Culture > Arts >

Les indépendants à l’honneur

Mohamed Atef, Lundi, 12 mars 2018

Le Festival de cinéma de Charm Al-Cheikh (du 3 au 9 mars) s'est focalisé cette semaine sur le cinéma indépendant américain.

Les indépendants à l’honneur
I Tonya.

De coutume, les éditions des festivals égyptiens se focalisent sur le pays choisi comme invité d’honneur. Mais l’édition de cette année du Festival de cinéma de Charm Al-Cheikh s’est ancrée une tradition toute à fait différente initiée par le critique cinématographique Ossama Abdel-Fattah, celle d’encadrer un genre cinématographique. Ainsi, le festival a opté cette année pour le cinéma américain indépendant qui a servi de modèle à tous les genres cinématographiques modernes de par le monde entier. Organisé en coopération avec le service culturel de l’ambassade américaine, ce ne fût pas une coïncidence que la manifestation soit intervenue avec l’annonce des Oscars et avec la Journée mondiale de la femme. Le festival a alors projeté des films américains indépendants dont les producteurs étaient nominés aux Oscars et ayant traité le thème de la femme.

Le festival a commencé par la projection du film d’inauguration I Tonya, réalisé par Craig Gillespie qui était finaliste aux oscars avec trois nominations féminines, au terme desquelles Allison Janney a remporté l’oscar de la meilleure actrice de soutien. Margot Robbie a été, quant à elle, nominée meilleure actrice, alors que Tatiana S. Riegel a remporté le prix du meilleur montage. Le film était candidat à de nombreux prix dans plus de 30 festivals autour du monde ainsi qu’au Golden Globes et au Prix Pavta. Le film débat de l’idée de la violence au sein de la société américaine à travers la biographie de la jeune patineuse artistique Tonya Harding qui, rongée par la folie de la compétition, fut inculpée dans un crime ayant secoué la société américaine au début des années 1990. De la violence de la femme à la violence contre la femme, le festival a projeté le film Custody de James Labine qui a abordé le problème des lois relatives à la garde des enfants aux Etats-Unis. L’une des séquences de l’édition du Festival du cinéma de Charm Al-Cheikh a été consacrée à la projection du documentaire The Big Flip : Stories From The Modern Home Front, relatant le conflit de quatre familles avec la société, car ayant décidé de renverser les rôles entre l’homme et la femme au sein des foyers. On a vu alors les femmes aller au travail et assurer les dépenses des ménages, alors que les hommes se sont contentés des tâches domestiques. Le documentaire raconte comment les femmes se sont battues pour imposer un statu quo à leur entourage après une bataille qui aurait pu en fin de compte toucher leurs familles. La réalisatrice a eu le tact de choisir quatre familles de niveaux social, religieux et ethnique radicalement différents. Selon toute vraisemblance, le film a voulu jeter la lumière sur la vision masculine qui prévaut dans le partage des rôles masculins et féminins, malgré le niveau social ou intellectuel, l’appartenance religieuse ou les origines civilisationnelles. Le festival a également accueilli la réalisatrice du documentaire, Isabella Vincent Chan, qui a présenté un colloque sur le cinéma américain indépendant.

L’indépendance de la femme

Le festival n’a pas uniquement présenté des films indépendants du mode de production monopoliste de Hollywood, mais il y a dérogé, pour mettre l’accent sur le concept même de l’indépendance. En effet, les trois films projetés se sont attelés à défendre l’indépendance de la femme de différentes manières. De plus, le film Chef a abordé l’idée de l’indépendance au niveau des modes de travail. Le protagoniste, Carl Casper, campé par John Favreau, travaille comme chef dans un grand restaurant. Bien que passionné par son boulot, l’indépendance lui fait incroyablement défaut au sein de ce grand restaurant. Il décide alors de le quitter pour monter sa propre boîte et cuisiner ce qu’il désire et non pas ce qu’on lui dicte. Les acteurs de soutien, Scarlett Johanson et Dustin Hoffman, se sont montrés enthousiastes de prendre part à ce long métrage qui sort des apanages habituels du cinéma hollywoodien. Malheureusement, les manifestations du cinéma américain indépendant n’ont pas joui de l’intérêt qu’elles méritent dans les médias. Les lumières ont plutôt été jetées sur les stars du cinéma honorées au festival, ayant en tête le célèbre réalisateur égyptien Ali Badrakhan. Bien que Badrakhan n’ait pas d’affiliation au cinéma indépendant dans le vrai sens du terme, il n’en demeure pas moins que la génération des cinématographes indépendants en Egypte le considère comme leur père spirituel. Il est le maître le plus proche des jeunes cinématographes et l’un des grands noms de la réalisation dans le monde du septième art qui a inculqué son art à un grand nombre de réalisateurs contemporains.

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique