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Hamid Spahi : La mosaïque est un art de la méditation

Najet Belhatem, Lundi, 09 mai 2016

Des jets de lumière qui tombent sur un sol en perspective, un désert en relief et un jeu subtile de couleurs chaudes et froides. Les oeuvres de Hamid Spahi donnent à l’art de la mosaïque une autre dimension. Architecte et artiste, il a décidé de donner des ailes à son amour de la mosaïque.

Hamid Spahi
Spahi ave en arrière-fond son oeuvre Arabesque. (photo: Bassam Al-Zoghby)

Al-Ahram Hebdo : Quel cheminement vous a mené à l’art de la mosaïque ?
Hamid Spahi : Tout le projet a commencé à Berlin. C’est une lon­gue histoire qui a relation avec mon approche envers l’art. Comment l’art et la vie pour moi, en fait, veulent dire la même chose. Pour moi, l’art a toujours été une part de ma vie et de ma personnalité. Mon approche de la mosaïque et de l’art ressemble à un train avec plusieurs stations depuis le début jusqu’à maintenant.

Parmi ces stations, certaines m’ont apporté la joie de la peinture, de la sculpture et celle de rencontrer d’autres artistes. Mais je n’ai jamais pu me cataloguer moi-même comme un artiste. Dans mon approche avec l’art, le fait de dire de quelqu’un c’est un artiste ressemble à coller une éti­quette … un badge et vous êtes artiste. Si cela me permet de commu­niquer mon art, je n’ai rien contre, sinon je préfère être considéré comme quelqu’un qui fait de belles choses issues de son énergie. L’une des principales stations de ma vie a été d’étudier l’architecture.

— Avec cette âme d’artiste, pourquoi avoir donc choisi l’archi­tecture ?
— L’école d’architecture à l’Uni­versité de Stuttgart où j’ai fait mes études combinait les études purement techniques avec un sérieux enseigne­ment artistique. Cela me convenait très bien, parce qu’à mon avis, l’ar­chitecture est une sculpture de l’inté­rieur et de l’extérieur. Et c’est ce qu’elle doit être. C’est un art et je prenais du plaisir à dessiner.

Et puis le temps du jeu était fini, et il fallait commencer une carrière. Je suis donc entré de plain-pied dans ma vie professionnelle d’architecte, mais l’art ne m’a jamais quitté. Mon tra­vail artistique est passé à l’arrière-plan. Cependant, je continuais à mettre ma passion de l’art dans mon travail d’architecte.

— Mais il est difficile de concilier la liberté de l’art et les exigences du professionnel. Non ?
— Oui. A un certain moment, il faut prendre une décision. J’avais à faire un choix : mettre en sourdine cet appel vers l’art qui m’anime, cette voie intérieure, et continuer dans ma vie professionnelle et faire de l’argent, ou alors lui donner des ailes. J’ai tenté de combiner les deux, mais il fallait faire un choix difficile. La décision a été prise en 2009. Et comme il n’y a pas de coïncidence dans la vie, je me suis rappelé que j’avais essayé la mosaïque quelques années auparavant, et l’idée m’a tenté de m’y lancer à fond.

— Qu’est-ce qui vous a tant atti­ré dans la mosaïque ?
— C’est un art qui combine tech­nique, couleurs, qui a besoin de l’usage des deux mains. Il peut être structuré, spontané, il peut ressem­bler à de la peinture. J’ai tout de suite compris que c’était pour moi. J’adore travailler avec des outils, et c’est ce que je faisais en montant des maquettes pour mes projets d’archi­tecture. J’ai tout oublié, la mosaïque est devenue mon monde.

— Mais la mosaïque est un tout autre monde que l’architecture ?
— Quand on est architecte, on le reste. On fonctionne toujours selon le pourquoi, le comment, la structure. Et cela laisse une empreinte sur mon travail de mosaïque.

— Vous avez dit que le projet a commencé à Berlin. Comment ?
— J’avais ma propre galerie et mon école de mosaïque comme ici au Caire. Je veux enseigner la mosaïque car c’est un art de la méditation en fait. C’est l’objectif de mon école de mosaïque Mille Pezzi. Et comme vous avez dit être architecte et décou­vrir la mosaïque, cela implique tout de suite le design intérieur, les fresques murales. Là aussi on peut se poser la question : c’est de l’art ou non ? C’est un travail technique mais vous avez à y mettre un effort artis­tique pour en faire quelque chose de vibrant et de vivant. Mais pas tout ce qui est appelé mosaïque est forcé­ment de la mosaïque. La définition pour moi n’est pas de mettre les tes­selles, l’une à côté de l’autre avec quelques couleurs. La mosaïque pour moi doit être formée de tesselles découpées. Au moins 80 % doivent être découpées. C’est une composi­tion pas seulement de couleurs, mais de formes, de volumes …

— Et dans votre cas de perspec­tives comme on le voit dans vos oeuvres ?
— L’espace, la perspective et la lumière sont très importants pour moi.

— Ce qui est justement attitrant et singulier dans votre travail, ce sont les jets de lumière, ce qui est rare en mosaïque …
— Je pense qu’effectivement, c’est singulier en mosaïque, mais même si ce n’est pas le cas, le principal pour moi c’est de rester authentique et d’éviter à tout prix de copier ou d’être tenté par la facilité pour des raisons de marché. Ce qui est impor­tant pour moi c’est de rester loin de la copie. Et de rester fidèle à ma voix intérieure, vigilant quant à ces appels. Parce que l’art c’est un dialogue entre vous et vous-mêmes que vous exprimez aux autres. C’est un travail très intime.

Si vous regardez mes oeuvres de mosaïques, surtout les grandes pièces, vous n’allez pas trouver la présence de personnes. Mais cela ne veut pas dire qu’il n’y a pas de pré­sence. Ce sont des moments person­nels que je capture. Une chaise au milieu du tableau qui incite à penser que quelqu’un y était assis. Ou alors de se demander : suis-je bien à l’ombre ou alors dois-je me mettre à la lumière ? J’utilise aussi la réflexion de la lumière sur les choses, comme la réflexion des rayons du soleil au moment du lever sur le sable.

J’utilise aussi parfois le jeu entre les couleurs chaudes et les couleurs froides pour donner la sensation de perspective, c’est une technique qui vient de la peinture. D’autres fois, j’utilise les lignes faites d’ombre et de lumière qui donnent la forme à une fenêtre par exemple. Ma technique de découpage est très méticuleuse. Les pièces n’atteignent pas quelquefois les deux millimètres. J’aime aussi donner de la texture aux objets.

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