Culture > Arts >

Mélodies des peuples

Névine Lameï, Lundi, 15 juin 2015

La fête de la musique se place cette année sous le signe du métissage culturel, multipliant les activités qui visent à transcender les frontières et les normes. L'apogée de cette programmation se fera le 25 juin avec un concert unique au parc d'Al-Azhar.

Mélodies des peuples
Dina Al-Wédidi.

La fête de la musique en Egypte célèbre cette année son 10e anniversaire. D’où une programmation spéciale, prévue par l’Institut français d’Egypte, centrée essentiellement sur le thème du métissage musical.

Dans cette optique, l’IFE a organisé un atelier musical sur le thème du métissage, animé par le musicologue algérien Qaïs Saadi, afin de donner le coup d’envoi à plusieurs autres activités liées à la même thématique. Une dizaine de jeunes musiciens, de niveau intermédiaire et confirmé, y ont pris part, pratiquant tout type d’instruments. Et le résultat fut deux morceaux, lesquels intègrent une multitude de traditions musicales, à mélange d’influences culturelles orientales, africaines, classiques, jazz, rock, persanes, andalouses, marocaines, algériennes, nubiennes, sud-américaines, balkaniques, indiennes et la liste se poursuit.

Pour Qaïs Saadi, lequel a étudié l’écriture et la composition baroque et classique au Conservatoire Nadia et Lili Boulanger, à Paris, le métissage est un pas fructueux et indispensable dans une époque de « stagnation » musicale, comme c’est le cas actuellement. « Pour se libérer de l’image de l’Occident qui provoque, ou de l’Orient qui terrorise, les musiques de métissage sont capables de créer des réseaux collectifs, de déplacer les limites, de s’ouvrir au monde, de se connaître et de se faire connaître », déclare Saadi. Ce dernier a également donné à l’IFE une jam session, en collaboration avec des musiciens novices, leur proposant de présenter leurs créations et de jouer ensemble, chacun selon son bagage musical.

Métissage à dimension culturelle, mais aussi à dimension sociopolitique. Car cette année, les organisateurs de la Fête de la musique ont choisi de projeter des films, toujours à l’IFE, sous l’intitulé Musique et Communauté, en coopération avec Seen Films et le site musical ma3azef.com.

Les projections, datées des années 1960 et 90, reviennent sur l’expérience de trois pays de l’Afrique de l’Est, de l’Afrique du Nord et de l’Europe centrale. Elles établissent des correspondances entre trois communautés profondément différentes, unies dans leur lutte sociale par leur amour de la musique.

Ainsi, La Goumbé des jeunes noceurs de Jean Rouch traite des multiples confréries d’immigrés à Abidjan, formant une association au nom de la « Goumbé » (percussion africaine), pour maintenir tradition rurale et assurer entraide et solidarité.

Gadjo Dilo, de Tony Gatlif, suit le voyage initiatique d’un Français lequel passe du « choc culturel » au sentiment d’altérité, puis à l’identification avec la communauté gitane. Le documentaire Sept Nuits et une aurore d’Arab Loutfi aborde le parcours de plusieurs musiciens jouant la lyre orientale (semsémiya). La réalisatrice s’explique : « Je suis une passionnée de la diversité culturelle, côté folklore/patrimoine. Mon film emprunte son titre à un chant de résistance née dans la ville de Suez durant la guerre de 1967. Je raconte l’histoire de cette région par le biais d’al-semsémiya, ses musiciens, ses danseurs et ses chanteurs, symboles de la lutte populaire et de l’affirmation identitaire ».

Du live
Le summum de cette programmation « métissée » se fera le 25 juin prochain à 20h, au parc d’Al-Azhar, lors d’un concert live, regroupant six groupes égyptiens indépendants : jazz oriental avec Mazaj, percussions avec Groovcussion, chants soufis avec Al-Hadra, chorale de l’IFAO, instruments à vent avec la troupe Hassaballah, les étudiants du Conservatoire du Caire et une star de la chanson alternative : Dina Al-Wédidi.

Cette dernière se produira avec le groupe franco-britannique François & The Atlas Mountains, actuellement en tournée au Moyen-Orient. Il s’agit de quelques représentants d’une génération de jeunes artistes qui, conscientes de passer par un temps de stagnation culturelle, refusent de suivre les fins commerciales du marché et restent en permanence ouvertes aux influences culturelles du monde. C’est là que s’inscrit à titre d’exemple l’artiste autodidacte Dina Al-Wédidi, considérée comme l’une des découvertes musicales post-révolutionnaires. Elle jouera, la soirée du 25, les chansons de son nouvel album Turning Back ainsi que d’autres oeuvres puisant toujours dans le patrimoine égyptien, aux rythmes orientaux (rebab, arghoul, daf), tout en usant du contemporain (jazz, funk et électro).

De même, le groupe franco-britannique François & The Atlas Mountains présentera son nouvel album Piano Ombre. Sa musique pousse les âmes individuelles vers une transe collective et universelle, touchant une forme d’absolu pop (afro, anglais, français), tourné vers l’intime et l’infini, l’Occident et l’ailleurs.

Fondé en 2005 à Bristol, par son leader François Marry, le groupe met les normes occidentales trop bien apprises entre parenthèses, afin de chercher de nouvelles libertés. Il emprunte le rapport entre corps et esprit de la musique gnawa, des tourbillons soufis issus du Bénin et les perceptions sensorielles à l’indienne .

Mots clés:
Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique