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Détox de l’âme

May Sélim, Lundi, 30 mai 2016

Le metteur en scène Saïd Soliman interroge le sort des âmes mystiques, dans un univers chaotique. C'est le thème de son nouveau spectacle musical Al-Insane Al-Tayeb (l’être de bonne foi). Percussions et chants soufis donnent le ton.

Détox de l’âme
Les vampires entourent le personnage principal, de toutes parts. (Photo:Bassam Al-Zoghby)

Dans la petite salle du théâtre Al-Talia, une jeune dame en robe blanche est en séance de méditation. Assise en tailleur, elle respire, puis expire, selon un rythme bien régulier. Sur un air mélodieux, elle chante des vers de Tagore : « J’oublie souvent que je ne connais pas le bon chemin, j’erre suivant mon coeur ». D’une manière ou d’une autre, le metteur en scène et dramaturge, Saïd Soliman, nous implique dès le départ dans son spectacle Al-Insane Al-Tayeb (l’être de bonne foi).

Cette personne de bonne foi, incarnée par la comédienne Naglaa Younès, a emprunté plusieurs voies mystiques, jusqu’à retrouver l’amour divin. Elle tâche de le semer partout là où elle va, surmontant toutes les contraintes que lui impose la société. Comment un être humain, mystique et débonnaire peut-il survivre dans ce monde chaotique, déchiré par les conflits ? Telle est la question que pose Soliman.

Contrairement à ses spectacles précédents, ce dernier ne présente pas un théâtre dramatique, basé sur un texte universel. Cette fois-ci, il nous offre plutôt un spectacle, inspiré des rites du patrimoine socio-musical égyptien, comme ceux du zar (danse et musique pour exorciser les démons). « Au départ, j’ai voulu présenter La Bonne Âme du Se-Tchouan de Bertolt Brecht. Mais le texte de Brecht ne me permet pas de tout dire. Et l’idée de l’oeuvre me semble limitée à une histoire précise. J’ai donc abandonné le texte brechtien et je n’ai retenu que le titre. Mon spectacle est plutôt une quête nostalgique des bonnes valeurs humaines », précise le metteur en scène. Sans aucun dialogue entre les comédiens, celui-ci a recours à des extraits de poèmes soufis d’Al-Roumi, d’Ibn-Arabi, d’Al-Hallaj et de Tagore que la comédienne fredonne de temps en temps sur une musique de Hani Abdel-Nasser.

Trois séquences
Le spectacle est réparti en trois séquences, la première évoque les cauchemars de la principale protagoniste. Tout en blanc, elle est entourée de vampires noirs, symboles des contraintes sociales. Seule, elle doit faire face aux coutumes accablantes. Les vampires, avec leurs instruments de percussions, tentent de l’attirer vers eux, puis elle parvient à s’en détacher. La scène ressemble à une séance d’exorcisme où la comédienne essaye de chasser tous ses anciens démons : le port du voile qu’on a voulu lui imposer, la soumission des femmes au sein d’une société patriarcale, etc. Ceci se fait sans aucune transition dramatique. « Je pratique souvent la méditation et le yoga. L’homme, avant de se livrer à la méditation, est hanté par tant d’images répressives. Elles sont sombres et confuses. Puis, au fur et à mesure, il parvient à tout nettoyer. J’ai voulu préparer le spectateur à cet état d’épuration et d’assainissement. Le fait de puiser dans les rites et les traditions m’a permis de monter un spectacle très égyptien lequel touche de près à la société, même si au fond j’aborde une question universelle », indique Soliman.

A partir de la deuxième séquence, l’ambiance devient de plus en plus soufie. Dans son voyage méditatif, « La Personne de bonne foi » atteint un niveau de perception différent. Elle a la paix et retrouve l’amour divin. Les comédiens, vêtus de djellabas aux couleurs pastel, jouent de la musique orientale soufie. Ils offrent au public des pétales de fleurs, de l’eau de rose ; l’odeur de l’encens embaume les lieux.

Cette ambiance assez zen est vite troublée, durant la troisième séquence, par des cris, des rires, des chansons électro-populaires et des youyous de joie. La principale protagoniste doit faire face à la réalité, en s’attaquant à toutes les personnes de son entourage lesquelles entravent sa sérénité : le prédicateur fourbe, le policier corrompu, les politiciens farfelus, etc. Ces derniers cherchent à l’enterrer sous un amas de journaux et d’objets de tous les jours. Alors, elle lève les bras et fredonne à nouveau des vers soufis : « Je suis le monde. Je suis la vie ». Difficile de perdre la sérénité, une fois retrouvée. Elle s’y attache, refusant de baisser les bras.

Tous les soirs à 19h (relâche le mardi) dans la petite salle du théâtre Al-Talia, place Ataba. Tél. : 25937948.

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