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Mère de la terre

May Sélim, Lundi, 30 avril 2018

Explorer l’âme de la femme et aller au plus profond de sa féminité afin de toucher à son essence, tel est le défi que se sont lancé six artistes alexandrines. Elles exposeront ensemble leur projet, intitulé La Cachette, à l’espace Darb 17 18, au Caire, à partir du 13 mai. Présentations.

Mère de la terre

Elles sont six femmes, artistes et originaires d’Alexandrie. Pendant un an, elles se sont réunies régulièrement, afin de discuter de leur projet, une sorte d’atelier de travail qui a eu comme fruit l’exposition La Cachette. Tenue d’abord au centre des Jésuites et à l’Atelier d’Alexandrie, l’exposition sera, à partir du 13 mai, à Darb 17 18, au Caire. S’agit-il de leur vie secrète ? De leurs confidences ? Cherchent-elles à se libérer ? Pour Salwa Rashad, Noha Nagui, Yasmine Hussein, Hemmat Rayane, Butheina Shaalan et Aliaa Al-Greedy, La Cachette est un sujet qui les touche toutes personnellement. Car elles y abordent le statut de la femme aujourd’hui, loin des clichés traditionnels liés au pouvoir de séduction ou à la sacralisation.

« Depuis la révolution de 2011, mes collègues et moi, nous avons voulu faire quelque chose de collectif. Nous cherchions à remuer l’eau stagnante, surtout à Alexandrie. On a débattu de différents sujets, mais le thème de la Cachette a fini par s’imposer. On y traite de la condition de la femme, en partant de deux textes : Women Who Run With Wolves de Clarissa Pinkola et Le Mystère d’Ashtar de Firras Al-Sawah », explique Salwa Rashad, curatrice de l’exposition et l’une des artistes. Ici, La Cachette signifie ce trésor enfoui à l’intérieur de chaque femme. Les 6 artistes nous rappellent constamment le rapport entre celle-ci et la nature, étant en quelque sorte à l’origine de la planète terre. Les artistes évoquent leurs propres expériences et expriment une vision différente de la femme.

Mère de la terre
Photo retouchée de Butheina Shaalan.

Noha Nagui, peintre à l’origine, expose des dessins ainsi que des formes en 3D, avec pour thème une mère qui allaite ses petits. Pour elle, la femme dans ce cas est un médium entre les diverses générations, une source de la vie. Elle est aussi quelqu’un qui accumule les mémoires de toutes les époques pour les lier aux changements présents. « Il ne s’agit pas d’envisager la mère comme une déesse sacrée et intouchable, mais plutôt comme un être qui fait la transition entre deux mondes : la nature à l’état primitif et la société citadine. Elle transmet son expérience et ses souvenirs à ses enfants », explique Nagui. Avec ses dessins aux contours de fusain, elle donne forme au corps de la femme qui allaite son bébé, qui le berce, etc. Sans jamais montrer son visage, elle dévoile son corps. Pour créer ses formes en 3D, Noha Nagui s’est aidée de pièces de coton et de bas. Elle monte notamment un corps rapiécé, celui d’une femme enceinte qui ressemble à la déesse Ashtar.

Partant aussi de cette idée de la femme mère de la terre, la photographe Salwa Rashad présente, cette fois-ci, des peintures à la cire d’abeille, où il est question de femmes de tous les temps. Le corps de la femme est associé à des détails précis du quotidien : un rideau en dentelle, un fauteuil de salon, de longues chaussettes. Une femme nue, assise sur un fauteuil, porte un lotus, symbole de la fertilité. Elle peint encore un corps d’une femme enceinte, gardant les images d’enfants qui pleurent à cause des atrocités de la guerre, ou une femme robot, qu’elle a appelée Sophie.

Des déesses et des monstres

Quant aux deux photographes Butheina Shaalan et Yasmine Hussein, elles font ce qu’elles veulent avec les protagonistes de leurs photos. Shaalan expose une série de photos retouchées, représentant ses collèguesartistes sous un autre angle, en postures différentes. Elle focalise sur l’expression de leur visage et le mouvement de leurs mains. Ensuite, ces femmes sont placées, à la suite d’une manipulation numérique, dans un cadre naturel.Yasmine Hussein, pour sa part, expose

Mère de la terre
Fantaisie et motifs populaires, tableaux narratifs de Aliaa Al-Greedy.

une série de photos et une installation photo qui dévoilent ses collègues-artistes peinées, fortes ou fragiles. Elle leur attribue des noms d’anciennes déesses égyptiennes : Hathor, Nout, Sekhmet, etc. Son installation photo reprend l’idée d’un théâtre de rue, d’un kaléidoscope ou Sandouq Al-Doniya, où défilent des images multiples, avec des femmes traumatisées. « Pendant l’atelier, Yasmine nous demandait souvent quelle était la partie du corps qui nous faisait le plus mal ou bien qui était plus liée à nos problèmes ? En répondant, on constatait chacune que nos problèmes et nos crises sont associés à des maux physiques », raconte Salwa Rashad. Aliaa Al-Greedy s’est, elle, intéressée aux motifs du folklore et aux contes du passé. Ses peintures narrent des histoires relatives à la femme, placée souvent dans un monde fantaisiste d’animaux et de monstres. Elles résument les conflits de la femme au sein d’une société qui perd de son humanité. Enfin, Hemmat Rayan propose au public de partager une partie de sa mémoire et de son expérience personnelle à travers une installation. Elle crée presque une maison en carton et use du collage, de la photographie et des matériaux mixtes, afin de retracer ses souvenirs familiaux. Sur une façade en carton, le corps féminin est mis en relief avec ses rondeurs et ses formes généreuses.

A partir du 13 mai, à Darb 17 18, Qasr Al-Chamae, Al-Fostat.

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