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Une nouvelle ère à l’Unesco

Sunday 29 oct. 2017

Avec l’arrivée d’Audrey Azoulay au poste de directrice générale de l’Unesco, l’organisation onusienne entame une nouvelle ère radicalement différente de celle des derniers 70 ans. En effet, l’Unesco était la seule tribune parmi toutes les organisations internationales qui exprimait la voix des pays du tiers-monde au milieu de l’emprise des superpuissances sur l’Onu à New York et sur ses organisations répandues dans le monde. Au Conseil de sécurité, les cinq membres permanents jouissent du droit de veto qui leur permet de bloquer toute résolution. A l’Assemblée générale, où il n’existe pas de droit de veto, les autres pays du monde peuvent exprimer leurs positions selon la majorité qu’ils représentent. Cependant, les résolutions de l’Assemblée générale ne sont pas contraignantes. Les décisions relatives à la cause palestinienne en sont la preuve la plus évidente. L’Assemblée générale a effectivement promulgué des dizaines de résolutions qui pouvaient mener au règlement tant espéré de la cause palestinienne et même du conflit arabo-israélien, mais aucune résolution n’a été appliquée.

A l’Unesco, la situation est complètement différente. Chaque Etat dispose d’une seule voix de sorte que tous les Etats membres sont sur le pied d’égalité. Il est vrai qu’il existe un conseil exécutif mais aucun membre n’y possède le droit de veto qui peut bloquer la décision de la majorité. De plus, le conseil exécutif ne compte que 58 membres parmi les 195 membres de l’organisation. Depuis sa création en 1945, l’Unesco a donc toujours été l’organisation la plus capable d’exprimer la voix des pays du tiers-monde parmi toutes les autres organisations de l’Onu.

Cette situation était acceptable pour tous les pays membres jusqu’à quelques années. C’est ainsi que les pays du tiers-monde ont réussi à faire promulguer les résolutions qu’ils désiraient, mais aussi à faire accéder le candidat qui les représentait à la tête de l’organisation, comme ce fut le cas avec le Sénégalais Amadou-Mahtar M’Bou qui a occupé le poste de directeur général de l’Unesco entre 1974 et 1987. Malgré l’opposition des pays occidentaux, M’Bou a laissé derrière lui un registre glorieux pour tous les pays du tiers-monde.

Mais pendant les deux dernières décennies, les affrontements ont commencé entre les avis régnant au sein de l’organisation et Israël à cause des attaques commises contre le patrimoine arabe dans les territoires occupés et de la judaïsation imposée par l’occupation, notamment à Jérusalem-Est et à Hébron. En effet, les colonies ont été construites sur les ruines d’anciens bâtiments palestiniens au point que tout l’ancien patrimoine de ces terres historiques est maintenant en voie de disparition. Etant donné que l’Unesco se donne pour principale mission la sauvegarde du patrimoine humain, elle ne pouvait pas fermer les yeux sur ces infractions criminalisées par la loi.

Cet affrontement entre l’Unesco et Israël a mené à trois conséquences. Premièrement, une animosité évidente entre Israël et l’Unesco. J’ai moi-même eu l’occasion de témoigner comment le délégué permanent d’Israël auprès de l’Unesco, Carmel Shama Hacohen, s’est adressé aux membres du conseil exécutif en juillet dernier. Il leur a dit qu’il quittait la salle de réunion car il avait rendez-vous avec un plombier venant réparer sa salle de bains car ceci était plus important pour lui que de suivre les décisions de leur conseil. Hacohen a par la suite avoué à la radio israélienne que ce rendez-vous n’a jamais existé et qu’il voulait juste exprimer au conseil combien il méprisait ses décisions. En effet, le conseil avait promulgué au cours de cette séance une décision autour de la protection du patrimoine palestinien et de la mosquée d’Al-Ibrahim (tombeau des Patriarches) contre les agressions israéliennes.

Deuxièmement, l’animosité envers l’Unesco s’est élargie pour s’étendre aussi aux Etats-Unis qui répètent les mêmes accusations contre l’organisation onusienne. En effet, les Etats-Unis sont le seul pays à s’être retiré de l’organisation à la suite de l’admission de la Palestine en 2011 comme Etat membre. Depuis cette date, ils ont suspendu leur contribution financière à l’Unesco qui représente 25 % de son budget. Puis, ils ont réintégré l’organisation sans pour autant payer leur contribution financière annuelle au point que leurs dettes à l’Unesco ont atteint plus d’un milliard de dollars. De plus, au cours de ces dernières années, les Etats-Unis ont continué à accuser l’Unesco d’être « anti-israélienne ». Troisièmement, il est devenu inacceptable qu’un candidat arabe, quelle que soit sa nationalité, accède au poste de directeur général de l’Unesco. Nous avons vu comment les candidats arabes ont été écartés au cours des dernières années. Israël, soutenu par les Etats-Unis, a toujours été le leader de ces tentatives. Ceci était évident dans la bataille de 2009 contre le candidat égyptien Farouk Hosni. Au cours de la dernière bataille électorale, il était également évident qu’Israël, les Etats-Unis et le lobby sioniste soutenaient de toutes leurs forces la candidate française de confession juive, Audrey Azoulay, pour empêcher l’accession d’un candidat arabe à la tête de cette organisation.

Au cours de la dernière session de l’Unesco, les membres arabes avaient convenu d’ajourner la soumission des projets de résolutions autour de la Palestine pour ne pas affecter d’une manière ou d’une autre le processus électoral. Dans ce contexte, j’ai remarqué le commentaire du délégué israélien qui a parlé d’un tout autre ton cette fois-ci alors que la candidate française était sur le point de remporter le poste. Il a déclaré : « L’Unesco entame une nouvelle phase où la politique sera écartée. Les résolutions ne seront plus l’expression de partis pris contre un quelconque pays membre ». Les mêmes propos ont d’ailleurs été réitérés par le représentant permanent d’Israël auprès de l’Onu à New York, Dani Danone, après l’annonce de la victoire d’Azoulay.

Dans ce contexte, une question s’impose : Quelle sera la position des Arabes alors que certains ont accordé leurs voix à la candidate de cette nouvelle phase de l’histoire de l’Unesco ? .

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