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La solution des deux Etats

Tuesday 15 juin 2021

La solution des deux Etats est désormais devenue le slogan de l’après-guerre à Gaza, surtout après les conséquences des trois guerres l’ayant précédée et au cours desquelles les contradictions de la cause palesti­nienne n’ont fait que persister.

Cette 4e guerre a duré plusieurs semaines et a donné lieu à un lourd fardeau pour les deux belligé­rants. Gaza a eu son lot de destruction, mais égale­ment de discours sur la reconstruction. Quant à Israël, sa réputation politique et éthique a été tota­lement sapée, ce qui l’a amené à s’engager dans des négociations de type différent. Nous sommes arri­vés à un point où l’on peut dire que nous pouvons reprendre le processus de paix, paralysé depuis des années. Les responsables sentent qu’ils peuvent maintenant prendre des mesures sérieuses en vue de rétablir la confiance. La seule chose que nous savons est que Le Caire sera au coeur des prépara­tions de cette nouvelle période au cours de laquelle la solution des deux Etats sera mise en avant avec force.

Les revendications palestiniennes fondamentales sont connues. Il s’agit de l’arrêt de la judaïsation à Jérusalem, la levée des restrictions à la liberté de culte à la mosquée d’Al-Aqsa et la fin de la coloni­sation accrue. Ajoutons à cela les revendications concernant Gaza qui sont l’ouverture des points de passage et la reconstruction.

Les revendications israéliennes sont également claires. Il s’agit d’abord de la restitution des dépouilles des deux soldats tués en 2014. Quant à la revendication la plus difficile, c’est le gel du réarmement du Hamas et l’arrêt du creusement des tunnels menant à Israël. Les revendications huma­nitaires auront probablement la priorité pour amé­liorer le climat des négociations, surtout la réali­mentation en électricité et en gaz de la bande de Gaza.

Ensuite, il faudra aborder le dossier plus com­plexe de la reconstruction dans laquelle personne ne veut investir. Ainsi, Le Caire aura un lourd far­deau diplomatique et politique, qui nécessitera de nombreuses visites, surtout que les deux parties israélienne et palestinienne souffrent d’une incapa­cité politique.

Côté palestinien, il semblerait que, malgré les tentatives précédentes de réconciliation, la division palestinienne est profonde. Il est évident que l’Au­torité palestinienne, représentant légitime et unique du peuple palestinien, soit confrontée à l’autorité du Hamas et ses relations internationales et régio­nales bien connues.

Du côté israélien, le gouvernement en exercice est incapable de prendre des décisions tranchantes. Il oscille entre la formation d’une nouvelle coali­tion ou bien la tenue d’élections pour la cinquième fois. En dépit des obstacles qui se dressent face à l’Egypte, il est certain qu’un élan est né de la guerre à Gaza. Celui-ci a fait que certaines puissances arabes et internationales, en particulier les Etats-Unis, sont prêtes à rechercher une solution qui non seulement met fin à la guerre, mais contribue aussi à établir la paix tant souhaitée par les peuples de la région, après dix ans de destruction et de guerre.

Le Caire, qui a une longue expérience dans la diplomatie de la paix depuis la guerre d’Octobre 1973, est parfaitement conscient qu’il y a une lumière au bout du tunnel qui ouvre les perspec­tives d’une paix durable.

La solution des deux Etats est bel et bien le slo­gan de l’étape actuelle. Un slogan qui existe depuis plus de quatre décennies. En 1988, le président Arafat avait annoncé la mise en place d’un Etat palestinien face à l’Etat d’Israël. Un peu plus tard, il y a eu la conférence de Madrid et les négociations secrètes d’Oslo au cours desquelles il y a eu une reconnaissance mutuelle entre Israël et l’Organisa­tion de la Libération de la Palestine (OLP) et une acceptation par les deux parties de la solution des deux Etats. Cette solution a mené une impasse en été 2000 et les choses se sont compliquées avec la deuxième Intifada. La dernière manifestation en date de cette solution fut la rencontre entre le prési­dent palestinien en exercice, Mahmoud Abbas Abou Mazen, et le premier ministre israélien, Ehud Olmert. Certes, ressusciter tout cela n’est pas chose aisée. L’hégémonie israélienne sur les Territoires palestiniens se poursuit et il existe en son sein des voix qui approuvent cette mainmise en craignant le facteur démographique et une multiplication des naissances palestiniennes. Ces voix ne trouvent aucun inconvénient à répéter le scénario de la Nakba à nouveau.

Il y a aussi parmi les Israéliens et les Palestiniens, des personnes qui soutiennent l’idée d’un seul Etat. Un troisième camp qui réunit la solution des deux Etats et celle d’un seul Etat en proposant une entité politique confédérale représentant l’Etat palestinien et l’Etat israélien avec pour capitale unifiée Jérusalem. Cette entité serait dirigée par des ins­tances élues semblables à celles qui gèrent la vie dans les grandes villes de par le monde entier.

Il semblerait que cette option soit encore loin­taine, il n’en demeure pas moins qu’elle ne peut être ignorée durant les prochaines négociations. Cette option est une invitation à repenser l’avenir non seulement des Palestiniens et des Israéliens, mais également de la région qui s’étend de l’Est de la Méditerranée jusqu’au Nord de la mer Rouge.

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