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Le palais de Aïcha Fahmi retrouve sa splendeur

Soheir Fahmi, Mardi, 30 mai 2017

Après de longues années d’attente, le palais de Aïcha Fahmi (le Centre des arts) à Zamalek rouvre ses portes, tout en beauté, pour nous faire découvrir un lieu remarquable et une exposition de peintures et de sculptures qui se veut à la hauteur des lieux.

Le palais de Aïcha Fahmi retrouve sa splendeur

Dans un emplacement féerique sur les bords du Nil de l’île de Zamalek, se situe le palais de Aïcha Fahmi, transformé depuis 1978 en Centre des arts. Un autre vestige de la ville du Caire qui porte en son sein son histoire et ses trésors cachés, comme autant de lieux de beauté, où il est bon de s’y promener. Le site respire l’histoire de vies d’hommes et de femmes qui y ont vécu, et est également un lieu de beauté où l’on peut visionner des peintures et des sculptures d’artistes qui nous enchantent.

Mais l’histoire de ce lieu presti­gieux, qui remonte au début du XXe siècle, a malheureusement subi des remous. Fermé pour restauration pendant plus de d’une dizaine d’an­nées, il vient d’être rouvert au public.

Le palais de Aïcha Fahmi retrouve sa splendeur
Les vitraux demeurent des oeuvres d'art de toute beauté.

Mais qui est donc cette femme, Aïcha Fahmi, qui garde malgré tant d’années sa marque indélébile sur ces lieux ? Car on continue à sur­nommer ce Centre des arts, qui a vu et qui verra des jours de prospérité dans l’histoire des arts plastiques, le palais de Aïcha Fahmi, en annexant timidement à ce nom l’appellation de Centre des arts.

En effet, en 1907, Ali pacha Fahmi, grand Yaouran du roi Farouk, construit sur les berges du Nil ce palais pour sa fille en le surnommant « le palais de l’éternité ». Zamalek, qui est une île au centre du Caire, avait été planifié par le khédive Abbas Helmi et était devenu un endroit habitable de grande beauté. Le quartier reste encore un lieu prisé par la grande bourgeoisie du Caire, malgré l’immigration de quelques membres de cette classe en dehors du Caire, dans des rési­dences secondaires, pour retrouver le calme et la verdure.

Toutefois, le palais reste, de par son emplacement, un lieu de beauté. Conçu par le grand architecte italien Antonio Lachiak, le palais est un mélange de styles, comme on aimait bien faire à cette époque d’ouverture sur l’Europe. Le palais est un mélange de baroque, de rococo et d’art nou­veau. Chaque pièce du palais a son style particulier. Les tentures de couleurs différentes tapissent les pièces, quel­quefois abîmées à cause des marques du temps, elles ont été restaurées en gardant leur texture originale. Dans les deux étages du palais, à part la mezzanine, les vitraux demeurent des oeuvres d’art de toute beauté. Chaque pièce a un style différent qui a été respecté, même les salles de bains immenses ont gardé toute leur splen­deur, avec notamment la pièce qui leur est annexée, offerte à Aïcha Fahmi par les Japonais. Le mobilier n’y est plus, mais les cheminées sont présentes, elles nous rappellent la chaleur d’un lieu où il faisait bon d’y vivre.

Le palais de Aïcha Fahmi retrouve sa splendeur
Le palais Aïcha Fahmi, rebaptisé Centre des arts depuis 1978.

Dans ce palais, qui a été acheté par le ministère de la Culture, et qui est devenu le bureau de Tharwat Okacha, premier ministre de la Culture après la Révolution de 1952, les changements ont été nombreux à partir de 1958. Il a fini par devenir le Centre des arts, vers 1976. On y verra sous la direction de l’artiste Ahmad Fouad Sélim de nombreuses expositions et un rayonnement des arts très important. Durant plus de 30 ans, Sélim a présidé ce lieu artis­tique, accueillant sans cesse d’im­portantes expositions d’artistes égyptiens et étrangers.

12 ans de restauration

Le palais de Aïcha Fahmi retrouve sa splendeur
Un mélange de styles, comme on aimait bien faire à l'époque.

Le palais a fermé ses portes en 2005, pour des travaux de restaura­tion qui ont duré presque 12 ans. Et comme le précise l’artiste Ihab Al-Labbane, directeur actuel du centre et commissaire de l’exposi­tion, « les travaux se sont écoulés sur un grand laps de temps, un peu trop grand, à cause des événements de la révolution égyptienne, mais surtout parce que le palais était très endom­magé. Les fondations étaient dans un état pitoyable et les tentures, les plafonds et les murs en très mauvais état ». Une fois les travaux achevés, il y a un an à peu près, le palais devait vite redevenir un lieu d’exposition. Mais ceci n’était pas évident, comme le fait remarquer Al-Labbane, expliquant : « Comment faire de ce lieu magni­fique un lieu où l’on peut visionner de l’art sans gâcher la beauté et l’harmonie des lieux ? Comment créer des parois qui permettent d’exposer les différentes oeuvres, tout en permettant au visiteur d’apprécier la beauté des lieux ? Nous avons finalement opté pour des partitions légères en bois, placées dans des endroits spécifiques qui permettent d’admirer les peintures accrochées, sans affecter la splen­deur des lieux ».

En effet, c’était un choix réussi qui permet de faire une visite exceptionnelle dans le monde de l’art et dans l’his­toire d’un lieu à la saveur d’antan. Une évasion qui ne peut être que bénéfique pour les citadins du Caire .

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