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Yasser Mongi: « Je voulais rendre le message politique visible et évident »

Propos recueillis par Alban de Ménonville, Mardi, 11 décembre 2012

Yasser Mongi, commissaire général du Salon 2012, assume pleinement l’engagement politique de cette édition qu’il a voulu ouverte et sans contrainte.

Al-Ahram Hebdo : Cette année, la plupart des oeuvres sont engagées politiquement. Est-ce un choix délibéré de la sélection ou un simple reflet de la scène créatrice actuelle ? Yasser Mongi : Cela est simplement dû aux événements que traverse le pays. Certains jeunes artistes sont impliqués directement sur la place Tahrir, d’autres sont touchés par ce qu’ils voient et tentent une analyse. Dans les deux cas, ils expriment ce qu’ils ressentent et réagissent à travers une opinion artistique particulière. Il s’est passé la même chose avec certaines grandes figures de l’époque comme Al-Gazzar, Hamed Eweiss ou Gamal Al-Séguini qui sont à l’origine des chefsd’oeuvre fortement engagés politiquement. En préparant le Salon, je n’avais aucune volonté spécifique de promouvoir tel ou tel style, ou tel ou tel sujet. En lançant le thème de cette année, Votre Voie, j’ai dit aux artistes que nous respecterons toutes les oeuvres. La seule condition était la valeur esthétique ou conceptuelle. Plus tard, quand je me suis aperçu qu’autant d’oeuvres contenaient un message politique, j’ai décidé de présenter l’exposition de manière à ce qu’elle rende ce message visible et évident.

— Mais qu’est-ce qui a changé ? On constate que cette année le niveau est meilleur …

— Le principal changement c’est le thème Votre Voie qui délivre aux jeunes un message clair : vous êtes les bienvenus quels que soient vos sujets, vos techniques et votre style. Aucun tabou n’est à éviter. L’autre chose c’est que cette édition est l’une des seules où un réel déroulement de l’exposition a été réfléchi. Chaque mur et espace à l’intérieur du Palais des arts reflète le thème du Salon et délivre au visiteur un message silencieux sur ce qui se passe aujourd’hui. Nous voyons le contexte actuel à travers les yeux des artistes. Mon but était de donner une unité d’ensemble à l’exposition, de la concevoir comme un cheminent.

— Le Grand Prix a été attribué à Mohamad Hamza pour son installation. Quel est votre regard sur cette oeuvre et sur le choix du jury ?

— J’interprète cette oeuvre comme un « scanner spirituel » qui nous fait réaliser, peut-être pour la première fois, que nous avons en nous une réalité cachée et qu’il faut travailler avec. Cette

réalité cachée, il faut la comprendre et l’accepter sans peur ou désespoir parce que c’est le seul moyen d’atteindre la catharsis. Quant au jury, il a choisi cette oeuvre parce qu’elle reflète l’unité

de l’époque contemporaine, avec toutes ses contradictions et qu’elle le fait d’une manière simple, claire et esthétique.

— Ahmad Kassim — qui se fait cette année appeler Ahmad Mahmoud — fait partie des lauréats. Qu’en pensez-vous ?

— Oui, pour une raison ou pour une autre il a changé de nom. C’est l’un des jeunes peintres qui possède un talent certain. Dans son travail on retrouve des éléments de Jean-Michel

Basquiat ou d’autres peintres occidentaux. Mais Kassim a une manière unique de les « métaboliser » pour en faire des outils abordant des sujets ou des concepts locaux. Il est

l’une des jeunes voix qui mérite toute notre attention. Dans les deux oeuvres qu’il expose, la même attention est apportée plutôt au sociopolitique qu’à l’aspect purement pictural ou esthétique.

L’équilibre entre les éléments esthétiques et les éléments conceptuels est très respecté. Cette manière de traiter « l’image salafiste » est propre à Ahmad Mahmoud plus qu’à Kassim.

Depuis son dernier prix, ses techniques ont quelque peu changé, mais il retient toujours l’attention du jury.

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