Opinion > Opinion >

L’Egypte conforte son statut de hub énergétique

Wednesday 22 juin 2022

Sous le regard émerveillé de la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le ministre égyptien du Pétrole, la ministre israélienne de l’Energie et la commissaire européenne à l’énergie ont signé, le 15 juin au Caire, un accord-cadre pour l’approvisionnement de l’Union Européenne (UE) en gaz naturel israélien, via l’Egypte. Conclu à l’occasion de la réunion ministérielle du « Forum du gaz naturel de la Méditerranée orientale », il prévoit d’acheminer, pendant trois ans avec une prolongation automatique de deux ans, le gaz israélien vers l’UE après qu’il soit liquéfié en Egypte. Qualifié d’« historique » par Von der Leyen, l’accord répond à la volonté de l’Europe de réduire sa dépendance énergétique sur Moscou, qui assurait en 2021 plus de 40 % des besoins de l’UE, en vue d’être pleinement indépendante des combustibles fossiles russes avant 2030.

Répondant à une initiative de l’UE visant à diversifier ses sources d’énergie, l’Egypte et Israël ont saisi l’occasion pour élargir leur présence dans l’important marché européen, qui a importé en 2021 plus de 155 milliards de m3 de gaz russe. Loin de pouvoir compenser la perte progressive des importations russes, qui dépassent leurs capacités de production, l’Egypte et Israël entendent cependant développer leurs infrastructures gazières pour satisfaire une part grandissante des besoins du marché européen. Depuis la découverte d’importants gisements dans leurs zones économiques exclusives pendant la seconde décennie des années 2000, les deux pays s’employaient à approvisionner l’UE en gaz naturel. La création au Caire en 2019 du Forum du gaz naturel, regroupant pays producteurs et consommateurs des deux rives de la Méditerranée, était la manifestation de la volonté des deux parties d’exploiter la manne gazière récemment découverte.

La conclusion de l’accord tripartite, mercredi dernier, conforte l’Egypte dans son ambition de devenir un hub énergétique régional. Après avoir atteint l’autosuffisance en gaz naturel en septembre 2018, grâce à la découverte du gisement géant de Zohr en août 2015, l’Egypte entendait profiter de sa proximité géographique avec l’Europe pour devenir un fournisseur majeur de Gaz Naturel Liquéfié (GNL) à l’UE. Cette ambition est fondée sur deux piliers. Premièrement, son importante production de gaz naturel qui devrait atteindre 7,5 millions de tonnes au cours de l’année fiscale 2021-2022. Deuxièmement, l’Egypte dispose d’infrastructure, inexistante ailleurs dans le bassin levantin de la Méditerranée, de transport et de traitement du gaz avec un réseau de 7 000 km de gazoducs, un réseau de distribution de 31000 km et 29 usines de traitement, ainsi que 2 sites de liquéfaction dans les ports méditerranéens d’Edkou et de Damiette, d’une capacité annuelle de 7,2 millions et 4,8 millions de tonnes respectivement. Dans le même but, l’Egypte a conclu des accords pour importer du gaz d’Israël et de Chypre, en vue de le traiter dans ses deux usines de liquéfaction, puis de le réexporter vers les marchés européen et asiatique.

Au début de 2020, Israël a commencé à exporter du gaz naturel vers l’Egypte à partir de ses gisements offshore Leviathan et Tamar, conformément à l’accord conclu deux ans plus tôt d’achat de 64 milliards de m3 de gaz israélien sur une décennie. Un an plus tard, l’accord a été revu à la hausse, avec l’achat de 85,3 milliards de m3 d’une valeur de 15 milliards de dollars, sur une période de 15 ans. En novembre 2021, l’Egypte et Israël ont signé un protocole d’accord visant à augmenter les livraisons de gaz israélien à l’Egypte pour la réexportation. Résultat de ces efforts: l’Egypte a réalisé en 2021 ses revenus les plus élevés des exportations de GNL en 10 ans, avec des bénéfices en hausse de 550%, à 3,9 milliards de dollars, contre 600 millions de dollars en 2020. Les exportations égyptiennes de GNL vers l’Europe ont également grimpé en 2021, atteignant 2,04 millions de tonnes métriques, contre seulement 270000 tonnes en 2020.

Malgré ses réserves considérables de gaz et son importante production— dont la majeure partie est destinée à la consommation interne —, les plans de l’Egypte visant à maintenir sa place de plateforme énergétique régionale dépendent fortement de sa capacité à augmenter ses importations de gaz, notamment israélien, pour une réexportation ultérieure. Jusqu’à récemment, l’Egypte importait du gaz israélien via le gazoduc East Mediterranean Gaz, reliant Al-Arich au Sinaï à Ashkelon en Israël, d’une capacité annuelle de 7 milliards de m3. A partir de mars dernier, les deux pays ont rajouté l’usage du « gazoduc arabe » qui assurera cette année, via la Jordanie, de 2,5 à 3 milliards de m3 d’importations israéliennes supplémentaires, pouvant potentiellement atteindre 4 milliards à l’avenir.

De nouvelles augmentations des importations de gaz israélien nécessiteront davantage d’infrastructures. Des négociations bilatérales sont en cours pour construire un gazoduc sous-marin reliant le champ de Leviathan à l’usine d’Edkou, afin d’augmenter les exportations de GNL vers l’Europe. Mais pour maintenir la dynamique à la hausse, l’Egypte doit en particulier accroître sa capacité de liquéfaction, alors qu’Israël doit faire de même pour sa production.

Lien court:

 

En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique