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Exposition: Chaalan, juste Chaalan, toujours Chaalan

Alban de Ménonville, Mardi, 26 février 2013

A travers ses tableaux exposés au centre Al-Guézira des arts, Mohsen Chaalan retrace son expérience en prison après le fameux vol d’une des peintures de Van Gogh du Musée Mahmoud Khalil. Le résultat est décevant.

Exposition
Chaalan ne s’intéresse qu’à son propre sort.

L’Histoire commence en 2010 lorsqu’un tableau de Van Gogh est dérobé au Musée Mahmoud Khalil du Caire. A cette époque, Farouk Hosni est encore ministre de la Culture et Mohsen Chaalan directeur de la section des beauxarts au sein de ce même ministère. Efficace, l’enquête aboutira à deux conclusions principales : le tableau ne sera probablement jamais retrouvé et les voleurs et les commanditaires ne seront jamais inquiétés.

Au Musée Mahmoud Khalil, les défaillances s’avèrent nombreuses : manque de personnel de sécurité, système d’alarme inexistant et caméra de surveillance hors service. L’affaire fait du bruit et il faut trouver un coupable ou au moins un responsable. Et c’est Mohsen Chaalan, directeur du secteur des beauxarts à l’époque, qui est désigné. Emprisonné au plus fort de l’affaire pour négligence, il est finalement relâché un an plus tard.

C’est cette descente aux enfers que Chaalan retrace dans sa dernière exposition, Chat noir. Le titre ne fait pas de mystère : Chaalan, s’il peut être accusé de négligence, n’était rien d’autre qu’un bouc émissaire ni trop haut placé, ni trop bas placé. Le ministre de la Culture dont il dépendait n’a, lui, jamais été inquiété. Il était pourtant en poste depuis 20 ans.

Une histoire, un travail

Les oeuvres de Chaalan reviennent sur ses mésaventures, sur son arrestation, le moment de faire sa valise, de dire au revoir à ses proches et de monter dans le fourgon de police. Elles racontent la déprime de l’enfermement, les moments noirs mais aussi des instants plus légers comme ce gardien de cellule qui se fait tailler le portrait par l’ex-directeur de la section des beaux-arts.

Deux ans après la révolution, le pouvoir a changé : les responsables de l’incarcération de Chaalan sont en partie en prison, en partie impliqués dans divers procès. Et Chaalan a retrouvé sa liberté. La situation en devient presque comique, bien que les tableaux de Chaalan nous rappellent que, pour lui, ça ne l’a jamais été. C’est dommage car il y a dans cette histoire tous les éléments nécessaires à une bonne comédie dramatique, la révolution en toile de fond.

Un ego débordant

L’exposition, si elle avait été placée dans le contexte actuel, aurait pu être intéressante. Mais le peintre exclut tout symbole de la révolution ou toute allusion aux centaines de martyrs des deux ans de révolte.

Il n’y en a que pour Chaalan : Chaalan dans le fourgon de police, Chaalan en cellule, Chaalan triste, Chaalan désespéré … comme si le temps s’était arrêté de tourner pour lui. Alors que les jeunes artistes regorgent d’imagination pour décrire ce qui se passe depuis deux ans dans le pays et montrent comment la société évolue, l’ex-directeur de la section des beaux-arts s’intéresse à lui-même. Et le ministère s’intéresse à Chaalan en lui offrant l’occasion d’exposer dans l’une de ses galeries publiques.

Bref, rien ne semble avoir changé au ministère de la Culture. Le sort d’un individu haut placé n’est-il aussi important que les centaines de jeunes artistes qui se battent pour être exposés ? Et qui, eux, parlent du monde qui les entoure, oubliant même qu’ils existent pour se dévouer tout entier à leur cause. Chaalan, lui, n’a pas oublié qu’il existait comme il nous le rappelle dans son exposition sur lui-même.

Chat noir, de Mohsen Chaalan. Centre Al-Guézira des arts, de 10h à 14h et de 17h à 21h (sauf le vendredi). Rue Cheikh Al-Marsafi, jusqu’à fin février.

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