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Les institutions politiques et l’avenir de la démocratie

Tuesday 5 nov. 2019

Il semble que dans le monde entier, la nature des institu­tions qui forment les cadres aux postes de direction a radi­calement changé. Il semblerait éga­lement que l’éducation politique et la formation partisane ne soient plus la voie incontournable pour arriver au pouvoir. Les preuves sont nom­breuses. L’arrivée de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis en est l’une des plus claires. Il y a aussi ce qui est dernièrement arrivé en Tunisie. Aujourd’hui, il y a des per­sonnalités venant de nulle part qui accèdent au pouvoir, ce qui signifie que c’est la rue qui gouverne, non pas à travers les manifestations ou les sit-in, mais en poussant sur le devant de la scène des éléments que la majeure partie de la population ne connaît pas. La technologie moderne a joué un rôle dans ce phénomène et a réussi à rendre célèbres subitement des personnalités totalement mécon­nues. Quelques remarques impor­tantes doivent être prises en considé­ration dans ce contexte.

Premièrement : la faiblesse des institutions politiques traditionnelles et des partis ainsi que l’évolution des Constitutions modernes ont permis à des personnes d’accéder au pouvoir en se basant sur leur seul potentiel. De plus, la fortune a également com­mencé à jouer un rôle important en conduisant au pouvoir des symboles venant du monde des finances pour remplacer les hommes politiques. Ce n’est pas tout, aujourd’hui, dans le monde entier les partis politiques n’ont plus la même popularité à cause du recul des idéologies poli­tiques au profit du pragmatisme. Et les partis politiques ne sont plus des écoles qui forment les cadres comme c’était le cas, il y a quelques décen­nies, ce qui a ouvert la voie à ceux qui ambitionnent d’accéder au pou­voir et qui ne sont pas issus des ins­titutions traditionnelles.

Deuxièmement : la théorie du charisme du pouvoir a connu un recul important. Exercer une cer­taine fascination ne suffit plus pour éblouir les foules et avoir une per­sonnalité charismatique comme celles de Charles de Gaulle, Nehru, Nasser et autres. Effectivement, le monde a changé et le charisme du dirigeant n’est plus recherché. Bien au contraire, dans de nombreux régimes, on cherche le dirigeant modéré qui représente l’homme de la rue et n’est pas néces­sairement l’expression d’une tendance poli­tique particulière. Donc, l’accession au pouvoir de personnalités qui ne sont pas issues des ins­titutions traditionnelles est devenue une chose acceptable, voire requise. Les popula­tions sont aujourd’hui convaincues par des personnalités sans histoire afin de se débarrasser du passé et de ses pressions historiques.

Troisièmement : les récentes pro­testations populaires avaient plus le caractère de révolutions de « la rue » que de révolutions dirigées par des partis ou des groupes déter­minés, surtout que les évolutions technologiques ont permis le ras­semblement des foules avec le minimum d’efforts. Ce genre de mobilisation ne crée pas de diri­geant et ne présente pas de leader. C’est pour cela que la scène est désormais prête à accueillir de nou­veaux éléments sans prendre en considération leurs rôles passés, surtout que les nouveaux médias sont capables de mobiliser et de faire bouger les foules sans avoir besoin d’une tête qui les dirige. Cela signifie que les pro­testations populaires constituent aujourd’hui un danger réel pour les régimes au pouvoir. Les révolutions du Printemps arabe, avec leurs avan­tages et leurs défauts, en sont la preuve. Ce qui est arrivé dernièrement au Liban est le prolonge­ment de ce nouveau phé­nomène, qui ne se limite pas à une région déterminée du monde. Ce qui s’est passé en France sous la présidence de Macron, venu de l’inconnu politique, prouve que ce phénomène ne se limite pas à une nationalité ou à une région particu­lière.

Quatrièmement : l’homme de la rue n’est plus intéressé par l’hé­roïsme politique, et ne voit pas l’in­térêt de la présence d’un dirigeant qui a une longue histoire au pouvoir. Il préfère l’expérience de ceux qui ont, dans leur passé, des pages blanches sans les actes héroïques qui créent des stars à une époque où les stars ont disparu.

Cette transformation est le syno­nyme du concept du « citoyen mon­dial » qui porte un regard global sur le monde. Et ce, dans le contexte de la mondialisation qui a éliminé les frontières géographiques et les caractéristiques ethniques. Aujourd’hui, une même information peut parvenir à tout le monde en même temps. Le citoyen mondial est devenu une partie inséparable de la philosophie politique contemporaine parce qu’il est influencé par ce qui l’entoure et sympathise avec tous les peuples du monde.

Cinquièmement : la foule ne veut plus voir les visages traditionnels et les personnalités au caractère opportuniste, préférant des visages nouveaux et des personnalités qui n’étaient pas connues auparavant. Aujourd’hui, la foule peut créer ses dirigeants et former ses leaders au lieu des personnalités standard toutes faites. Il est aujourd’hui question d’un monde différent et d’une époque qu’on peut appeler l’époque de l’« homme normal » où la rue est devenue maîtresse de la situation.

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