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Repositionnement américain en Iraq

Sunday 20 sept. 2020

Les etats-unis retirent d’ici fin septembre quelque 2200 militaires d’Iraq, ramenant leurs troupes dans ce pays à environ 3000 hommes. L’annonce de ce retrait faite le 9 sep­tembre par le chef du commandement central américain, le général Kenneth McKenzie, s’inscrit dans le plan stratégique de l’Administration du président Donald Trump prescrivant la réduction progressive de la présence militaire américaine au Moyen-Orient. A quelques semaines de l’élection présidentielle du 3novembre, ce repli permettrait au locataire de la Maison Blanche de dire aux électeurs qu’il tient sa promesse électorale de 2016 de ramener les soldats américains au pays.

En réduisant leurs troupes à 3000 soldats, les Etats-Unis ramènent leur présence militaire en Iraq à peu près à son niveau de 2015, lorsque l’armée américaine était au début de sa campagne contre Daech qui occupait alors le tiers du pays. Les forces américaines qui restent en Iraq rem­plieront le rôle de conseillers pour aider le gou­vernement iraqien dans sa lutte contre les poches de combattants de Daech et pour servir de rem­part contre l’influence iranienne en Iraq. Elles comprennent aussi le personnel exploitant les batteries de missiles sol-air Patriot et d’autres défenses contre les attaques des milices soute­nues par l’Iran ou les tirs lancés par Téhéran. Dans la foulée du retrait partiel américain, d’autres membres de la coalition militaire inter­nationale anti-Daech de 29 pays dirigée par les Etats-Unis ont réduit de moitié leurs effectifs, à environ 1200 soldats.

Les Etats-Unis n’ont cependant pas l’intention de quitter complètement l’Iraq, un pays où les enjeux sont importants pour Washington en termes d’endiguement de l’Iran et de lutte contre Daech. En réduisant les troupes sur le terrain, l’armée américaine compte désormais davantage sur son avance technologique pour atteindre ses objectifs. En utilisant des drones avancés et des moyens de renseignement, les Etats-Unis veulent maintenir la pression sur Daech, largement vain­cu depuis 2017. Washington compte aussi sur la formation continue des forces iraqiennes, qui occupent dorénavant les avant-postes. Il s’agit non seulement de l’armée et des forces de sécu­rité, mais également des peshmergas kurdes, une force militaire indépendante de la région auto­nome kurde au nord de l’Iraq.

Bien que réduit aujourd’hui à de petits groupes de militants se cachant dans des grottes et des zones rurales, Daech est toujours en mesure de mener des attaques, en grande partie rurales, avec des moyens peu avancés, peu coûteux, mais meurtrières. Bien que Daech n’ait pas mené d’at­taques de la même ampleur qu’il y a quelques années, le nombre d’attaques a recommencé à augmenter cette année. Une évaluation des Nations-Unies publiée le mois dernier a estimé que Daech a toujours plus de 10000 combattants opérant en Iraq et en Syrie.

L’endiguement de la République islamique d’Iran est le deuxième objectif majeur de Washington, qui a pris de l’ascendance sous l’Administration Trump. Celui-ci cherche en particulier à réduire l’influence prépondérante de Téhéran sur la classe politique chiite iraqienne ainsi que son poids économique en Iraq en encourageant, entre autres, Bagdad à se rappro­cher de l’Arabie saoudite, considérée comme un contrepoids à l’Iran. Washington s’emploie aussi à dissuader ce dernier et ses alliés iraqiens de mener davantage d’attaques contre les intérêts américains en Iraq. Depuis qu’une attaque à la roquette a tué en janvier un agent contractuel américain et blessé 4 militaires américains dans une base à Kirkouk, au nord de l’Iraq, des milices pro-iraniennes continuent de cibler les bases militaires américaines dans ce pays. Ainsi, une attaque contre une base iraqienne en mars a tué 3 soldats de la coalition internationale anti-Daech, dont 2 Américains, et fait 14 blessés.

Depuis lors, il n’y a pas eu de victimes mais les attaques à la roquette sont lancées presque chaque semaine contre des cibles américaines ou de la coalition internationale, y compris contre des camions d’approvisionnement. C’est pour se prémunir contre ces attaques que l’armée améri­caine et les partenaires de la coalition ont pro­cédé à la fermeture de bases, afin de réduire les cibles potentielles pour les milices pro-ira­niennes. Ils ont ainsi cédé 8 bases et postes militaires au contrôle total de l’Iraq au cours des 7 derniers mois. Les Etats-Unis ont depuis consolidé leurs troupes sur moins de bases, un repositionnement que le général McKenzie a reconnu le mois dernier avait détourné des res­sources militaires de la lutte contre Daech.

Mais alors même que Trump a retiré et rapatrie plusieurs milliers de soldats d’Iraq et de Syrie, il en a envoyé près du double, environ 14000 sol­dats, dans la région du Golfe au cours de l’année écoulée en réponse aux attaques et aux provoca­tions iraniennes contre l’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis. En réalité, les Etats-Unis maintiennent en permanence dans la région de 45000 à 65000 soldats répartis entre la Jordanie et le Sultanat d’Oman et affectés à l’exploitation des aérodromes, à la gestion des principaux quartiers généraux, au pilotage de navires de guerre et d’avions de combat et à l’organisation de déploiements dans des endroits comme l’Iraq et l’Afghanistan. Leur nombre change considéra­blement en fonction de l’évolution de la situation dans la région et de la perception des menaces aux intérêts américains.

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