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Changements climatiques: Une vision pour le lendemain

Dalia Abdel-Salam, Samedi, 13 avril 2013

Les impacts se font ressentir en Egypte, surtout en ce qui concerne l’eau et l’agriculture, ce qui aura des conséquences négatives sur l’économie et sur la vie des citoyens. De nouvelles stratégies sont donc urgentes.

une vision

Sensibiliser les décideurs et les pousser à adopter des politiques pour sauver l’Egypte des impacts du changement climatique. Tels ont été les objectifs principaux de l’atelier organis&´ ce mois d’avril par le Climate Change Risk Management Programme (CCRMP). Ce programme, clôturé mi-avril, a été financé par le gouvernement espagnol. Des partenaires égyptiens ont activement travaillé avec plusieurs organes de l’Onu. « Nous avons travaillé d’arrache-pied pendant 4 ans et demi pour préparer des recommandations aux décideurs. Mais rien ne pourra changer, si la volonté politique est absente », commente Mona Al-Agizi, directrice du programme CCRMP.

Parmi les recommandations concernant « l’atténuation », c’est-à-dire la réduction des Gaz à Effet de Serre (GES), figure la promotion des instruments nécessaires pour réduire la consommation énergétique. « L’écart entre la production et la consommation sera entre 24 et 35 % du volume de la demande d’énergie primaire entre les années 2022 et 2030. Il est donc primordial de développer et de mettre en oeuvre un programme complet dans le but d'appuyer les stratégies et les politiques énergétiques visant à assurer la durabilité », souligne Dr Anhar Hegazi, directrice de l’unité de la rationalisation de l’énergie au Centre d’informations et de soutien à la prise de la décision dépendant du Conseil des ministres.

En ce qui concerne « l’adaptation », soit la préparation aux impacts des changements climatiques, il y a eu des recommandations concernant les secteurs de l’agriculture et des ressources en eau. Dans le domaine de l’agriculture, les responsables doivent promouvoir les semences certifiées et insister sur la culture des variétés tolérant les différents stress climatiques tout en sensibilisant les petits producteurs et en fixant des prix garantis pour les différentes récoltes. Avant tout, il est indispensable de protéger les anciennes et les nouvelles terres agricoles contre les agressions.

« Le changement climatique a commencé à diminuer la productivité des récoltes à cause de l’augmentation de température. La diminution varie entre 10 et 20 % durant la saison de récolte actuelle », indique Gamal Siam, professeur d’économie agricole à l’Université du Caire. En fait, les experts ont révélé que l’Egypte a besoin de 25 milliards de L.E. pour s’adapter aux changements climatiques dans le domaine de l’agriculture, surtout pour importer des variétés capables de supporter la hausse de température. En ce qui concerne les ressources en eau, les décideurs doivent prendre les mesures nécessaires pour utiliser les ressources avec plus d’efficacité, développer de nouvelles sources d’approvisionnement, réutiliser les eaux usées après traitement, dessaler les eaux de mer, réduire la pollution et protéger les zones côtières.

Le CCRMP a travaillé pendant des années avec différents organes des Nations-Unies comme le Programme des Nations-Unies pour le développement, le Programme des Nations-Unies pour l’environnement, ou encore l’Organisation des Nations-Unies pour le développement industriel. Le CCRMP a également déployé des efforts avec des partenaires égyptiens comme le Centre de recherches agricoles dépendant du ministère de l’Agriculture, le Centre d’informations et de soutien à la prise de décision relevant du Conseil des ministres, le ministère des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation, et l’Agence Egyptienne pour les Affaires de l’Environnement (AEAE).

Modernisation et rationalisation

Inauguré en 2008, le CCRMP a travaillé dans le domaine de l’atténuation sur deux secteurs : celui de la modernisation de l’industrie à travers le mécanisme du développement propre et celui de la rationalisation de l’énergie. « Pour promouvoir la réduction des GES émis par l’industrie, nous avons créé au sein de l’AEAE une unité de sensibilisation et de promotion des projets du Mécanisme du Développement Propre (MDP) », indique Mona Al-Agizi.

En effet, avant la création de cette unité, les projets égyptiens enregistrés sous le MDP d’une durée de 5 ans étaient au nombre de 3. Avec l’unité, le nombre de projets enregistrés est passé à 17 en moins que 4 ans (14 projets de plus), 8 projets sont en cours d’enregistrement et une vingtaine d’autres suivent les étapes de validation. « Nous sommes très fiers des résultats de notre unité pendant ces 4 ans. Nous sommes arrivés à une réduction annuelle totale des émissions qui s’élève à 3,12 millions de tonnes métriques équivalents de CO2, ce qui représente 1,5 % des émissions du pays, soit l’élimination de 500 000 véhicules et à la consommation en électricité de 360 000 domiciles. La valeur annuelle de cette réduction est de 15,6 millions de dollars (5 dollars la tonne). Les investissements versés dans ces projets s’élèvent à 577 millions de dollars », indique Ahmad Medhat, directeur exécutif du MDP. Les projets de réduction des GES ont de même aidé à réduire les subventions aux énergies fossiles d’un montant de 249 millions de dollars par an. Parmi les réalisations importantes du CCRMP figurent plusieurs études et recherches comme par exemple la stratégie de l’adaptation au changement climatique pour le secteur de l’eau, préparée en 2013, et les impacts potentiels des changements climatiques sur l’économie égyptienne, réalisés toujours en 2013 (voir encadrés). A vrai dire, des dizaines de projets et de programmes ont été exécutés en Egypte dans les différents domaines de l’environnement et de nombreuses études ont été réalisées, mais qui sont restées dans les tiroirs. Les décideurs ont toujours manqué de volonté, et c’est sur ce point qu’ils sont attendus.

L’adaptation dans le secteur de l’eau coûtera 180 milliards de L.E.

Le réchauffement climatique aboutira à un changement dans le régime des pluies et leurs répartitions dans plusieurs régions (surtout en Afrique) dans les décennies à venir.

Les études révèlent que les régions du nord et du sud de l’Afrique souffriront de pénurie d’eau, tandis que les régions est et ouest souffriront d’un excès de pluies et d’inondations. « Il était donc indispensable de préparer une stratégie d’adaptation au changement climatique pour le secteur de l’eau en Egypte, car il a une grande influence sur plusieurs autres secteurs », souligne le Dr Mohamed Nour Edine, qui a préparé, en janvier 2013, la stratégie de l’adaptation au changement climatique du ministère des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation à la demande du bureau de l’Unesco au Caire.

« En effet, le changement climatique exercera 4 dangers principaux sur le secteur de l’eau : la pénurie, l’augmentation de la demande, les risques d’inondation et la hausse du niveau des mers. Des mesures d’adaptation sont donc primordiales. 180 milliards de L.E. sont les investissements nécessaires pour prendre les mesures d’adaptation jusqu’à 2050 pour les 4 dangers en question », explique Nour Edine. Ces sommes seront partagées entre 3 plans quinquennaux et 2 plans décimaux.

Dans la stratégie, il y a des vérités qui choquent. La quantité d’eau diminue davantage, tandis que la population augmente (237 millions d’individus en 2100). Le taux de pauvreté en eau est de 1 000 m3 par an par personne, actuellement la part de chaque Egyptien est de 700 m3 par an et diminuera pour atteindre 350 m3 en 2050.

En effet, la quantité d’eau en Egypte est en lien direct avec les précipitations sur le bassin du Nil. Auparavant, dans le dernier rapport du GIEC, les prédictions basées sur les modèles de circulation globale affirmaient que les pluies sur le bassin du Nil augmenteront d’un taux de 40 % ou diminueront d’un taux de 60 %. « Avec des chiffres pareils, il était impossible d’élaborer des plans d’adaptation fiable, c’est pourquoi nous avons travaillé sur un modèle régional qu’on a créé, afin d’arriver à des chiffres plus exacts », indique Doaa Amin, directrice du Centre de prévision du Nil. Le modèle régional a révélé que les pluies sur le bassin du Nil ou bien augmenteraient de 27 % ou bien diminueraient de 30 %.

Personne ne peut nier que le danger du changement climatique sur le secteur de l’eau est menaçant. Reste que cette stratégie d’adaptation soit adoptée par les décideurs et ne demeure pas lettre morte.

232 milliards de L.E., la facture du réchauffement à l’horizon 2060

La semaine dernière, une étude socioéconomique sur les impacts potentiels des changements climatiques sur l’économie égyptienne a été rendue public. Elle a été préparée par des experts internationaux en coopération avec des experts égyptiens.

L’étude a donné un résumé des impacts économiques probables qui résulteront du changement climatique ainsi que des impacts d’une réduction dans la quantité d’eau disponible du Nil, accompagnée d’une augmentation démographique importante et d’un développement lent des revenus tout en supposant l’absence de protection contre la hausse du niveau des mers.

En effet, l’étude affirme que la situation future est très dangereuse. « L’Egypte pourra souffrir de pénurie d’eau, de réduction de la productivité des cultures, d’une faible productivité agricole, d’une augmentation de la mortalité due à la pollution de l’air ainsi qu’à l’augmentation du stress thermique », explique le Dr Mohamed Bayoumi du bureau du PNUD au Caire.

L’Egypte pourra également perdre des terrains agricoles fertiles à cause de la hausse du niveau des mers. Tout cela affectera négativement le revenu du secteur de tourisme et mènera à une augmentation des taux de malnutrition et de chômage.

De tout ce qui précède, l’étude a conclu qu’il est prévu que les pertes économiques atteindront plusieurs centaines de milliards de L.E. par an d’ici 2060. Il est à noter que les estimations mentionnées ci-dessus ne prennent pas en compte les effets négatifs de l’augmentation de la température et de la pénurie d’eau sur la richesse piscicole, la production d’énergie hydroélectrique et le transport.

L’étude n’a pas pris en compte les dommages potentiels aux systèmes vitaux (à l’exception des récifs coralliens) et la dégradation probable de la qualité de l’eau ou d’autres sources qui affectent la santé humaine, outre la qualité de l’air.

Ainsi, les chiffres des pertes économiques sectorielles sont alarmants. Surtout en ce qui concerne le secteur agricole et celui du tourisme. Par exemple, dans le secteur agricole, les pertes économiques s’élèveront à 25 milliards de L.E. en 2030 et à 112 milliards de L.E. en 2060. En ce qui concerne le secteur du tourisme, les pertes économiques seront de 19 milliards de L.E. en 2030 et 85 milliards de L.E. en 2060. Quant aux pertes économiques dues à la pollution de l’air, à la perte des biens côtiers et au stress thermique, elles s’élèveront à 10 milliards de L.E. en 2030 et à 35 milliards de L.E. en 2060. Des chiffres précédents, la perte économique totale annuelle dans les différents secteurs s’élève à 54 milliards de L.E. en 2030 et 232 milliards de L.E. en 2060.

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