Culture > Arts >

Des visages pour dire la vie

Najet Belhatem, Mardi, 17 janvier 2017

L’exposition « Portraits de Omar Al-Fayoumi », porte bien son nom. Ce grand nom de l’art contemporain égyptien offre à voir des visages qui, au-delà de leurs regards fixés sur un horizon inconnu, dégagent de l’énergie et du mystère portés par une valse de couleurs.

Des visages  pour dire la vie
Assise, tranquille, dégageant un mystère qui lui est propre. (Photo:Bassam Al-Zoghby)

« Moi je suis un verseau, je suis un hésitant. Ça c’est une chose. De même, un verseau c’est un récipient qui descend, prend de l’eau et remonte. Il répète les mêmes choses. Ou il ramène à chaque fois une eau nouvelle ou alors c’est la répétition et l’ennui. Il peut être l’un ou l’autre », lance Omar Al-Fayoumi à la veille de son exposition à la galerie Misr. Autour de lui, on s’affaire à accrocher les tableaux. Tous des portraits de femmes à part un. « C’est le portrait de Khaled Dagher (NDLR, célèbre violoncelliste égyptien). La majorité de ces portraits sont des amis de Fayoumi, des personnes de son quotidien. Là, vous voyez mon amie Samar, et ici, c’est mon ex-épouse Julia, et là, c’est Hind une autre amie, et ici, c’est une jeune fille que j’ai rencontrée à Borolos lors de la rencontre de peinture sur les murs. C’est une étudiante. J’avais demandé que quelqu’un m’aide à préparer une barque pour la peindre et elle a sauté en disant : moi ... moi. J’ai aimé son visage avec ses tresses. Ici, c’est une amie qui s’appelle Mona, et ici c’est Mariam Saleh, la chanteuse, et ici c’est mon amie, la photographe Randa Chaath ».

Une profusion de couleurs, avec toujours un regard qui fixe l’horizon, comme si les personnages avaient été tendrement débusqués à leur insu dans leur retranchement. Ils sont assis, apparemment tranquilles, avec un quelque chose qui bouillonne en silence et qui se dégage du visage, à peine perceptible. Le regard, à bien le fixer, vient de loin et semble se jeter vers un point inconnu. Il s'en dégage un mystère et la pupille est toujours suspendue au-dessus de la paupière inférieure, comme échappant, elle seule, à la gravité. Dans quatre autres portraits, le regard est moins persistant, parfois, il est complètement estompé, comme celui de cette femme d’un certain âge vêtue d’une longue robe sombre et assise, jambes croisées, sur une chaise en bois. Très différent de la série dans la technique et les traits de pinceau, ce tableau, de format moyen, dégage une intense énergie sous ses apparences sobres et statiques. « Ces portraits-là sont de mon imagination. Celui-là je l’ai fait le jour de l’attentat contre l’église Saint-Pierre et Saint-Paul, j’étais déprimé », reprend Al-Fayoumi, en montrant une toile sombre, la seule d’ailleurs où le noir domine. Une femme qui semble dire : « Et après ? ».

Ces visages de femmes réunis dans la salle de la galerie nagent dans la couleur, mais portent tous un léger voile de tristesse. « En général, l’expression sur mes portraits est triste. Je ne fais pas exprès, ça sort comme ça. Une fois, une femme libanaise avec son mari, des gens charmants venus à la galerie Karim Francis, il y a longtemps, m’a dit : j’adore votre travail mais voyez-vous, j’ai un petit problème. Je suis une femme âgée et mon mari aussi. Je ne voyais pas le rapport. Alors, elle a expliqué : En réalité, je veux acheter une toile, mais je vais déprimer, les toiles sont tristes. J’ai alors répondu : Prenez les posters à chaque fois que vous en avez envie pour pouvoir les voir ».

Peindre tout ce qui bouge
Omar Al-Fayoumi, qui adore peindre les cafés du Caire, a dérogé à son habitude cette fois-ci. « Peut-être la prochaine fois. J’aime beaucoup les cafés et les rues. Et le mouvement des gens. J’aime Aussi beaucoup les portraits, et j’aime beaucoup les femmes à tous les niveaux. J’aime les dessiner. Et puis, il y a les Portraits du Fayoum de l’Egypte Ancienne que j’adore peindre et repeindre. Je crois que dans une vie antérieure j’étais peintre de portraits à cette époque-là. Je crois en l’incarnation. Il y a un portrait du Fayoum que j’ai peint cinq fois, et à chaque fois, il est différent. Il se peut qu’elle ait été ma bien-aimée à l’époque », lance-t-il avec un grand rire.

Bien sûr, dans cette exposition, il y a des portraits du Fayoum que le peintre peint depuis les années 1990. De petits modèles dont certains ont été peints, il y a quelques années, mais également trois grandes toiles dont deux en forme de tentures qui en fait sont les pièces maîtresses de l’exposition. « J’ai commencé à peindre le grand portrait en tenture que vous voyez là-bas. Ensuite, j’ai continué tous les autres portraits ». Ce magnifique portrait du Fayoum dont il parle est revisité par ses soins. La même stature du visage du Fayoum que l’on connaît mais noyée dans un mouvement de couleurs, de fleurs en explosion et de dorures à la Gustav Klimt. « Oui j’adore Klimt », lance Al-Fayoumi.

Dans l’avenir, Omar Al-Fayoumi compte tenter un tournant « Une fois seulement j’ai peint une toile sans personne. J’avais acheté deux chaises et une horloge Art déco, je les trouvais tellement belles que j’en ai fait une toile. Ensuite, j’ai peint des paysages à Kafr Al-Cheikh et d’autres à Sarajevo en 2008. C’est un travail moderne, abstrait, mais c’est quand même du paysage. Peut-être que personne ne va aimer. Je ne sais pas. On verra bien » .

Jusqu’au 2 février à la galerie Misr. 4 rue Ibn Zenki, Zamalek. De 10h à 21h sauf le vendredi.

Mots clés:
Lien court: