né de parents égyptiens et ayant grandi au Canada, Massoud a récemment été célébré dans le monde arabe après avoir joué dans le nouveau film Aladin. Avec un bel éventail de rendez-vous et, comme d’habitude, une belle et riche programmation, le Festival du film d'Al-Gouna promet de belles surprises .

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