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Le Qatar, les Frères et l'échec

Tuesday 14 janv. 2014

Qui veut connaître l’ampleur des changements survenus dans les relations interarabes après les révolutions populaires doit examiner la convocation de l’ambassadeur qatari au Caire. En effet, ce dernier fut convoqué par le ministère des Affaires étrangères pour le prévenir que toute ingérence dans les affaires égyptiennes est catégoriquement refusée.

Cette procédure n’est pas courante dans les relations interarabes. Elle signifie qu’il s’est passé quelque chose de grave : une atteinte directe à la souveraineté de l’Egypte. La protestation égyptienne est due au communiqué du ministère qatari des Affaires étrangères critiquant ce qu’il a considéré comme une répression des manifestations des Frères musulmans, qualifiées de pacifiques, et invitant le gouvernement égyptien à engager un dialogue immédiat avec la confrérie pour réinstaurer la stabilité.

Mais la convocation de l’ambassadeur dépasse la simple dénonciation du communiqué. Nous vivons une période importante que ce soit pour le Qatar, pour la confrérie ou pour la politique étrangère égyptienne. Le communiqué qatari a soutenu l’idée d’un dialogue entre le gouvernement égyptien et la confrérie, ce qui représente une ingérence dans les affaires internes de l’Egypte. Ceci signifie également que le gouvernement qatari résume la situation égyptienne en un simple conflit entre le gouvernement et la confrérie.

Ce qui se passe en Egypte est un conflit historique entre le peuple et les institutions de l’Etat égyptien d’une part, et une confrérie terroriste d’autre part. Cette confrérie a décidé de se suicider politiquement, ethiquement et confessionnellement de sorte qu’il soit devenu difficile de la défendre ou de justifier ses actes.

Dans ce conflit, il est impossible de revenir en arrière ou de renoncer à l’objectif, celui de la victoire de l’Etat et du peuple sur le terrorisme. Il est fort étrange que le Qatar invite au dialogue. Ce pays est l’un des plus grands soutiens des Frères musulmans : il accueille Youssef Al-Qaradawi, guide spirituel de la confrérie. Est-ce que cette invitation reflète la position des dirigeants de la confrérie terroriste résidant au Qatar ? Serait-il possible d’engager un dialogue alors que les manifestations des Frères incitent à la violence, à la destruction et au meurtre ?

La confrérie, sous les coups des services de sécurité, s’est isolée et vit dans un état virtuel sans précédent. Alors que les indices indiquent que l’Etat égyptien est sur le point de reprendre le dessus sur les manifestations de violence et de terrorisme, alors que le peuple est devenu immunisé contre les mensonges des partisans de la confrérie, celle-ci a décidé de poursuivre les manifestations avec comme carburant de jeunes éléments n’ayant aucune relation avec la confrérie.

L’essentiel pour la confrérie n’est pas d’exercer des actes terroristes visibles, mais de détériorer au maximum le quotidien des Egyptiens et d’exercer une pression contre eux tous pour les faire parvenir à un état de désespoir et les mener à accepter le retour au pouvoir des Frères. Mais les Frères se font des illusions à travers une lecture erronée des conjonctures égyptiennes des succès politiques et économiques depuis le 30 juin. Les illusions qui animent les Frères sont les mêmes qui poussent le Qatar à croire qu’il est capable de s’ingérer dans les affaires égyptiennes et de présenter des solutions.

Une partie de ces illusions revient à la nature même de la politique étrangère qatari. Celle-ci revêt un caractère aventurier. Elle est capable de passer d’une position à son opposé, de se plier aux volontés américaines et de s’isoler des pays du Golfe. Elle est parfaitement convaincue qu’avec les énormes moyens financiers qu’elle donne à certains groupuscules dans différents pays arabes, elle est capable d’acquérir un rôle régional et d’opérer de grands changements sur la carte géopolitique de la région, de sorte que le Qatar devienne un des dirigeants des politiques régionales. Cependant, lorsqu’un pays poursuit de telles politiques, l’échec est fatal.

Tous les indices indiquent que le Qatar, en tant que parrain de la confrérie, poursuivra son soutien afin de faire avorter la révolution du peuple égyptien et de faire revenir les aiguilles en arrière. Si le Qatar croit que l’Egypte est ligotée à cause de la main-d’oeuvre égyptienne (200 000 personnes) qui travaille au Qatar, il se trompe. La convocation de l’ambassadeur qatari est l’indice que les paris qatari sont des paris perdants et que l’avenir apportera de nombreuses surprises.

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