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Ressusciter les lacs d'Egypte

Rasha Hanafy, Lundi, 24 septembre 2012

Pour la première fois depuis les années 1970, une campagne visant à le dépolluer est lancée par les autorités. L'initiative s'inscrit dans le cadre d'un plan national de sauvetage des lacs.

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L’objectif de cette campagne est d’arrêter les hors-la-loi et de dépolluer le lac Manzala au nord du Delta. Le lac a longtemps été occupé par des criminels et par la pisciculture illégale, ce qui empêchait les petits pêcheurs de travailler. La campagne est menée par le ministère de l’Intérieur en coopération avec les ministères de l’Environnement et de l’Agriculture. Il s’agit de la plus importante campagne de ce genre depuis les années 1970. Dans trois gouvernorats, à savoir Port-Saïd, Daqahliya et Damiette, le lac a été « nettoyé ». Les cages utilisées pour l’élevage des poissons et les plantations illégales de roseaux, utilisés dans la construction des cages, ont été détruites. Les responsables de la police côtière entendent continuer leur action jusqu’au nettoyage complet du lac qui est le plus grand des quatre lacs égyptiens du Delta du Nil. « Nous continuons le travail pour mettre un terme à tous les abus. Les équipements et le budget de cette campagne sont du ressort du ministère de l’Agriculture. Enfin, il ne s’agit pas uniquement du lacManzala. La police côtière a également entamé le nettoyage du lac Borollos dans le gouvernorat de Kafr Al-Cheikh, au nord-est du Delta. Je peux dire que 80 % des problèmes dont souffre ce lac sont déjà résolus », explique le général Kamal Al-Assali, chef de la police côtière.

Le lac Manzala est situé en bordure de la mer. Il forme une lagune et compte plusieurs îles. Il occupe presque entièrement le nord-est du Delta. Il est délimité au nord par la Méditerranée, à l’est par le Canal de Suez, à l’ouest par la branche du Nil qui rejoint Damiette et au sud par le gouvernorat de Charqiya. Il fait presque 50 km de long entre Port-Saïd et Damiette, et sa largeur varie entre 30 et 35 km. Plusieurs parties du lac ont été asséchées pour établir des exploitations agricoles et construire des routes et des habitations. La pollution du lac augmente inexorablement à cause des eaux du drainage sanitaire qui s’y déverse, notamment le drain Bahr Al-Baqar et celui d’Al-Hadouss. Les spécialistes de l’environnement tirent la sonnette d’alarme. Les richesses poissonnières du lac se raréfient et les oiseaux migrateurs ne s’y arrêtent plus. Développer la richesse poissonnière, interdire la culture des roseaux, contrôler l’extension urbaine, le tout dans un plan de développement durable des lacs. Tels sont les points essentiels du programme national pour la réhabilitation des lacs du nord. « Il n’est pas question de recommencer à zéro. Nous allons profiter des efforts qui ont été déployés au cours des années passées. Le programme d’observation des lacs du nord existe depuis 2009, et une base de données sur les lacs est en préparation. Je crois qu’il y a un réel souci de tourner la page de la négligence et de rendre actif et effectif le protocole signé il y a quelques mois entre les ministères concernés », précise Mohamad Farouq, responsable des zones côtières au sein de l’Agence Egyptienne des Affaires de l’Environnement (AEAE).

Avec une superficie de 1 570 km2 pour les lacs côtiers et 610 km2 pour les autres lacs, comme le lac Nasser et le lac Qaroun, les lacs d’Egypte occupent une place importante parmi les lacs d’Afrique. Cinq lacs ont été déclarés réserves naturelles, à savoir Qaroun, Bardawil, Manzala, Borollos et Achtoune Al-Gamil. L’importance écologique de ces réserves tient notamment au fait qu’elles sont situées sur lesitinéraires des oiseaux migrateurs, sans oublier la biodiversité de ces milieux. Il y a quelques mois, le Centre des recherches agricoles et l’Autorité du développement de la richesse poissonnière ont pris des photos satellitaires des lacs du nord qui ont permis de calculer leur superficie suite aux dommages causés par les pisciculteurs. « Les nouveaux chiffres donnent une superficie se situant autour de 169 000feddans (70 980 ha) pour ces lacs. Le ministère de l’Agriculture souligne que, durant les trois dernières décennies, les lacs du nord ont perdu plus de 50 % de leur superficie », indiquait à la presse Ahmad FathiOsmane, président de l’Autorité du développement de la richesse poissonnière. Le principal problème dont souffrent les lacs d’Egypte est la pollution causée par les déchets qui s’y déversent. Selon les études faites sur le lac Manzala, la quantité de déchets non traités issus du drainage sanitaire et déversés dans le lac s’élève à 1,5 million de m3, dont 1,25 million en provenance du Grand Caire. « Un lac commeManzala souffre en premier de la pollution. Pour freiner la dégradation de ses richesses, il faut stopper l’afflux des eaux du drainage sanitaire. Ou au minimum procéder à un traitement préliminaire de ces eaux, avant que ce flot de polluants ne se déverse dans le lac. Il est nécessaire d’approfondir les lacs et d’augmenter le nombre d’accès sur la mer des lagunes, pour favoriser le renouvellement des eaux », déclareWahid Aboul-Fadl, chercheur à l’Institut national de l’océanographie et des pêcheries à Alexandrie.

Pour mieux exploiter les richesses des lacs, des mesures fermes doivent être prises.

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