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Quitter le Fayoum pour la capitale

Dina Darwich, Lundi, 30 décembre 2013

Enfants
(Photo : Nour Keraidy)

A première vue, il pourrait être un adulte. Mais c’est un adolescent de 14 ans. Mohamad passe, d’une maison à l’autre et d’un pas rapide, prendre le linge à repasser de ses clients du quartier de Madinet Nasr. « Je n’irais plus dans mon village d’Al-Haya, dans le gouvernorat du Fayoum. Je n’en peux plus de la Haute-Egypte. Les conditions de vie ici sont meilleures même si je dois travailler dix heures d’affilée », lance Mohamad Rabie qui a quitté temporairement son école préparatoire du Fayoum pour gagner sa vie.

Son quotidien est une série de tâches pénibles, pourtant il ne regrette pas son choix. Il arrive à peine à lire et à écrire, a du mal à faire les comptes notés par son patron sur un cahier. « J’ai fini mes études primaires, mais je ne sais pas encore bien lire. La classe de mon village comptait 80 élèves, les professeurs nous bombardaient d’injures, et les leçons particulières étaient obligatoires », raconte Rabie qui se rendra quand même au Fayoum pour passer ses examens de fin d’année.

Avec les 400 L.E. par mois qu’il gagne dans la capitale, sa famille composée de 7 membres peine toujours à joindre les deux bouts. Surtout depuis l’entrée en vigueur d’une loi qui organise la relation entre les propriétaires et les locataires des terrains agricoles, qui a rendu la vie bien difficile. Sa famille s’est agrandie au fil des ans. Elle vivait de l’argent des récoltes de la terre et n’arrive plus à satisfaire ses besoins. Son père, paysan, a dû aller travailler comme cuisinier dans les mariages du village.

C’est donc Mohamad, le fils aîné, qui a pris la responsabilité d’aider son père. « J’ai travaillé, au début, dans mon village natal. Mais sur mon vélo, j’ai failli perdre la vie lors d’un accident. J’ai été plus chanceux que mon cousin qui a trouvé la mort dans un accident similaire, car le seul centre médical de notre village est démuni des équipements nécessaires », annonce le garçon.

Malgré son rude quotidien, ce repasseur pense avoir une situation de rêve. Avec les quelques pourboires qu’il reçoit, il arrive à s’acheter quelques bricoles comme des friandises ou un ballon de foot. « Le seul terrain de foot de mon village est couvert de boue, on n’arrive pas à y jouer. Les deux poteaux qui se dressent font comprendre qu’il s’agit là d’un terrain de foot. Ici, au moins, j’ai la chance de jouer au ballon et de courir parfois sur le gazon », conclut Mohamad.

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