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Le temps est à la fusion

Névine Lameï, Mardi, 05 mai 2015

Avec 3 artistes hors pair qui aiment fusionner les genres et les rythmes, le théâtre Al-Guéneina reprend ses activités, tout en changeant son statut administratif.

Le temps est à la fusion

Ayant suspendu ses activités depuis novembre dernier, le théâtre Al-Guéneina, dans le parc Al-Azhar, reprend ses soirées musicales, avec notamment trois artistes de renommée internationale. Il s’agit de la chanteuse marocaine Oum (le 9 mai), du luthiste allemand Roman Bunka (le 15 mai) et du musicien tunisien Nabil Khemir (le 21 mai).

Tenant fort à l’âme de son pays, le Maroc, et ses origines sahraouies, Oum El-Ghait Benessahraoui, née en 1978, à la voix impressionnante, se livre à un mariage sonore, mélangeant hip-hop, jazz, blues et soul, à un univers hassani et gnaoui. D’ailleurs, à l’âge de 14 ans, elle a intégré un groupe Gospel. Son premier titre Tel est ton coeur l’a propulsée aux devants de la scène.

L’année 2009 a connu la sortie de son premier album Lik’Oum, une galaxie intimiste aux sonorités éclectiques et au confluent des genres, mêlant soul, hip-hop, jazz et disco. C’était le fruit d’une rencontre avec le compositeur et arrangeur italien Kermit. Sur scène, Oum aime se produire souvent avec des habits mêlant styles urbain et sahraoui.

La musique du guitariste, luthiste et compositeur Roman Bunka, né en 1951, unit tous les peuples et les cultures ! Il s’agit d’un autre artiste hétéroclite, mélangeant les genres rock, jazz, tango et pop, avec des mélodies orientales. Durant ses voyages de par le monde, Bunka noue des relations musicales qui l’aident beaucoup dans sa carrière.

Il est à la recherche d’une musique micro-tonale et modale (celte, arabe, noire africaine, indienne, indonésienne, extrême-orientale authentique), laquelle ne peut pas se jouer avec des notes ordinaires.

C’est dans le luth qu’il a assouvi son développement musical. En 1969, il a collaboré avec le groupe allemand jazz/rock et musique du monde, Embryo. Suivi, en 1976, d’un premier concert, en Inde, avec le percussionniste et compositeur mondial Trilok Gurtu et d’une série de concerts, avec les percussionnistes Okay Temiz (Turquie) et Mohamed Badawi (Soudan). Et ce, sans oublier sa collaboration avec les chanteurs compositeurs Hamid Baroudi (Algérie) et Al-Houssaine Kili d’Agadir (Maroc).

En 1980, Bunka se dirige vers Le Caire, son « refuge musical », où il rencontre le musicologue Essam Al-Mallah, le virtuose du kawala, Ahmed Arnab, avec qui il forme l’ensemble soufi Madih (louange). Il rencontre aussi le fameux chanteur nubien Mohamad Mounir, le violoniste virtuose Abdou Daghir, avec qui il produit l’album Malik Al-Taqsim, et le jazzman Fathi Salama. Mariage sonore, fruit d’années d’expériences musicales, c’est ce que propose Bunka, au théâtre Al-Guéneina.

Un instrument hybride
Nabil Khemir, né en 1966, et accompagné de son instrument musical le rayjam (rayon d’improvisation musicale), est ce luthiste tunisien, passionné de musique arabe. Autodidacte et disciple du fameux luthiste tunisien Ali Sriti, Khemir s’est produit pour la première fois en public à l’âge de 7 ans. Dans son adolescence, il s’intéresse à la musique occidentale, celle des grands jazzmen George Benson, Joe Pass, Herb Ellis, John Mc Laughin et Pat Methney. C’est ainsi qu’il découvre la guitare, sa deuxième passion. D’où sa création en 2004, du rayjam, un modèle d’une guitare/luth, double manche, qu’il fabrique aux Pays-Bas. Pour la soirée prévue au théâtre Al-Guéneina, Khemir mêle le style arabo-andalous aux mélodies occidentales.

Le théâtre Al-Guéneina change de statut
« Le théâtre Al-Guéneina ne dépend plus désormais de la fondation culturelle indépendante, Al-Mawred Al-Thaqafi (ressource culturelle). Si cette dernière fondation a décidé de suspendre son activité au Caire et de les poursuivre ailleurs dans le monde arabe, pour des raisons en rapport avec la nouvelle loi sur les ONG en Egypte, rien n’empêche que le théâtre peut devenir une entité à part entière, ayant un statut autonome », déclare Achraf Qénawi, directeur actuel du théâtre et responsable de la programmation. Et d’ajouter : « Nous avons fondé une nouvelle compagnie, à but lucratif, ouvrant ses portes à tout investisseur intéressé par le champ culturel ».

Qénawi, qui occupait auparavant le poste de chargé du Programme Egypte, au sein de la fondation Al-Mawred Al-Thaqafi, a récemment multiplié les contacts avec des anciens amis de la fondation et des activistes culturels afin de reprendre les activités du théâtre, en attendant son ouverture officielle dans les mois qui viennent. « Le public était très sollicitant. On n’arrêtait pas de recevoir des messages sur notre page Facebook, réclamant le retour de notre programmation », lance Mahmoud Al-Khatib, chargé de la communication, lequel commence déjà à promouvoir les concerts organisés par le théâtre Al-Guéneina, dans le cadre du festival ramadanesque Hay, au mois de juin prochain .

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