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Edito : Offensive contre l'EI : Un pari difficile

Al-Ahram Hebdo, Lundi, 29 septembre 2014

Les Etats-Unis et leurs alliés arabes ont désormais lancé leur offensive aérienne contre le groupe Etat Islamique (EI), avec l’objectif d’écarter du Moyen-Orient le spectre d’un Etat djihadiste. La question à présent est de savoir à quoi mèneront ces frappes ? Aboutiront-elles à la destruction de l’EI ? Selon les responsables améri­cains, les frappes aériennes contre les bastions de l’EI en Syrie marquent « le début d’une campagne crédible, durable et persistante », comme l’a expliqué le chef américain des opérations mili­taires, lors d’une conférence de presse au Pentagone le 23 septembre. L’objectif premier des Américains est d’affaiblir l’EI et de détruire ses instal­lations. Cependant, les frappes aériennes seules ne peuvent pas venir à bout des djihadistes. Et sans inter­vention au sol, il y a peu de chance que la coalition anti-EI soit en mesure de déloger les combattants djihadistes qui occupent une bonne partie de la Syrie et de l’Iraq. Or, ni Washington, ni ses alliés n’envisagent une opération au sol, qui serait très coûteuse en vie humaine. Dans ce contexte, les frappes aériennes apparaissent comme un « travail d’appoint », visant à ouvrir la voie à d’autres groupes, en l’occur­rence l’opposition syrienne modérée, d’occuper le terrain. Or, l’armée syrienne libre, qui a mené la guerre contre le régime de Bachar Al-Assad, ne paraît pas aujourd’hui en mesure d’achever cette mission. L’ASL est affaiblie et ne dispose ni d’armes, ni d’équipements nécessaires. Le Congrès américain a accordé à Barack Obama 500 millions de dollars pour former l’ASL dans des bases en Arabie saoudite. Mais comme l’a expliqué le chef de l’exécutif américain dans son discours du 10 septembre, où il exposait sa stratégie anti-EI, il faudra des mois, peut-être plus d’une année même, avant que l’ASL ne soit prête à combattre. D’ailleurs, c’est la raison pour laquelle les frappes aériennes américaines visaient, avant l’offensive de la semaine dernière, le champ de bataille en Iraq, là où l’armée ira­qienne, les peshmergas kurdes et les milices chiites combattaient l’EI sur le terrain et empêchaient ses djihadistes de s’étendre davantage.

Si l’opposition syrienne modérée ne parvient pas à occuper le terrain laissé par l’EI, celui-ci sera abandonné à d’autres acteurs, comme l’armée syrienne régulière, et surtout le Front Al-Nosra. Un scénario tout aussi catas­trophique pour Washington et ses alliés que celui de l’EI. En effet, le Front Al-Nosra est un groupe qui prête allé­geance à Al-Qaëda, créé en janvier 2012 pour contrer le régime de Bachar Al-Assad, avec pour objectif d’instaurer un califat islamique. Il est derrière la plupart des attentats suicides qui secouent la Syrie depuis le soulève­ment, en mars 2011, contre Bachar Al-Assad. Le groupe est classé sur la liste noire des organisations terroristes par les Nations-Unies, les Etats-Unis et l’Arabie saoudite. D’ailleurs, une fusion entre Al-Nosra et l’EI face à l’offensive de Washington et de ses alliés n’est pas à exclure.

Un succès de l’offensive aérienne contre l’EI n’est bien sûr pas exclu. Mais celui-ci dépendra de la situation sur le terrain. Rien ne semble joué d’avance pour Washington et ses alliés.

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