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Réserves : Le développement touristique en débat

Dalia Abdel-Salam, Mardi, 09 décembre 2014

L’ouverture des réserves aux investissements est la solution officielle pour les sauver. Une solution complètement rejetée par les ONG.

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Photo: Al-Ahram

Les réserves naturelles souffrent ! C’est le constat qui touche les 30 réserves naturelles qui couvrent plus de 15% de la superficie de l’Egypte. Selon les données de l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE), ces parcs naturels manquent de financement, de personnels expérimentés et de surveillance. Par conséquent, ils souffrent de toutes sortes d’agressions. Il y a un an, l’AEAE a commencé à étudier l’idée de mettre à profit certaines réserves pour y exécuter des activités économiques dans le but de générer des revenus, sans porter atteinte aux écosystèmes.

Selon Tareq Al-Qanawati, directeur général du bureau technique au sein de l’AEAE, les réserves naturelles s’étendent sur des surfaces énormes de terre, qui ne sont pas toutes de la même nature. « On parle d’activités économiques durables dans les zones qui ne renferment pas d’écosystèmes fragiles », explique Al-Qanawati.

Il s’agirait de projets comme un observatoire sous-marin dans la région de Farch Al-Ghezlan dans la réserve naturelle de Ras Mohamad, d’un centre d’accueil de visiteurs dans la réserve de Wadi Al-Gemal, ou encore d’un parc géologique dans la réserve de la forêt pétrifiée.

Actuellement, une classification des réserves est mise au point selon leurs différents niveaux de vulnérabilité et la nature des activités économiques convenables pour chacune. « Les directeurs des réserves doivent me présenter le résultat de ce travail fin novembre », a déclaré à l’Hebdo le ministre de l’Environnement, Khaled Fahmy.

Pour le ministre, parler de la vente des réserves dans les médias est ridicule. « Le ministère de l’Environnement ne possède pas les réserves pour les vendre! Tout ce que nous voulons est de profiter économiquement et d’une manière durable de ces sites. Si certains terrains de ces réserves dépendent de l’Organisme du développement touristique, celui-ci a le droit de suggérer des activités économiques. Notre rôle sera alors de fixer les critères d’exploitation pour garantir que ces activités n’affecteront pas les écosystèmes », continue le ministre.

L’investissement dans les réserves, un grand danger ?

« Parler d’investissement durable dans les zones protégées, c’est du poison dans le miel », commente Amr Ali, directeur général de l’Association de la protection et de la conservation de l’environnement à Hurghada (HEPCA). « Malheureusement, ce sont les investisseurs qui dessinent l’agenda de l’investissement et non l’Etat. Quand on parle d’investissements dans la mer Rouge, c’est sous-entendu l’hôtellerie », souligne-t-il.

« Le ministre veut mettre les réserves à la disposition de l’Organisme de développement touristique qui possède des terrains en dehors des zones protégées dépassant de loin la surface des réserves », explique Amr Ali. « Si les projets d’investissements étaient vraiment des centres de visiteurs ou des observatoires sous- marins, la HEPCA serait la première à aider le ministère à les réaliser », déclare-t-il.

Sur ce point le ministre a tenu à s’expliquer: Il avait demandé à l’Organisme du développement touristique d’éviter le développement d’un tourisme de masse qui aurait menacé la biodiversité.

Mais cette recommandation sera-t-elle respectée? La réponse est non, selon le Dr Mahmoud Hanafy, professeur d’écologie marine à l’Université du Canal de Suez et ancien responsable des zones protégées de la mer Rouge. « Dans la mer Rouge nous avons atteint 200000 plongées par an, tandis que pour garantir la protection de l’écosystème des sites de plongées, il faut rester entre 5000 et 18000 plongées par an! Face à ces chiffres, nous sommes en droit de nous demander de quels critères parlent-ils ? », se demande Hanafy.

Selon lui, la préparation d’un plan de développement économique pour les parcs naturels est assez urgente mais il faut s’assurer que ce développement sera écologique et durable. « Je peux assurer d’avance que ni le gouvernement ni les investisseurs égyptiens ne sont capables d’assurer ce genre de développement », accuse-t-il encore.

Il assure que lesdits investissements concernent en réalité trois sites, à savoir : Manazek et Marsa Abou-Mad dans le nord de Chalatine à Gabal Elba et Hankourabe qui est le site le plus beau et le plus important à Wadi Al-Gemal. « Des investisseurs très connus avaient acheté des terrains sur ces sites dans les années 1990 avant qu’ils ne soient déclarés réserves naturelles. Aujourd’hui, ils veulent les utiliser », assure Hanafy. Ces investisseurs auront-ils la volonté de rendre leurs terrains ou la capacité de les utiliser sans nuire aux écosystèmes? Mahmoud Hanafy en doute.

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