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Hamed Mabrouk : Nous devons travailler conjointement pour sensibiliser la population et les entrepreneurs à la notion d’assurance

Lundi, 21 novembre 2016

La compagnie d'assurance Gras Savoye Willis Towers Watson, implantée en Egypte depuis 1998, continue de se développer malgré les contingences actuelles. Entretien avec Hamed Mabrouk, directeur général de Gras Savoye Egypte.

Hamed Mabrouk
Hamed Mabrouk, directeur général de Gras Savoye Egypte.

Al-Ahram Hebdo : Pouvez-vous nous rappeler l’historique de votre compagnie, aujourd’hui connue sous le nom de Gras Savoye Willis Towers Watson ?

Hamed Mabrouk : Gras Savoye France a fait son entrée en Egypte en 1998. Elle a investi dans une compagnie de conseil financier appelée Egyptian Business Consulting Organization (EBCO). En 2001, elle a obtenu une licence de conseiller en assurance par l’Autorité égyptienne de supervision de l’assurance et a changé son nom pour devenir Gras Savoye. En 2009, la loi sur les assurances a été amendée et a permis l’établissement de sociétés de courtage d’assurance. C’est ainsi que notre société a été immatriculée en tant que courtier d’assurance opérant sous le nom de Gras Savoye Egypte. L’acquisition de la société par le groupe Willis date de la fin de 2015. Mais ce dernier a ensuite fusionné avec le leader global des services professionnels Tower Watson, début 2016. C’est pourquoi nous opérons aujourd’hui sous la marque unifiée de Willis Towers Watson. Aujourd’hui, Willis Towers Watson est une firme globale de conseil, de courtage et de solution qui aide les clients à minimiser les risques potentiels dans leurs entreprises.

— Quels sont vos domaines d’activité ?

— Nous sommes l’intermédiaire entre celui qui veut acheter une assurance et la compagnie d’assurance. Notre rôle est de guider l’acheteur dans son choix d’assurance. Nous commençons par faire une étude de cas de sa situation et de ses besoins. Puis nous rachetons les contrats d’assurance des compagnies privées dans lesquelles nous injectons de nouveaux fonds. A titre d’exemple, un client, comme Powertek qui possède 6 centrales électriques, les seules centrales privées d’Egypte, est venu à nous avec un dossier extrêmement complexe. Le propriétaire était anciennement EDF, mais depuis, le contrôle de la compagnie est tombé entre les mains d’une société malaisienne. Ma mission a été d’étudier ce dossier pour comprendre les besoins réels de mon client. Le marché local n’est pas suffisant, il ne possède pas de compagnies capables de couvrir l’assurance d’équipements aussi sophistiqués que ceux d’une telle entreprise. Dans ce cas, nous nous adressons à d’autres marchés, notamment à des compagnies de réassurance pour lesquelles Gras Savoye sert d’intermédiaire entre la compagnie d’assurance et le client.

— Quel est votre regard concernant le futur amendement de la loi sur l’assurance en Egypte ?

— Nous avons constaté quelques changements dans l’attitude des autorités vis-à-vis du marché de l’assurance. Le gouvernement égyptien à travers l’EFSA, l’organisme chargé des législations liées à l’assurance, a annoncé des changements à venir. Ces changements ont lieu en parallèle avec la tentative de ratification d’une loi, qui remplacerait la loi n°10 de l’année 1998, qui avait déjà fait l’objet d’un amendement en 2009. Une nouvelle loi sur l’assurance sera prochainement promulguée. Nous n’en connaissons pas les détails, mais nous espérons qu’elle apportera une réelle évolution concernant ce marché en Egypte.

— Vous avez déclaré que Gras Savoye se concentrera sur l’assurance automobile dans la période à venir. Avez-vous l’intention de conquérir d’autres domaines d’assurance ?

— L’intention de Gras Savoye n’est pas de se spécialiser dans l’assurance automobile, mais d’acquérir l’ensemble des assurances des biens personnels. En d’autres termes, elle aura comme spécialisation les assurances des particuliers plutôt que des multinationales. Nous estimons que le marché est en manque d’assurance Retail.

— En tant que pionnier de l’assurance maritime, le lancement du projet de développement de la région du Canal de Suez ne vous a-t-il pas incité à investir dans cette zone ?

— Nous avons effectivement établi une succursale à Suez pour soutenir les petites et moyennes entreprises qui se lancent dans les projets dans la zone du Canal de Suez. Cette zone n’est pas uniquement liée au transport maritime, elle est aussi liée à une stratégie d’urbanisation découlant d’un nouveau projet en lequel nous croyons énormément et qui sera un apport important pour l’Egypte. Le projet du Canal de Suez sera une bonne opportunité pour l’injection massive de fonds français. Raison pour laquelle Gras Savoye a pris la décision d’être présente dans cette région à haut potentiel, en vue d’accompagner les investisseurs dans leur projet.

— La hausse graduelle de l’inflation représente-t-elle un défi pour le développement de votre activité ? Aura-t-elle des impacts sur la prime d’assurance ?

— L’inflation n’a pas de relation directe avec l’assurance, sauf dans la partie liée à l’assurance des biens lorsqu’une compensation après sinistre doit être versée. Dans ce cas, nous procédons au calcul du taux d’inflation afin de couvrir le remboursement des biens selon leur valeur réelle. Il nous incombe également de conseiller à notre clientèle de procéder à une réévaluation de leurs biens en fonction de leur valeur nominale. Par ailleurs, le taux d’inflation aura une implication importante sur les assurances retraite pour les particuliers et les sociétés. Dans ce cas-là, il faut procéder à une réévaluation des salaires et des fonds de retraite anticipée pour assurer la disponibilité des sommes nécessaires à la retraite. Ainsi, la dévaluation de la livre égyptienne est l’un des plus importants défis que nous devons relever.

Quel est l’impact de la crise du dollar sur l’industrie de l’assurance ?

— La crise du dollar est l’une des crises les plus difficiles que notre entreprise ait jamais eu à affronter. La crise ne réside pas dans la valeur du dollar face à la livre égyptienne, mais dans sa fluctuation. Il est difficile que les investisseurs aient suffisamment confiance pour investir, vu la difficulté de faire une spéculation sur le taux de change. Mieux vaut que le dollar se stabilise à 20 L.E. plutôt que ce qu’il fluctue constamment. Dans le second cas, l’investisseur sera capable d’avoir une lecture future de ses projets et de calculer ses bénéfices potentiels.

— A votre avis, quels sont les éléments qui entravent l’activité de l’assurance sur le marché égyptien ?

— Le premier problème du marché de l’assurance égyptien est que son taux de pénétration est extrêmement faible. Les particuliers ne comprennent pas la notion d’assurance et leur culture ne leur a pas appris la nécessité d’assurer leurs biens à proprement parler. Les experts en économie, les professeurs, les courtiers et les assureurs doivent travailler conjointement pour sensibiliser la population et les entrepreneurs à la notion d’assurance et à son importance pour le secteur économique.

L’un des axes sur lesquels il faut travailler est l’assurance obligatoire qui est limitée en Egypte à 4 ou 5 cas, alors qu’en France, on en compte plus de 120. Il faut commencer par là. L’idée de l’assurance obligatoire peut servir à promouvoir l’idée de l’assurance en général.

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