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Musique : La résistance malgré la crise

May Sélim, Mardi, 18 décembre 2012

Saraqo al-dostour (ils ont volé la Constitution) dénonce la situation politique actuelle sous des airs de révolte. La chanson est en passe de devenir un tube.

Musique
Dans la rue, les voix de la troupe Hala résonnent comme un cri de contestation.

Au milieu du chaos politique actuel et en plein référendum sur le projet de Constitution égyptienne, la chanson Saraqo al-dostour est en vogue. Le clip, diffusé depuis plusieurs jours sur les chaînes satellites et Youtube, ne cesse d’attirer l’attention du public. Elle circule énergiquement sur les navigateurs de la toile. Sur Facebook, elle compte parmi les posts les plus souvent partagés.

Ce clip de quatre minutes nous renvoie l’image d’une vingtaine de jeunes qui s’installent dans les rues du centre-ville, y compris Mohamad Mahmoud et Talaat Harb, avec leurs instruments de musique. Ils commencent à chanter en choeur Saraqo al-dostour ya chalanta, maa enno kan fi al-chanta, wa ana kont ayez aïche mech ay eïcha awanta (ils ont volé la Constitution, ya chalanta, alors qu’elle était dans mon sac. Je voulais mener une belle vie et non n’importe quelle vie).

Ecrite par Khalil Ezzeddine et composée par Ayman Helmi, elle dénonce ouvertement et avec sarcasme le nouveau projet de Constitution et déplore la situation politique actuelle.

Cette chanson faisait partie de la pièce de théâtre Nachaz (dissonance) présentée en septembre dernier sur les planches du théâtre Rawabet et donnée par la compagnie du théâtre Hala. « Le spectacle comporte 13 chansons politiques. La troupe Hala présente souvent un théâtre de rue engagé », explique Ayman Helmi, compositeur de la chanson. « Lors de la présentation, la chanson Saraqo al-dostour a eu de bons échos auprès du public. Le vidéoclip sur Youtube ou sur les chaînes satellites connaît un succès sans cesse plus grand », se réjouit Helmi.

Il a donc décidé d’en faire un clip avec les moyens du bord. En collaboration avec le réalisateur Ahmad Abdel-Gawad et Mohamad Abdel-Fattah, metteur en scène de la pièce Nachaz, il a tourné son clip dans la rue avec les membres de la troupe. « Les membres de la troupe Hala ne sont pas vraiment des chanteurs professionnels, à l’exception de Naghem Saleh. Leurs spectacles comportent des chansons qu’ils interprètent simplement. Pour la production de ce clip, j’ai eu recours à des chanteurs professionnels et à un ingénieur du son », précise-t-il. Les voix de Naghem Saleh, Mazen Mounib, Chourouq Achraf, Mouchira Saleh et Ayman Helmi lui-même résonnent comme une chorale harmonieuse. La qualité de la chanson est bonne malgré la sobriété de l’image présentée.

Au niveau de la composition, Helmi a pris le parti de la mélancolie. Les voix en choeur et l’image des jeunes assis dans la rue traduisent une certaine tristesse. Mais la chanson garde un rythme angoissant et un refrain sarcastique. « Souvent, mes compositions traduisent la réalité. Mon point de départ pour les chansons engagées est l’actualité du pays. Depuis la formation de l’assemblée constituante, j’ai l’impression qu’on a tout perdu. J’exprime les sentiments de milliers de jeunes d’aujourd’hui », lance Helmi.

Malgré l’air mélancolique de la chanson, les paroles de Khalil Ezzeddine transmettent un message d’espoir. Vers la fin de la chanson, le choeur insiste : « Ahlef la abawez lohom al-khalta » (je jure que je vais leur gâcher leur recette). Place à la résistance et à l’optimisme.

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