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Festival d’Al-Gouna et la schizophrénie des médias

Mohamed Salmawy , Mardi, 26 octobre 2021

Combien sont étranges nos médias qui ne se préoccupent que des robes des actrices participant au Festival du Film d’Al-Gouna (FFG), ignorant les activités du festival : projection de films, colloques et expositions.

Mohamed Salmawy

Et puis, ces médias se mettent à critiquer le festival qui « ne présente que les robes des actrices comme s’il s’agissait d’un défilé de mode et non d’un festival de cinéma ! ». Il s’agit là d’un exemple frappant de la situation maladive de nos médias qui se caractérisent par un certain degré de schizophrénie.

Le FFG a présenté des dizaines de films arabes et étrangers, dont certains étaient projetés pour la première fois, alors que d’autres ont déjà participé à des festivals internationaux. Cependant, j’ai longuement cherché une quelconque couverture médiatique sur ces films, mais en vain. Certains se sont arrêtés devant le film égyptien Riche (plumes), lauréat du Prix de la Critique au Festival de Cannes, présenté pour la première fois au FFG.

Mais ce qui a attiré les médias, ce sont des choses autres que le film, comme le fait que Ingy Kiwan est apparue dans une robe courte avec une écharpe sur les cheveux, et que certains acteurs n’ont pas aimé le film et ont quitté la salle de projection en guise de protestation. Bien sûr, il n’y a aucun inconvénient à ce que les médias nous informent sur le look d’une actrice qui a assisté à la projection du film, même si nous entendons son nom pour la première fois, ou qu’ils nous parlent de la protestation de certains acteurs. Il est du devoir des médias de le faire. Mais qu’en est-il du film lui-même ? Qu’en est-il de son contenu qui n’a pas plu à certains ? Pourquoi a-t-il remporté un prix à Cannes ? Et quel est le point de vue de son réalisateur Omar El Zoheiry ?

Pourquoi nos médias n’ontils pas donné l’occasion à nos critiques de cinéma de présenter au public leur opinion sur le film et leur analyse des autres films projetés au festival côte à côte avec les nouvelles sur le look de telle ou telle actrice et la longueur de sa robe ?

Le festival comprenait une exposition très importante du grand réalisateur polonais Krzysztof Kieslowski, avec des affiches inspirées de ses oeuvres empruntées au Musée du film de Lodz, en Pologne. Il s’agit de 50 photographies, ainsi qu’un documentaire sur sa vie et ses oeuvres. Cependant, nos médias ne se sont approchés que timidement de cette exposition. Kieslowski (1941-1996) est le réalisateur de La Double vie de Véronique et de la trilogie cinématographique Trois couleurs.

Il est classé deuxième sur la liste des 10 meilleurs réalisateurs contemporains par le British Film Institute. N’était-ce pas l’occasion pour nos médias de faire découvrir au public égyptien l’univers de ce réalisateur international qui a remporté un Oscar en 1995 en tant que meilleur réalisateur et meilleur scénariste ? Malheureusement, le look de nos actrices et la longueur de leurs robes ont pris le dessus sur l’histoire de ce réalisateur qui nous était inconnu avant le début du festival et qui le restera après sa fin.

Le festival a accueilli plusieurs films parmi les plus importants du cinéma mondial. Il faut reconnaître que le comité de sélection ne s’est pas seulement focalisé sur les films américains qui, pendant des décennies, ont monopolisé la scène cinématographique dans le monde. C’est ainsi que le festival a projeté le film finlandais Blind Man. Le film a remporté le prix du public à la Mostra de Venise, mais malheureusement, nos médias en ont fait peu de cas.

Quant aux colloques, j’ai trouvé une seule couverture sur un colloque qui semble avoir été important, car son thème était « Le cinéma comme outil de changement sociétal », auquel ont participé des cinéastes égyptiens et étrangers. Mais qu’en est-il du reste des activités du festival ?

La couverture médiatique du FFG n’était pas à la hauteur. Le public en a peu profité. Nous n’avons appris du festival que des informations sans aucune importance. Bien que ce soit décevant, cela n’est pas étrange, compte tenu de l’état de schizophrénie qui a dernièrement dominé nos médias.

Cette schizophrénie les pousse à couvrir certains comportements, puis ils vont à l’extrême dans la direction opposée, à tel point de dénoncer fermement ces comportements et de demander même aux autorités officielles d’intervenir par la force pour les empêcher. Cette contradiction reflète un déséquilibre évident que les médias devraient corriger avant de critiquer les grands événements artistiques qui ont fait leurs preuves, avec tout notre respect pour le look des actrices qui y participent et la longueur de leurs robes .

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