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Epidémiologiste au bureau régional de l’OMS : Si la pandémie n’est pas traitée avec le même sérieux qu’au début, toutes les éventualités deviennent possibles

May Atta, Mardi, 23 mars 2021

La vaccination contre le coronavirus s’accélère alors que le monde redoute une troisième vague de la pandémie. Le point avec le Dr Amgad El-Kholy, épidémiologiste au bureau régional de l’OMS pour la Méditerranée orientale.

Amgad El-Kholy

Al-Ahram Hebdo : La saga du vaccin suédo-britannique AstraZeneca n’a cessé de rebondir ces derniers jours. A quel point ce vaccin, utilisé en Egypte, est-il sûr et efficace ?

Dr Amgad El-Kholy : Jusqu’à présent, l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) a validé 5 vaccins pour une utilisation en urgence. Il s’agit des vaccins Pfizer, Moderna, AstraZeneca, Spoutnik V et Johnson & Johnson. Ces vaccins sont passés par un processus strict d’études et d’essais et ont été soumis à une évaluation scientifique rigoureuse.

Concernant le vaccin d’AstraZeneca, sur environ 20 millions de personnes qui l’ont reçu, de rares cas d’effets secondaires ont été rapportés avec un taux de 2 par million. Ces cas, aussi rares soient-ils, méritent notre attention et notre extrême prudence, comme tout autre effet indésirable pouvant résulter de la prise du vaccin devrait être étudié et investigué. Sans pour autant dire que ces cas signalés sont forcément liés au vaccin.

— Pourtant, des complications allergiques post-vaccinales ont été rapportées …

Ces dites complications sont très probablement dues à une infection par le virus et non à la vaccination. Les effets secondaires des vaccins enregistrés jusqu’à présent sont les maux de tête, les nausées, les courbatures et la fatigue, et ne représentent aucun danger.

— Qu’en est-il du vaccin chinois, Sinopharm, également utilisé en Egypte ?

Les vaccins chinois sont toujours en cours d’évaluation par l’OMS qui publiera prochainement une évaluation concernant l’un d’eux.

— Quelles sont les personnes à qui la vaccination est déconseillée ?

L’OMS a émis des recommandations concernant les groupes de personnes qui ne sont pas autorisés à recevoir le vaccin, tels les enfants de moins de 18 ans, les femmes enceintes et allaitantes et les personnes qui ont certains problèmes de santé.

Mais comme nous le savons, les vaccins sont autorisés pour une utilisation en urgence et par conséquent, certains individus appartenant à ces catégories peuvent être vaccinés à titre exceptionnel.

Par exemple, alors que la grossesse expose les femmes à un risque accru de développer une forme grave du coronavirus, le Comité consultatif sur l’innocuité des vaccins n’a pas recommandé le vaccin pour les femmes enceintes ou qui allaitent. La raison en est que très peu de données sont disponibles pour évaluer la sécurité d’un vaccin pendant la grossesse. Cependant, une femme enceinte peut recevoir le vaccin si le bénéfice, dans son cas, l’emporte sur les risques potentiels du vaccin.

Si la pandémie n’est pas traitée avec le même sérieux qu’au début, toutes les éventualités deviennen
La Somalie a reçu 300 000 doses du vaccin d’AstraZeneca, lundi 15 mars, dans le cadre de l’initiative mondiale COVAX. (Photo : AP)

— L’OMS travaille avec la plateforme COVAX pour assurer un accès équitable à la vaccination. Est-il prévu de recevoir bientôt des lots de vaccins en Egypte grâce à cette initiative ?

Les pays qui participent à la plateforme COVAX et qui remplissent les conditions requises, dont l’Egypte, recevront d’ici mai prochain des lots de vaccins qui couvriraient 3 % de leur population par l’intermédiaire de COVAX. Les doses fournies augmenteront pour couvrir 20 % de la population d’ici fin 2021.

Notons que COVAX offre, par l’intermédiaire de l’Alliance du vaccin « Gavi », un soutien technique et des facilités de paiement à tous les pays. Quant à la subvention du prix des vaccins, elle peut être partielle ou totale en fonction du revenu national de chaque pays.

— Après tout, la situation pandémique dans la plupart des pays africains, y compris l’Egypte, s’est révélée moins grave que redoutée, surtout si on la compare avec celle qui sévit ailleurs. Existe-t-il une explication scientifique ?

Disons d’abord qu’il n’est pas possible de comparer entre un pays et un autre ou une région et une autre car chaque pays a son contexte sanitaire, économique et social, ainsi que des pratiques culturelles et des modes de vie différents, ce qui rend la comparaison non scientifique.

Mais de manière générale, le nombre de cas détectés dépend de plusieurs facteurs, notamment le nombre de tests effectués dans chaque pays. Plus on fait de tests, plus de cas sont détectés, et plus il devient possible de faire le traçage des personnes ayant été potentiellement en contact avec des porteurs du virus, parmi lesquels d’autres personnes atteintes pourraient être détectées.

En outre, le système d’information et de notification sanitaires joue un rôle important, plus ce système est efficace, plus les cas qui apparaissent dans une communauté ont la chance d’être signalés.

A cela s’ajoutent le moment où le virus est apparu dans chaque pays et la manière, plus ou moins sérieuse, dont chaque gouvernement a réagi en termes de politiques de prévention.

Et n’oublions pas la moyenne d’âge de la population en question, étant donné que l’âge et les problèmes de santé qui vont avec constituent un facteur décisif.

— Cela veut-il dire que le pic de la deuxième vague n’a pas encore gagné nos territoires ?

Si la pandémie n’est pas traitée avec le même sérieux qu’au début, toutes les éventualités deviennent possibles. Autrement dit, le démarrage des campagnes de vaccination est censé ralentir la propagation du virus si l’accès au vaccin se fait de manière équitable aussi bien à l’échelle mondiale qu’au sein d’un même pays. Mais à condition que la vaccination s’accompagne d’un engagement de la part de la population, y compris ceux qui ont reçu le vaccin, et des gouvernements, à observer le plus strictement possible les mesures de précaution.

C’est pourquoi nous recommandons les individus et les sociétés d’éviter tout laxisme et tout faux sentiment de sécurité, en particulier avec l’apparition de variants du virus qui ont accéléré sa propagation.

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