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Epicer le politique avec le religieux

Tuesday 2 oct. 2012

A chaque fois que les terres d’islam s’embrasent il y a, du moins pour ceux qui s’y intéressent, sujet à réflexion. Hormis blasé, insoucieux et indifférent, tout musulman, même non pratiquant, se verra au moins mal à l’aise à l’idée que son Prophète soit ridiculisé, voire dénigré par qui que ce soit, que ce soit par le biais de la liberté d’expression ou par celui de l’antithéisme ou autre.

Quel que soit le bien-fondé des protagonistes de ce genre d’action si en est-il, il reste que le clivage entre le monde musulman et l’Occident ne fait que se creuser.

En dehors des raisons qui sont à l’origine du déclenchement des hostilités, en l’occurrence, cette fois-ci, la diffusion d’une bande sur Youtube portant atteinte à la personne du Prophète, geste qui a d’ailleurs provisoirement uni toutes les composantes de l’islam, il reste que la vulnérabilité des musulmans quant à toute incitation ne date pas d’hier.

Le malaise que vit le monde musulman face à l’Occident et son incapacité à pouvoir emboîter le pas de la modernité semblent s’être propulsés davantage, du moins pour certains, avec l’arrivée au pouvoir aux pays du Printemps arabe de l’islam politique.

Dans un article intitulé « Political islam versus modernity », Tareq Heggy nous dit que la pratique pragmatique de politique(s) dans le contexte des lois et Constitutions contemporaines pourrait permettre un développement qui ferait que les parties politiques islamiques ressemblent à leurs homologues chrétiens en Europe. Argument qui semble se justifier dans le contexte turc. Sauf que l’islam politique dans le monde arabo-musulman semble beaucoup plus intransigeant quant à son idéologie, toutes tendances confondues, et prône moins le fait de concéder en faveur des principes de la modernité occidentale.

Affronter le pouvoir islamique pour ceux qui s’y opposent dans un pays comme l’Egypte, où la foi est ancrée dans la conscience collective et où l’analphabétisme est rampant du moins à court terme, se doit de se forger sa propre contre-idéologie religieuse un peu comme avait fait jadis le courant « mootazelites » face à la dynastie des Omeyyades. Ces derniers avaient dominé leurs sujets, du moins sentimentalement, par le biais de la doctrine dite Al-Gabr, en leur disant que leur arrivée au pouvoir était prédestinée ainsi d’ailleurs que toutes leurs exactions. Ce qui a engendré une contre-doctrine religieuse puisant ses arguments des mêmes sources traditionnelles avec, en tête, le Coran et la sunna du Prophète, tout en y ajoutant un élément de taille auquel ils ont donné une place prépondérante dans leur doctrine, à savoir l’esprit et/ou la raison.

Pour avoir un climat politique sain dans le monde arabo-musulman, il faut que l’opposition soit un jour capable de prendre la relève. Dans les temps qui courent, un message religieux pourrait côtoyer le politique. Une nouveauté dans les anales politiques mais justifiable, quand on sait que le parti Liberté et justice est épaulé par la confrérie des Frères musulmans. Les règles du jeu ayant changé, il ne reste plus qu’à s’y adapter.

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