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Edito : Doha et les monarchies du Golfe

Al-Ahram Hebdo, Dimanche, 20 avril 2014

Les monarchies arabes du Golfe sont parvenues à un accord permettant de mettre fin à la crise entre le Qatar d’un côté, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn de l’autre. Cet accord est intervenu lors d’une réunion impromptue, tenue sur la base aérienne de Riyad, entre les ministres des Affaires étrangères des pays du Conseil de Coopération du Golfe (CCG).

Le 5 mars dernier, dans une démarche sans précédent, l’Arabie saoudite, les Emirats arabes unis et Bahreïn avaient rappelé leurs ambassadeurs à Doha, accusant le Qatar de s’ingérer dans leurs affaires et de mener une politique déstabilisatrice dans la région en raison de son soutien à la mouvance islamiste.

Les trois pays reprochaient notamment au Qatar de ne pas avoir respecté un engagement pris en novembre par l’émir de ce pays, cheikh Tamim bin Hamad Al Thani, de ne pas s’ingérer dans les affaires internes de ses voisins et de ne soutenir aucune action menaçant la stabilité de ces pays.

Selon le communiqué du CCG, les ministres du groupement régional se sont entendus jeudi dernier pour que « la politique d’aucun pays membre n’affecte les intérêts, la sécurité et la stabilité des autres pays du CCG ».

Ils se sont en outre mis d’accord sur un mécanisme d’application de l’accord de novembre dernier, conclu lors d’un mini-sommet à Riyad entre l’émir du Qatar, l’émir du Koweït et le roi d’Arabie saoudite.

Le Qatar était accusé par ses voisins de soutenir les islamistes proches des Frères musulmans dans les autres pays du Golfe, dont des dizaines ont été condamnés à la prison aux Emirats arabes unis, et de servir de refuge aux islamistes d’autres pays arabes. Doha est également considérée comme l’un des principaux bailleurs de fonds des Frères musulmans en Egypte et des groupes proches de cette confrérie dans les pays du Printemps arabe, alors que l’Arabie saoudite et les autres pays du Golfe soutiennent la révolution égyptienne du 30 juin. Sans compter les émissions de sa chaîne Al-Jazeera, devenue le porte-voix des islamistes arabes, notamment égyptiens.

Quelle est à présent la portée de l’accord de jeudi ? Souhaitant sortir de son isolement au sein du CCG, le Qatar a fait un geste envers ses voisins du Golfe. Des informations publiées dans la presse affirment que Doha a commencé à transférer certains militants islamistes présents sur son territoire hors du pays. Un moyen sans doute pour soulager la pression mais aussi pour apaiser les critiques internes.

Cependant, rien jusqu’à présent ne permet de dire si le Qatar va réellement changer de politique régionale. Et il faudra sans doute attendre quelques mois pour y voir plus clair. L’accord de jeudi dernier apparaît plus comme une tentative d’apaiser les tensions au sein du CCG que comme le fruit d’un réel rapprochement entre Doha et ses voisins .

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