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Ely Dagher : Mon film est un désir de redécouvrir ma relation avec Beyrouth

Yasser Moheb, Lundi, 01 juin 2015

Rencontre avec Ely Dagher, quelques heures avant qu’il ne reçoive sa Palme.

Ely Dagher

Al-Ahram Hebdo : D’où et comment est née l’idée du projet ?
Ely Dagher : Depuis des années, j’éprouve un sentiment incessant me poussant à redécouvrir ma patrie, surtout Beyrouth, ma ville natale. Lorsque je suis allé vivre à Bruxelles, j’ai senti ce besoin de reprendre ma relation avec Beyrouth, à travers un regard enregistrant les années 1990, surtout la période de l’après-guerre civile au Liban, lorsque le peuple était mené par l’espoir et l’enthousiasme. Mais avec un point de vue contemporain, à travers lequel on peut souligner l’état de la dépression et de la nonchalance qui teinte tout le pays et les différentes générations. C’est cette répétition et cette similitude de circonstances, négatives ou positives, que je voulais exprimer dans mon film, comme l’indique même le titre Waves’98 avec une réfé­rence à cette période des années 1990.

— Combien de temps avez-vous mis à réaliser le film ?
— Il m’a fallu deux ans, et c’est assez long pour un court métrage. Mais, vu que je n’avais pas un grand budget, j’ai dû faire la plupart des ani­mations moi-même, surtout que je n’ai pas trop d’expérience avec le monde de la produc­tion. Tout en obtenant des fonds du Liban et le soutien financier du Qatar pour la post­production, je me suis autofi­nancé, et c’était là l’aventure.

— Le film est réalisé en ani­mation, mais renferme égale­ment des photos et des images réelles. Ce mélange de sources et de techniques vous a-t-il aidé à aborder un sujet pareil plus librement ?

— Pour moi, mêler l’animation et le documen­taire conduit à un aspect plus profond et indirect. Etant donné que le court métrage est basé sur des idées, des convictions et des expériences person­nelles, je voulais éviter toute apparence imagi­naire. Si je me servais simplement de la tech­nique 3D, cela aurait donné un effet science-fic­tion. D’ailleurs, pour les personnages, j’ai cher­ché à les rendre plus ou moins symboliques, représentant un ensemble d’habitants de la ville, d’une certaine génération. Le mélange entre les techniques et les outils m’a facilité cette tâche de présenter mes idées de manière assez abstraite ; ce sont des médiums que j’utilise simplement dans mon travail.

— Qui a pris l’initiative de présenter votre film à Cannes ?
— Etant donné que je suis le producteur du film, je me suis occupé moi-même de cette affaire. Vu que Cannes est certainement la plus importante plateforme pour lancer un film, j’ai décidé de viser ce festival avant les festivals spécialisés dans l’ani­mation. J’ai été poussé par mon désir de participer à changer l’image qu’on a en général des oeuvres d’animation. Une fois le film sélectionné, j’ai senti que j’avais gagné, car pour moi, la sélection du film en elle-même est un hommage immense pour tout cinéaste.

— Votre prochain projet sera-t-il toujours de l’ani­mation ?
— Pas forcément. Pour Waves’98, j’avais écrit le scé­nario depuis des années, et comme l’histoire est assez personnelle, j’ai mêlé à l’ani­mation des vidéos réelles évo­quant le Liban ; un style que je trouve plus adéquat à ce récit irréel. Toutefois, mon prochain projet pourrait être tout à fait différent, avec de nouveaux mécanismes. Une fois le scénario fini, je com­mencerai mes choix de styles artistiques. Espérons alors que ce sera très prochaine­ment.

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