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Abdel-Fattah Motawea : « L’Egypte doit coopérer avec les pays africains »

Rasha Hanafy, Mardi, 20 août 2013

Ancien directeur du secteur du Nil au ministère des Ressources hydriques, Abdel-Fattah Motawea parle de la crue du Nil, assez faible cette année, et évoque le dossier épineux du partage des eaux du fleuve.

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L’Egypte risque une pénurie d’eau dans les prochaines années. (Photos: Reuters)

Al-Ahram Hebdo : Pensez-vous que les inondations au Soudan soient le signe d’une grande crue du Nil cette année ?

Abdel-Fattah Motawea : Les pluies saisonnières au Soudan contribuent légèrement à la crue du Nil. Des pluies diluviennes tombent sur le Soudan tous les dix ans. Le problème est que les Soudanais construisent leurs maisons dans les zones où passe l’eau des inondations, afin d’utiliser le limon. Raison pour laquelle l’on assiste parfois à des catastrophes : déplacement de population, naufrages, etc. Le problème aussi au Soudan réside dans la faiblesse de la crue du Nil Blanc par rapport à celle du Nil Bleu. C’est ce qui a causé la submersion de plusieurs villages. Ces inondations ne sont porteuses d’aucun signe pour l’Egypte parce que jusqu’aujourd’hui le niveau de l’eau au lac du Haut-Barrage est moins que la moyenne. Normalement une bonne crue signifie un niveau des eaux du Nil supérieur à 175 mètres au début du mois d’août. Nous sommes à la fin de ce mois et le niveau varie entre 170 et 172 mètres. La saison de la crue commence fin juillet et se poursuit jusqu’à la moitié du mois de novembre. Nous voulons une crue qui compense les quantités d’eau du lac Nasser perdues toute l’année pour combler les besoins de l’irrigation et de l’eau potable.

— Si le niveau de l’eau reste aussi bas, cela signifie-t-il que l’agriculture rencontrera des problèmes d’irrigation cet été ?

— C’est une chose que nous n’espérons pas. Mais si le niveau de la crue face au Haut-Barrage ne change pas, nous pourrons avoir un grand déficit durant la saison d’été. Il faut rationaliser au maximum la consommation de l’eau dans l’agriculture, l’industrie et les besoins quotidiens. Mais cette situation devrait nous alerter pour les prochaines années, notamment en ce qui a trait au barrage de la Renaissance en Ethiopie et d’autres barrages dans les pays du bassin du Nil. Le barrage éthiopien, s’il est construit, sera le vrai régulateur des eaux du Nil. Nous devons régler tous nos différends avec les pays africains. La volonté politique est nécessaire pour régler le dossier des eaux du Nil.

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La crue du Nil est au niveau bas en Egypte. L'essentiel est le Nil Bleu. (Photos: Reuters)

— Quelle solution voyez-vous pour ce dossier qui menace la sécurité hydrique de l’Egypte ?

— Je pense que nous devons envoyer un message aux peuples du bassin du Nil, et insister sur le respect par l’Egypte des lois internationales, notamment celles de l’Union africaine, et même la convention de Constantinople ayant trait aux droits maritimes, même si l’Egypte à l’époque était sous occupation britannique. Le message doit aussi insister sur le fait que l’Egypte n’est pas contre les projets de développement dans les pays du bassin du Nil et est prête à coopérer dans la mise en oeuvre de n’importe quel projet à condition que ces projets soient placés au service de tous les peuples. La coopération avec ces pays est d’une importance extrême.

— L’Egypte risque une pénurie d’eau dans les prochaines années, surtout que le quota d’eau par personne est en dessous du seuil de pauvreté. Que proposez-vous pour régler le problème de l’eau ?

— Il y a d’innombrables idées pour sortir de la pénurie d’eau qui risque de ravager l’Egypte. Il faut rationaliser la consommation de l’eau, que ce soit dans l’irrigation ou l’usage ménager, sans oublier l’établissement de nouveaux projets pour traiter les eaux usées et celles du drainage agricole et sanitaire. Nous pouvons également prendre des mesures pour éviter l’évaporation de 2 milliards de m3 d’eau par an du lac Nasser. Comme je l’ai déjà précisé, il faut établir une coopération avec les pays du bassin du Nil. Des projets avec le Soudan du Sud sont indispensables dans la période à venir. Celui de Bahr Al-Ghazal par exemple peut offrir 18 milliards de m3 d’eau par an pour les deux pays. Il faut investir dans les affluents du Nil au sud-ouest de l’Ethiopie. Je pense qu’il faut arrêter toute déclaration hostile entre les pays du bassin du Nil et parvenir à une entente qui permet de réaliser le développement durable en respectant l’environnement dans chaque pays.

— Quelles autres mesures urgentes peuvent-elles être prises selon vous par le ministère des Ressources hydriques ?

— Le ministère a la responsabilité de préserver le système de fonctionnement du Haut-Barrage d’Assouan et des stations hydrauliques d’irrigation en Egypte. Cela nécessite le nettoyage des cours d’eau et l’interdiction de toute pollution. Il faut aussi assurer la maintenance du réseau national d’eau et protéger le Nil contre toute source de pollution, notamment des marées noires. La question de l’eau doit figurer à la tête des priorités gouvernementales parce qu’elle a des répercussions sur l’économie et sur la sécurité alimentaire.

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