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La caravane passe et les chiens aboient

May Sélim , Mercredi, 21 juin 2017

La Fête de la musique, organisée par l’Institut français d’Egypte au Parc d'Al-Azhar, est l'occasion de découvrir des groupes contemporains mélangeant les genres et les formes, avec la dextérité d'une fée. Focus sur deux groupes qui ont retenu l'attention cette année : Egyptian Project (le projet égyptien) et le groupe français La Caravane passe.

La caravane passe et les chiens aboient
Les musiciens font vibrer la scène au Parc d’Al-Azhar. (Photo: Tarek Hussein)

Parmi une foule compacte venue célébrer la Fête de la musique organisée par l’Institut français en Egypte, la troupe française La Caravane passe a fait apparition sur scène. Le public se laisse emporter par les rythmes et la musique dan­sante. Quelques-uns se demandent en quelle langue le groupe chante, ne parvenant pas à identifier ses identités multiples. On ne s’attarde pas longtemps sur les significations des paroles. Le groupe ne chante pas uniquement en français, mais il y a sou­vent des mots en anglais, en arabe, en russe, en catalan, etc. Ces différents langues, cultures et genres musicaux fusionnent tout naturellement, et les cinq membres de la troupe sont parfaite­ment à l’aise. Ils s’appellent Olivier Llugany, Ben Body, Patrick Gigon, Cyril Moret et Toma Feterman.

En fait, Issu d’une famille d’origine polonaise et roumaine, Feterman, fidèle aux traditions ashkénazes et soviétiques, a créé le groupe en 2001 avec Olivier Llugany, tromboniste catalan de Perpignan. La troupe a depuis choisi de présenter une musique métissée de jazz manouche, de fanfare balkanique, de rock alternatif et d’électro.

« Les membres de la troupe résident à Paris, réputé pour accueillir des différentes communautés tous azimuts », explique Patrick Gigon, le bassiste de la troupe. Ainsi, à l’image d’un Paris ouvert à toutes les nouveautés et à tous les styles, La Caravane passe se caractérise par cette diversité culturelle. « Au départ, la troupe joue uniquement de la musique. Toma et Olivier s’intéres­sent à montrer aussi dans leur jeu les différents instruments musi­caux traditionnels porteurs de la spécificité et l’originalité de l’Europe de l’Est. Ce fut le cas avec par exemple le fiscorn. Puis petit à petit, ils ont commencé à introduire le chant et à puiser dans la tradition très riche de cette région », explique Gigon. Contrairement à toutes les troupes de rock ou de pop sur scène, La Caravane passe suit un autre chemin. Ils puisent dans les diffé­rentes cultures pratiquées sur l’Hexagone et abordent des sujets sociaux d’un air critique et sarcastique. « Nos chansons sont assez festives, légères et à la portée de tous. La musique permet aux gens de communiquer. On joue et on chante pour plaire, faire danser l’audience et évoquer un sujet social et humain », souligne Gigon.

Dans leurs différents albums, les chansons gypsy s’imposent ; le rythme et le dialecte changent constamment. Souvent, la troupe fait vibrer la scène en faisant appel aux âmes des tziganes d’autre­fois. On entend alors Gypsy For One Day. Et on retrouve la musique des Balkans dans T’as la touche manouche. Avec le hip-hop, le raï et le rap, on passe aux sujets des immigrés arabes comme dans Baba, chanson enregistrée en coopération avec la star franco-algérienne Rachid Taha. Shouf Shapka évoque la tra­dition musicale russe, etc.

Canis Carmina, le récent album, sorti en 2016, témoigne de l’évolution de la troupe au cours des années. « Canis Carmina signifie les chiens chantent ou plutôt aboient … D’une certaine manière, le titre complète l’idée du nom de la troupe. La caravane passe et les chiens aboient. Le proverbe ou l’expression est donc évoqué. L’album précédent Gypsy For One Day nous a menés vers des tournées internationales, depuis 2013. On a décidé de s’arrêter pendant un an, de s’adonner à d’autres projets artis­tiques et musicaux. Cette année de repos était assez fructueuse. Car une fois les membres du groupe se sont retrouvés de nouveau, l’album est né », raconte le bassiste. La troupe a bien pavé son chemin et poursuit son voyage culturel .

La Caravane passe anime le 21 juin un concert à Beyrouth.

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