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Adieu, le bonheur …

May Sélim , Mardi, 18 septembre 2018

Dans la pièce iraqienne Odeur d’une guerre, le metteur en scène Emad Mohamed dénonce l’impact des conflits sur l’avenir d’un pays.

Adieu, le bonheur …
Le trio victime devant la carte du monde. (Photo : Bassam Al-Zoghby)

Les rideaux s’ouvrent. Les barres d’une cellule s’écartent pour laisser voir une scène sobre et trois personnages, devant une série de stores. Ceux-ci servent de cadres sur lesquels on projette l’actualité d’une guerre. On entend le bruit des bombardements, les vitres virtuelles des cadres se cassent et les protagonistes crient ou prient. C’est le début de la pièce iraqienne Odeur d’une guerre, montée par Emad Mohamed, d’après le roman La Cigogne de l’auteur palestinien Akram Mussallem et qui a été donnée dans le cadre du Festival du Caire. Le texte a été adapté par les deux dramaturges iraqien et tunisien Massal Ghazy et Youssef Al- Bahry, qui ont dû y ajouter des sujets relatifs à l’Iraq, aux Printemps arabes et aux effets généraux de la guerre dans le monde arabe. Et ce, à travers l’histoire d’un vieux guerrier qui vit de ses souvenirs du passé.

Il craint la mort et ne peut plus trouver la paix, à cause des cauchemars ressuscitant ceux qu’il a tués sur les champs de bataille. Sa femme déplore, elle, la mort de leurs enfants durant la guerre. Leur petit-fils est un jeune homme qui ne comprend pas la phobie de ses grands-parents. Il ne sait plus où se placer. Et tous les trois ne sont que des victimes qui ont perdu le bonheur pour de bon.

Une comédie noire

La mise en scène de Emad Mohamed opte pour une comédie noire, dans laquelle le rapport entre le vieux couple est paradoxal et hilarant. Chacun d’eux voit l’autre comme un monstre sacré. La dame prie Dieu de mettre fin à la vie de son mari, un fou meurtrier, et ce dernier perçoit son épouse comme une vieille sorcière. Parfois, on rit de leurs confrontations. Parfois on en pleure. Les conversations entre les trois personnages sont parsemées de versets coraniques, faisant allusion à une religiosité feinte. La vieille dame et son petit-fils finissent par quitter le vieux guerrier. On renoue alors avec la scène du tout début : trois cadres reflètent les incidents de la guerre. Seul devant ces cadres, le vieux guerrier s’éteint. L’image des cigognes en migration domine l’arrière-plan. Les jeunes générations suivent leurs destins.

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