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Des formes et des couleurs

Névine Lameï, Lundi, 03 juillet 2017

Pour clore la saison d’été, la galerie Zamalek propose une exposition collective de ses artistes permanents, toutes tendances et générations confondues.

Des formes et des couleurs

Rassemblant 26 artistes, parmi ceux qui exposent régulièrement à la galerie Zamalek, l’exposition Masterpieces (chefs-d’oeuvre) est devenue un rendez-vous annuel. Dans sa 16e édition, artistes, jeunes et moins jeunes participent avec des oeuvres inédites, préparées exclusivement pour Masterpieces. Certains ont choisi de montrer deux oeuvres, représentant chacune une phase différente de leur parcours, et d’autres ont sélectionné quelques-unes de leurs pièces, primées dans des manifestations internationales, ou provenant d’acquisitions privées. L’une des peintures qui marque somptueusement Masterpieces 2017 est la fameuse Fortune Teller (diseuse de bonne aventure), peinte en 1959 par Gazbia Sirry, de la collection du musée Haus der Kunst de Munich.

Exposée pour la première fois en Egypte, cette peinture met en scène deux personnages, nus de profil, en blanc et en rouge. Entre les deux se tient une figure au regard inquiétant et au visage peint en or et en bleu. Son ventre est arrondi et ses seins gonflés. Comme beaucoup d’artistes qui réagissent contre les régimes autoritaires, Sirry a de tout temps exprimé ses lamentations, ses angoisses face à un avenir incertain, par le biais de la forme humaine.

Sirry expose également Composition humaine, datant de 1988 et représentant le début de sa phase abstraite. Les soucis des petites gens sont toujours de mise.

Masterpieces constitue en quelque sorte un travail de documentation sur l’histoire de l’art en Egypte. Les responsables de la galerie affirment avoir une visée éducative, à travers cette exposition de fin d’année qui n’est pas censée rassembler tout simplement les oeuvres de la saison passée.

Farghali Abdel-Hafiz expose ses Egyptiennes mythiques qui continuent à défier le temps. Abdel-Rahman Al-Nachar est présent de par sa période expressionniste, vers 1996, avec ses lignes géométriques et ses formes sensuelles. Rabab Nemr présente une partie de son monde maritime d’Al-Anfouchi, aux couleurs polychromes. Les sculptures de Gamal Al-Séguini font état de son réalisme social.

Sur le tableau de Zeinab Al-Séguini, L’Attente de l’inconnu, 3 générations de femmes se détachent sur la toile peinte en 2016. Elles fixent le vide, dans les champs, sous une lumière ensoleillée. L’artiste devait exposer cette peinture lors de son exposition d’esquisses tenue à la galerie en 2016, mais elle a préféré la garder pour cette exposition de fin de saison.

« Rappeler les multiples phases artistiques d’un peintre est toujours important », signale Moustapha Abdel-Moeti, devant sa peinture datant de 1966, mettant en scène un paysan peint en marron dégradé. Un pigeon blanc vient se poser sur sa joue, comme pour l’embrasser. Cette oeuvre, qui a remporté le prix de la Biennale internationale d’Alexandrie en 1966, constitue le début de sa phase géométrique qui a marqué toute une décennie. D’ailleurs, il y fait écho dans ses sculptures exécutées en 2014, et exposées toujours à Masterpieces.

Scènes de la rue
« J’ai choisi de participer à cette exposition collective, avec une oeuvre mixed media, loin de mon travail habituel portant sur le monde des rêves où les gens, les animaux et les créatures fantastiques entrent en collision », précise Yasmine Al-Hazeq. Ses photos-collages mettent en relief quatre lions, trônant majestueusement sur le pont Qasr Al-Nil. « Ils surveillent les passants et se veulent témoins de l’histoire de l’Egypte », ajoute-t-elle. Les va-et-vient des rues cairotes animent son oeuvre, on y retrouve, entre autres, les vendeurs de barbe à papa, avec la couleur rose bonbon de leur marchandise.

Souad Mardam Bey, laquelle vient d’exposer à la galerie Zamalek en janvier 2017 sous le titre de Let’s Talk (parlons ensemble), a choisi de peindre deux nouvelles toiles pour Masterpieces, puisant toujours dans le monde de ses protagonistes femmes, en attente, contemplant le monde avec sérénité. Leur élégante finesse vient de très loin, d’une époque médiévale, gothique ou baroque. Mardam Bey essaye apparemment de présenter son propre théâtre sociopolitique, où la réalité reste ambiguë. Une réalité que chacun perçoit aussi suivant son goût.

A partir de 5 juillet jusqu’à mi-septembre, de 10h à 21h (vernissage à 19h, sauf le vendredi). 10, rue Brésil, Zamalek.

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