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Nahla Mattar : Les musiciens des troupes soufies cherchent à communiquer avec les gens

May Sélim, Lundi, 27 juin 2016

Nahla Mattar, musicologue, directrice artistique du musée d’Oum Kalsoum et professeure à la faculté de pédagogie musicale, de l'Université de Hélouan, sur le foisonne­ment des troupes du chant soufi en Egypte

Nahla Mattar

Al-Ahram Hebdo : Comment expliquez-vous l’essor actuel des troupes soufies ?
Nahla Mattar : L’an dernier, au musée d'Oum Kalsoum on a tenu une conférence sur le chant religieux. Les intervenants expliquaient les raisons du succès de toutes ces troupes soufies, auprès du public. Et finalement, ils ont constaté que le jeune public est à la recherche d’un guide, d’un modèle à suivre. Les troupes soufies présentent une parole qui valorise la tolérance, l’amour divin et l’équi­libre psychologique. Ainsi, l’héritage soufi par­vient à toucher l’audience, en comblant un vide, suscitant aussi un effet de mode. Les valeurs de la société d’aujourd’hui diffèrent de celles des années 1940-50 où le soufisme était parfois considéré comme un dogme prohibé, notamment dans cer­tains milieux.

— Y a-t-il une nouvelle approche concernant le chant et la musique soufis ?
— Je crois que les nouvelles troupes reprennent les paroles soufies les plus connues et retravaillent les compositions. Elles ne suivent pas à la lettre les règles d’autrefois, comme prescrit par les ordres soufis, exigeant une méthode de souffle, une ryth­mique bien particulière et des rites musicaux pour atteindre la transe. Mais elles reprennent plutôt les textes et les poèmes soufis qui rappellent l’éthique, l’amour, les valeurs humaines, dans un monde matérialiste. Certaines d’entre elles ont recours à des instruments tels le qanoun (cithare orientale) et la guitare, afin de donner à la chanson soufie un air de modernité et de contribuer à son évolution. De plus, ces troupes s’intéressent à l’improvisation qui n’existait pas dans la tradition musicale soufie d’antan. Il faut bien préciser que la musique est un rite à fonction sociale et les musiciens de ces troupes cherchent avant tout à communiquer avec les gens, à leur faire parvenir certaines valeurs sociales.

— Pourquoi la plupart de ces troupes s’inspi­rent-elles surtout du patrimoine soufi des meve­levis turcs, au lieu de puiser dans l’héritage égyptien ?
— Les paroles d’Al-Roumi et ses directives font partie du patrimoine universel, tout comme celles d’Ibn Arabi, de Rabea Al-Adawiya ou d’autres éminents poètes mystiques. Le problème est qu’en Egypte, le patrimoine soufi est lié à la tradition orale et que jusqu’à présent il n’y aucun moyen de le préserver et de le transmettre aux différentes générations. Du coup, on ne connaît pas vraiment quelles sont les écoles du chant religieux égyp­tiennes, contrairement à la Turquie par exemple. Il faut vraiment creuser, faire le tour des fêtes foraines et religieuses, aller dans les provinces égyptiennes et effectuer un travail sérieux de recherche afin de découvrir ces trésors. Il faut que le ministère de la Culture adopte un projet national visant à préserver ce patrimoine et à fournir une base de données au profit des chercheurs l

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