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Variole du singe : L’OMS sur le pied de guerre

Chérif Albert, Mercredi, 27 juillet 2022

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a déclenché son niveau d’alerte le plus élevé pour tenter de juguler la flambée de la variole du singe.

Variole du singe : L’OMS sur le pied de guerre
L’OMS veut solliciter une réaction internationale coordonnée à la flambée de la variole du singe.

« J’ai décidé de déclarer une Urgence de Santé Publique de Portée Internationale (USPPI) l’éruption de variole du singe », a déclaré samedi Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus, président de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), précisant que le risque dans le monde était relativement modéré à part en Europe où il est élevé. La qualification USPPI est utilisée dans des situations « graves, soudaines, inhabituelles ou inattendues ». C’est seulement la 7e fois que l’OMS a recours à ce niveau d’alerte. Cette qualification vise à faciliter une réaction internationale coordonnée, son financement et une collaboration internationale sur le partage des vaccins et des traitements. Neuf membres du comité d’experts qui s’est réuni jeudi étaient contre cette qualification, et six en sa faveur. S’il a pour habitude de suivre les recommandations des experts de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus aurait décidé de se prononcer en faveur du plus haut niveau d’alerte par inquiétude à l’égard de la rapide multiplication des cas et du manque de stock de vaccins et traitements, d’après des sources proches de l’Organisation onusienne. Le Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus a souligné qu’à l’heure actuelle, « cette flambée est concentrée parmi les hommes qui ont des relations sexuelles avec des hommes, en particulier ceux qui ont des partenaires multiples, ce qui veut dire qu’elle peut être stoppée avec de bonnes stratégies ».

16 836 contaminations dans 74 pays

Depuis début mai, quand elle a été détectée en dehors des pays africains où elle est endémique, la maladie a frappé plus de 16 836 personnes dans 74 pays, selon le tableau de bord du Centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) à la date du 22 juillet. Si les autorités sanitaires du Royaume-Uni, l’un des épicentres de la maladie, ont fait état d’une baisse du rythme de contagion, le nombre de cas augmente rapidement dans le monde. « C’est un appel à l’action, mais ce n’est pas le premier », a souligné Mike Ryan, responsable des situations d’urgence de l’OMS, qui dit espérer que cela va mener à une action collective contre la maladie. Une étude publiée la semaine dernière dans la revue scientifique New England Journal of Medicine confirme que dans 95 % des cas récents, la maladie a été transmise lors d’un contact sexuel et 98 % des personnes touchées étaient des hommes gays ou bisexuels. Elle a analysé les données de plus de 520 cas dans 16 pays différents (Canada, Etats-Unis, Europe ...), répartis sur deux mois entre fin avril et fin juin. « Il est important de souligner que la variole du singe n’est pas une infection sexuellement transmissible dans le sens traditionnel du terme, elle peut s’attraper par n’importe quel contact physique proche » avec une personne infectée, a précisé l’auteur principal de l’étude, John Thornhill. « Mais notre travail suggère que la majorité de la transmission jusqu’ici est liée à une activité sexuelle ». Les lésions cutanées observées, principalement anales, sur les parties génitales ou la bouche, pourraient représenter les zones d’inoculation, note l’étude. Aucun décès n’a été enregistré parmi les cas étudiés, et la plupart étaient des cas légers. Malgré tout, 13 % ont été hospitalisés. Les raisons principales étaient la douleur dans la région anorectale, ou des infections cutanées. Mais aucune complication grave n’a ensuite été observée.

L’étude souligne que les symptômes observés diffèrent de ceux habituellement repérés dans les pays africains où la maladie est endémique. Notamment le fait que les éruptions cutanées se concentrent sur certaines zones. Des lésions ont été observées chez 95 % des personnes, dont la zone génito-anale dans 73 % des cas. Le nombre de lésions variait grandement d’une personne à l’autre, mais il était généralement de moins de 10. Les auteurs alertent ainsi sur le risque de se méprendre de diagnostic, en pensant avoir affaire à une infection sexuellement transmissible. Comment est-on passé d’un virus, qui passait en général de l’animal à l’homme, avec une transmission humaine souvent limitée à la famille dans les pays d’Afrique de l’Ouest, où il est endémique, à une transmission dans des dizaines de pays ? Profitant d’un monde qui s’est rouvert ces derniers temps, le virus a voyagé et réussi à s’installer dans un groupe où il peut circuler plus activement en raison des habitudes sociales (réunions fréquentes, relations sexuelles avec plusieurs partenaires, etc.), a expliqué Rosamund Lewis, principale experte de l’OMS pour la variole du singe. L’OMS recommande de vacciner les personnes les plus à risque, ainsi que les personnels de santé susceptibles d’être confrontés à la maladie. L’Agence européenne des médicaments (EMA) a déclaré vendredi avoir approuvé l’utilisation du vaccin Imvanex, de la société danoise Bavarian Nordic, contre la variole humaine pour étendre son utilisation contre la propagation de la variole du singe.

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