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Recyclage : Quand la paille devient une richesse …

Dalia Abdel-Salam, Samedi, 23 mars 2013

En transformant la paille de riz en papier et en objets artisanaux, l’association Al-Nafeza a deux objectifs : donner du travail aux jeunes du quartier et réduire la pollution de l’air. Créée en 2002, elle est aujourd’hui un exemple de réussite. Visite

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Il est 11h. La journée s’annonce calme dans le village des potiers du quartier de Fostate, au Vieux-Caire. Dans les bâtisses à l’architecture traditionnelle, une trentaine d’ateliers de potiers sont installés, mais seule une dizaine fonctionnent. Situé derrière le quartier copte, à quelques minutes à pieds de la station de métro Mar Guirguis, ce village était autre­fois visité par de nombreux tou­ristes. Mais aujourd’hui, la place est déserte.

Des potiers travaillent en plein air ou dans leur atelier. Dès qu’un client approche, on l’in­vite à apprécier les dernières oeuvres. C’est dans ce village des fakharine (potiers) que s’est installée la fondation Al-Nafeza (la fenêtre) pour l’art contempo­rain et le développement. C’est une organisation non gouverne­mentale créée par une famille d’artistes peintres, Mohamad Aboul-Naga et sa femme Inas Khamis.

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Créée en 2002, cette organisa­tion transforme certains déchets agricoles en papier. Inas Khamis explique que son atelier produit du papier végétal et non du papier recyclé : « C’est la paille de riz qui est recyclé et pas le papier ».

Batta, une jeune fille qui tra­vaille dans l’atelier depuis 8 ans, est fière de ce qu’elle fait. « Je sais que les paysans brûlent la paille de riz dans les champs et cela provoque un nuage noir (sur la capitale tous les automnes, ndlr). Ici, on utilise la paille pour fabriquer le papier et faire comprendre à tout le monde que la paille peut être utile », souligne-t-elle.

« Quand nous avons une com­mande importante pour une grande librairie en Egypte ou qui sera exportée vers l’Alle­magne ou le Canada, je demande à Batta de fabriquer le papier, car son travail est d’une qualité exceptionnelle », com­mente Inas Khamis.

Autosuffisante depuis 4 ans

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La fondation a lancé ses acti­vités grâce au support de bailleurs de fonds comme Al-Fanar et EFG-Hermes. Depuis 4 ans, elle gagne de l’ar­gent en vendant suffisamment ses produits, pour assurer le fonctionnement de l’ONG et payer les salaires. « Les temps actuels sont très durs pour nous, le marché est très mauvais et il n’y a presque pas de tourisme. Des amis m’ont conseillé de fer­mer l’atelier, mais je ne peux pas le faire », commente Inas Khamis, qui parle de l’atelier comme d’un enfant qu'elle ne veut pas laisser mourir.

Ce projet qu’elle a initié avec son mari en 1990 est basé sur la fabrication manuelle de papier végétal. « Mohamad a toujours voulu créer son papier à la main et le transformer en oeuvres artistiques. Il fait des chefs-d’oeuvre sur des papiers de 1x2 m qu’il a fabriqués lui-même », explique Mme Aboul-Naga.

La paille de riz n’est pas l’unique composante des pro­duits fabriqués. Des fleurs, ou encore les troncs de bananiers, peuvent servir à produire du papier aux caractéristiques dif­férentes.

Mais la matière la plus utili­sée par Al-Nafeza reste la paille de riz, fournie par des commer­çants. « On utilise 2 tonnes de paille de riz par mois. Nos pro­duits en papier sont variés : boîtes, sacs, abat-jour et cou­vertures de livres ou cahiers », explique Inas Khamis.

Amira, une jeune fille d’une vingtaine d’années, travaille dans l’association depuis 3 ans. Elle explique que le processus de fabrication est assez simple. Il faut d’abord laver la paille de riz puis la laisser tremper dans l’eau pendant 2 à 7 jours. Elle est ensuite cuite pendant 2 ou 3 heures avant d’être placée dans un appareil de moulage offert par une artiste japonaise. La teinture constitue la dernière étape.

Les jeunes, moteurs de l’association

Amira a découvert l’atelier grâce à sa soeur aînée Yasmine, une jeune sourde-muette qui y travaillait avant son mariage. Mais d’autres ont pris le relais. 5 jeunes, dont 4 sourds-muets, s’affairent autour d’une grande table. « Nous avons commencé notre activité avec 10 personnes du Vieux-Caire. L’idée de mon mari était de faire profiter la population du quartier et de lui transmettre cet artisanat », poursuit Inas Khamis.

Avec le temps, le nombre d’employés a augmenté et l’as­sociation Ashoka a engagé des sourds-muets. « Depuis, presque la moitié des jeunes qui tra­vaillent avec nous sont sourds-muets. Le seul problème que je rencontre avec eux c’est le bavardage en langue des signes, puisque le travail s’arrête ! », confie Inas Khamis avec le sou­rire.

De temps à autre, Al-Nafeza organise des ateliers de forma­tion destinés aux enfants, aux adolescents et aux adultes. Chaque mardi, la fondation accueille des enfants handicapés mentalement pour des activités ludiques.

Le message d’Inas Khamis est simple : « Les Egyptiens doivent savoir qu’il existe plusieurs manières de se débarrasser des déchets agricoles tout en res­pectant l’environnement. Incinérer les déchets agricoles pollue l’air tout en faisant perdre une matière première qui peut facilement prendre de la valeur ». Créer de la valeur à partir de rien : Al-Nafeza a une fois de plus prouvé que c’était possible .

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