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Du sacré en toute liberté

Névine Lameï, Lundi, 30 mai 2016

Le groupe musical Salib Sufi Project interprète des chants soufis, des louanges du prophète sur la musique d’hymnes et cantiques coptes. Une première.

Du sacré en toute liberté
Salib Fawzi, un soufi copte.

Fondée en 2014, par l’artiste touche-à-tout, Salib Fawzi, chantre à l’église de la Sainte Vierge, dans le gouvernorat de Minya, le groupe musical Salib Sufi Project lance un appel à la paix et à la tolérance. Les chants soufis et les cantiques coptes se mêlent dans l’oeuvre de cet interprète, compositeur et parolier, afin de donner une belle charge émotive. L’artiste, ayant toujours rêvé de dépasser la frontière de sa ville natale, Mallawi (au sud de l’Egypte), a réussi à amalgamer les différents styles mystiques. « Mes concerts font office de rencontres spirituelles, où chrétiens et musulmans s’adressent à un seul Dieu. Je n’interprète pas les cantiques coptes dans un esprit soufi, comme le font certains artistes. Mais je fais fusionner les genres et les styles : invocations de Dieu, louanges du prophète, hymnes chrétiennes, poèmes ancestraux des poètes Ibn Arabi ou Ibn Al-Farid », souligne Salib Fawzi.

Pour lui, il y a une grande différence entre les cantiques chrétiens, en langue arabe, récités par les choeurs dans l'église, et les hymnes coptes traditionnelles de l’église copte, inspirées des traditions et des rituels de l’Egypte Ancienne. Et au musicien d’expliquer : « Les hymnes solennelles chantées à la messe dominicale, les hymnes coptes (prières et psaumes), généralement en langue liturgique copte, sont incompréhensibles pour les gens ordinaires, les chrétiens y compris. En fait, ils doivent les étudier, s’ils sont intéressés. Pour rendre mon oeuvre plus accessible, j’ai donc pensé les traduire moi-même vers le dialecte égyptien ou l’arabe classique, puis les mixer avec des chants islamiques soufis ».

Tout est uni par l’amour divin. Salib Fawzi compare souvent le monde mystique où il puise son art à une mer extrêmement profonde, laquelle renferme plein de secrets et de mystères. « J’aime préserver les rythmes anciens, les mesures utilisées autrefois par les musiciens, les airs ancestraux, coptes ou soufis », dit Fawzi, toujours accompagné d’un luthiste, d’un accordéoniste, d’un violoniste, d’un percussionniste et d’un joueur de cymbale et de triangle.

L’art qui unit

Issu de la chorale de l’Association caritative de Haute-Egypte, Salib Fawzi y a été formé dès l’âge de 8 ans. « Je dois beaucoup à soeur Céleste Khayat, religieuse du Sacré Coeur, fondatrice de la chorale et animatrice de ses activités musicales. Elle a travaillé avec des filles et des garçons d’une école primaire ordinaire dans le village de Bayadiya, à Minya. Et les a initiés à la musique. D’ailleurs, j’ai participé au jubilé d’argent de la chorale, en 1993, notamment à l’opérette Venons construire une maison, mise en musique par Waguih Aziz », déclare Salib Fawzi. Ce dernier l’a en fait beaucoup aidé à ses débuts, au même titre que les fondateurs des troupes musicales et théâtrales comme Al-Warcha (le chantier), Ressala (message), Al-Nahda (renaissance, celle de l’association culturelle des Jésuites), et Habayebna (nos chéris, fondée par le luthiste Magued Soliman). « Si avec Habayebna, j’ai découvert le monde underground, chantant notamment des oeuvres du patrimoine égyptien, je dois beaucoup à Al-Warcha et à son fondateur, le metteur en scène Hassan Al-Gueretly. C’est là que j’ai appris à danser, à chanter, à maîtriser la danse du bâton, à narrer des contes, à sauvegarder la tradition orale et épique de La Geste hilalienne », avoue-t-il.

En concert, Salib Fawzi porte souvent des habits confectionnés à partir des tissus d’Akhmim, en Haute-Egypte. Il n’a aucun souci de se produire côte à côte avec des artistes sympathisant avec la confrérie des Frères musulmans. « Je préfère interpréter moi-même les divers chants. Je suis d’ailleurs le seul à chanter en solo des louanges au prophète et aux saints de l’islam, sur la musique d’hymnes purement coptes. C’est vrai que je suis souvent critiqué sur les réseaux sociaux, même pour le nom de la troupe Salib Sufi, liant littéralement la croix au soufisme, mais j’assume mon choix. La politique divise. La religion divise. Seul l’art peut réunir et apaiser les âmes », conclut Salib Fawzi .

Concerts : A l’espace Room, le 2 juin, à 19h. A l’espace Elbet Alwane, le 22 juin, à 20h30. Et au théâtre Al-Gomhouriya, le 24 juin, à 21h30.

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