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Thomas Bellier : L’essentiel est de capter l’énergie du public et de libérer la nôtre

May Sélim, Mardi, 26 juin 2018

Au parc d’Al-Azhar, la troupe Al-Qasar a animé son 4e concert à l’occasion de la Fête de la musique, organisée par l’Institut Français d’Egypte (IFE). Thomas Bellier évoque la petite histoire de son groupe, créé il y a à peine quelques mois par des musiciens d’origines différentes.

Thomas Bellier
(Photo : Mohamad Hassanein)

Al-Ahram Hebdo : Comment a été formée la troupe Al-Qasar ?

Thomas Bellier : Je suis né à Paris. Je connaissais un petit peu la musique arabe. A Los Angeles, où je réside actuellement, j’ai rencontré beaucoup de musiciens. Là bas, il y une grosse diaspora iranienne par exemple. J’ai rencontré plusieurs joueurs d’oud, de darbouka et d’autres instruments orientaux. Cela m’était presque une fenêtre sur ce monde. J’ai commencé à jouer de l’oud. Un jour, mon manager m’a dit : Je sais que vous adorez le pop psychédélique du Moyen- Orient. J’ai l’idée d’un groupe qui sera bien différent. J’ai donc écrit quelques chansons pour le projet.

Ensuite, j’ai rencontré le maître du oud électrique Mehdi Haddab qui m’a introduit le chanteur marocain Simo Bouamar. Paul Void et moi même, nous venons de la scène du hard rock. Guillaume Theoden est notre bassiste. Amar Chaoui est le percussionniste, qui jouait aussi avec le groupe malien Tinariwen.

Chacun apporte une part de sa vie dans cette musique. C’est la spécificité d’Al-Qasar. Simo est un Marocain et connaît le répertoire classique aussi bien que les nouveaux styles du Maghreb : le chaabi et autres. Mehdi joue l’oud à toutes les sauces. Al-Qasar constitue une vision moderne de la rencontre entre Occident et Orient. Le but est de ne pas interpréter uniquement des chansons d’amour, mais aussi des chansons de protestation sociale. On remet en question l’autorité et les ordres établis, tout en restant poétique. Et ce, dans l’objectif de suggérer de faire réfléchir.

— Votre musique propose un groove rétro aux influences turques, iraniennes, libanosyriennes et nord-africaines. En quoi la musique du Moyen- Orient vous intéresse-t-elle ?

— J’étais toujours fan du pop psychédélique du Moyen-Orient des années 1960-1970. Pour moi, c’était presque une gifle quand j’ai entendu ces chansons à l’âge de 12 ans, il y a presque une vingtaine d’années. J’ai découvert tant de musiciens libanais, syriens iraniens, turcs, etc. Ces derniers écoutaient et jouaient le rock and roll, en le réinterprétant avec leurs oreilles moyen-orientales, puis rajoutaient du qanoun ou de la darbouka. Ils m’ont beaucoup inspiré.

— Vous partez du rock et pop des années 1970, mais avec les paroles chantées en arabe classique. Y a-t-il un peu de nostalgie qui s’en dégage ?

— Oui tout à fait, c’est le but. On essaye de faire quelque chose de différent, de personnel. Les chansons en arabe sont le résultat de plusieurs collaborations avec de différents paroliers. Quand, j’ai lancé ce projet il y a quelques mois, j’ai travaillé avec le poète jordanien Fareed Al-Madain. Je résidais, à l’époque, à Los Angeles, alors que maintenant je suis de retour à Paris.

Madain a écrit cinq chansons en arabe classique et les autres chansons sont signées par Simo Bouamar. On fait du pop rock psychédélique : des chansons simples, courtes avec des refrains faciles à retenir. La musique et l’orchestration sont américaines et anglaises, dans le style des années 1970.

— Pourquoi ce titre d’origine arabe, Al-Qasar (le palais) ?

— L’idée de base était de penser à Al-Qasar espagnol, signifiant une citadelle ou un fort. Cette citadelle est censée être une fusion Orient-Occident. On réfléchit comme étant à l’intérieur d’une citadelle qui tient par elle-même et qui absorbe plusieurs influences culturelles.

Comment le public parisien a-t-il accueilli votre musique ?

— La troupe est basée à Paris, alors que certains de ses membres n’y résident pas. On a commencé à jouer ensemble devant le public en janvier dernier. Le groupe est donc très récent. La réception chaleureuse du public parisien fut une très bonne surprise. Dans la capitale française, le public est vraiment très varié et éclectique. Le concert animé en Egypte est notre quatrième concert. L’essentiel est de capter l’énergie du public et de libérer la nôtre. Le public égyptien est vraiment incroyable. A peine on chante, il se met à chanter avec nous. Tout musicien rêve de donner un concert pareil.

— Quels sont vos projets à venir ?

— On a enregistré une chanson en studio Bab Al-Sama (la porte du ciel) et on attend de la faire sortir en album, bientôt. On essaye d’avancer, mais aussi de prendre notre temps.

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