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Le monde des pharaons à la portée de tous

Soheir Fahmi, Lundi, 17 juillet 2017

Attiya Adel Khaïri, après un long parcours dans les films d’animation, vient de réaliser son premier long métrage pharaonique de 45 minutes, Pince à Cheveux, qui a été projeté lors du Festival du film africain de Louqsor.

Le monde des pharaons à la portée de tous
Pince à Cheveux, un premier long film d’animation égyptien.

« Nous sommes issus de trois grandes civilisations, pharao­nique, copte et islamique, qui étaient maîtres dans l’art du dessin. Chose reconnue à travers le monde, com­ment avons-nous délaissé les dessins ani­més qui pourraient être notre force ? », s’exclame la réalisatrice de dessins ani­més Attiya Adel Khaïri avec passion, introduisant son long métrage d’anima­tion Machbak Chaar (pince à cheveux).

Dans ce premier long métrage pour les enfants, mais aussi pour toute la famille, Attiya Khaïri s’inspire d’une légende pharaonique qu’elle enrichit de nom­breux détails avec le scénariste et écri­vain de dialogues Tareq Mandour. A tra­vers un papyrus de Westkar, le roi Chéops raconte à ses enfants, alors qu’il s’en­nuyait, la légende de Bawfra. Prétexte pour relater l’origine d’un conflit ances­tral entre le bien et le mal.

Dans ce récit pharaonique, Attiya Khaïri rappelle les légendes formatrices de l’origine du mal et du conflit entre Set et Osiris qui s’est soldé par la mort d’Osi­ris. Des éléments de l’histoire pharao­nique qui nous informent malheureuse­ment sur des légendes que nous connais­sons mal et qui rebondissent çà et là dans d’autres histoires à travers le monde.

Set voudrait faire régner le pharaon Sénefro au détriment de Hur qui revient en conquérant en Egypte après avoir gagné des batailles. Il le fait disparaître par l’intermédiaire de la magie et le métamorphose en pince à cheveux. La force sans éthique va-t-elle régner seule ou la force accompagnée de la science et de la jus­tice va-t-elle prévaloir ? Dilemme de tous les temps présenté de manière simple et artistique.

A travers des personnages amusants comme le magicien Zaza, le perroquet magique, des chansons et de l’humour, nous assistons à une panoplie de situations où la beauté des scènes prévaut. Ainsi, le gros Zaza, dans son périple pour retrouver le prince Hur et décoder son mystère, peut devenir un personnage emblé­matique ancré dans la mémoire des enfants. Il y a également l’histoire des deux princesses : Timo Ti, qui rêve de pouvoir, et sa demi-soeur Tay Nefer, douce et belle, qui jouira de l’amour du prince Hur et qui est à l’origine des légendes sempiternelles de Cendrillon ou autre. Cette dernière va tenir à sa pince à che­veux qu’elle considère comme une amulette et la préfère à toute autre chose plus précieuse.

Pour patienter et laisser passer ces moments de peines et de souffrance, en cueillant du rai­sin, la princesse chante et danse. Le film est truffé à tous les moments critiques de chansons et de scènes musicales que les grands et les petits pourraient mémoriser et répéter. Pour alléger le rythme, ces danses et ces chansons viennent aérer la cadence et nous aider à prendre du recul. Courtes et rapides, elles com­plètent ce monde de beauté.

Des personnages vrais
Attiya Khaïri a fait le choix de ne pas présen­ter des personnages caricaturés ou distordus, mais plutôt des pharaons et des animaux mythiques que l’on peut reconnaître sur nos livres d’histoire. Elle est allée au musée du Caire et a puisé sur les murs des temples pour les rendre conformes à leur histoire. Un choix pédagogique qu’elle a voulu soutenir. A travers ces représentations classiques, elle nous plonge dans un monde que nous pouvons reconnaître. La réalisatrice a alors travaillé sur l’aspect artistique du sujet, de la musique, des décors et des fresques pharaoniques. Car elle a repris les personnages des fresques anciennes et elle nous les a montrés en mouvement, en train de travailler dans les champs, de faire de la musique ou de canoter sur l’eau. Elle a eu le désir, pour ce premier film d’animation pharaonique de 45 minutes, de nous informer, tout en ayant le souci de la beauté. On est bien loin de la violence et de la cruauté qui nous entourent. Tout se règle au profit d’un monde plus raison­nable.

Car Attiya Khaïri est soucieuse d’une renaissance de l’art de l’animation « qui a eu un grand épanouissement avec la télévi­sion et qui s’est éteint. Les spécialistes de cet art, des pionniers en la matière, sont partis en Turquie, où ils n’ont plus eu l’oc­casion de se produire à cause d’une défi­cience des réseaux qui s’en occupent », dit-elle. En plus, certains spécialistes de haut niveau comme Chéwikar Khalifa ou d’autres n’ont plus l’occasion de mettre à jour de nouvelles oeuvres.

Attiya Khaïri rêve également de repro­duire les livres d’enfants, conçus par des auteurs doués comme Afaf Toubala, Samira Chafiq et d’autres en bandes dessinées, plus proches de la majorité des gens dans un pays qui souffre d’analphabétisme.

Ce premier long film d’animation, qui n’a coûté que la somme dérisoire d’un million de L.E., n’a pas eu beaucoup d’échos jusqu’ici. Pourtant, des comédiens de renom ont prêté leurs voix aux divers personnages, dont entre autres Riham Abdel-Ghafour, Ahmad Salah Al-Saadani ainsi qu'Ahmad Rateb, et sa musique originale est signée Iman Salaheddine. Ayant reçu le prix d’or pour le meilleur film d’animation en 2017, les jeunes et les moins jeunes n’ont pas eu vraiment l’occasion de le découvrir, car il n’a pas été projeté à grande échelle. Or, certains de ses personnages auraient pu être des personnages emblématiques, appréciés par le grand public. Espérons que sa diffusion sur des chaînes de télévision le fera parvenir aux différentes couches sociales.

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