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Fauconnerie: Un talent, un art, une passion…

Manar Attiya, Dimanche, 11 octobre 2020

Depuis des millénaires, les faucons sont domestiqués et dressés pour la chasse au vol. Aujourd’hui, cette activité commence à attirer de nouveaux amateurs et passionnés. Reportage dans une région désertique près du Caire où l’Association de fauconnerie organise, tous les vendredis, un programme de formation.

Fauconnerie  : Un talent, un art, une passion  …
Le faucon est l’oiseau le plus rapide au monde.

Agé de 11 ans, Basmala Al-Sayed, est la plus jeune fauconnière participant à l’atelier de formation. Alors que ses camarades aiment monter à cheval et regarder des films pour enfants, Basmala a un autre hobby. « Je suis une grande passionnée des rapaces », lance la jeune fille qui participe aux cours pour le dressage des faucons. Basmala, qui arrive à peine à tenir un faucon entre les mains, suscite l’intérêt des spectateurs. Chacun porte un regard tendre et parfois amusé sur elle. La petite a hérité cette passion de sa famille. Sa fascination pour les rapaces remonte à sa plus tendre enfance. Très jeune, Basmala accompagnait souvent son père et son défunt grand-père qui pratiquaient la chasse au vol dans le désert de la mer Rouge en 2010. Au Caire, dans la villa familiale, un vaste espace est réservé aux faucons et la petite fille a grandi parmi les faucons. Ses parents en possédaient 11.

Fauconnerie  : Un talent, un art, une passion  …
La fauconnerie permet à nos enfants d’apprécier les charmes du désert. (Photo:Mohamad Adel)

Là, à Al-Tabba, une région désertique de la ville du 6 Octobre, une tempête de sable jaune s’annonce à l’horizon pendant qu’une colonne de 4×4 climatisés dévore l’étendue désertique. Une trentaine de fauconniers, entre spécialistes et amateurs en herbe, venus de différents gouvernorats d’Egypte, participent aux cours de formation. Dans une tente bédouine, les fauconniers et les spécialistes sont installés l’un à côté de l’autre sur une même banquette et les amateurs de fauconnerie, tous âges confondus, sont assis à même le sol. D’autres sont debout tenant leurs faucons chaperonnés sur leur poing ganté, en attendant le commencement de l’atelier de formation. « Cette séance d’entraînement vous permettra de mieux comprendre cette pratique et reconnaître les éléments importants à observer lorsque vous êtes en contact avec des oiseaux de proie », explique Al-Nozahy Sakr, entraîneur. Une demi-heure avant la fin du cours, chacun se lève à tour de rôle pour enregistrer son rapace, puis, la séance de chasse au vol commence. Mais avant, les entraîneurs doivent connaître l’âge de chaque rapace et le nom de son maître.

Plusieurs milliers d’adeptes

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Le dressage d’un faucon demande 2 à 4 semaines. (Photo:Mohamad Adel)

Ces séances d’entraînement de 2 heures ont lieu chaque vendredi. Ils sont organisés par l’Association des fauconniers d’Egypte qui compte 4800 membres. Au début de l’année 2017, elle n’en comptait que 11. Une association à but non lucratif qui regroupe la quasi-totalité des amateurs, spécialistes et protecteurs de l’art de la chasse au vol en Egypte. « Notre objectif est d’encourager les personnes des deux sexes à s’initier à la fauconnerie et contribuer à la reproduction des espèces d’oiseaux utilisées dans ce domaine », note Abdallah Mohamad Abdallah, directeur de l’association et organisateur du concours.

A la fin de chaque atelier, une course de faucons sur 400 mètres est programmée. Lors de la dernière compétition tenue en février 2020, les trois vainqueurs ont été le faucon Chahine, dont le propriétaire est Mazen Essam, 20 ans. Son oiseau de proie a parcouru cette distance en 17,31 secondes. Le rapace Al-Wakri, dont le propriétaire est Hazem Abdallah, 14 ans, a mis 17,264 secondes. Et, le faucon Al-Wakri, qui appartient à Basmala Al-Sayed, 11 ans, a atteint cette même distance en 17,067 secondes. Les trois gagnants ont reçu un certificat et un trophée honorant leur position dans le concours. « Nous sommes passionnés de fauconnerie et nous sommes fiers d’être les gagnants de ce concours », lancent avec enthousiasme les jeunes fauconniers, heureux d’avoir réalisé un tel succès. « La patience, la force morale et la volonté sont des valeurs importantes que nous voulons inculquer aux nouvelles générations », déclare Mohamad Al-Sayed, vice-directeur de l’association.

En fait, l’admiration pour la fauconnerie découle des notions de courage, d’honneur et de noblesse, des valeurs arabes traditionnelles très appréciées, qui sont associées à cette activité. C’est au début des années 2000 que la fauconnerie a commencé à apparaître en tant que pratique et passion chez les Egyptiens faisant partie de l’élite. Cela a commencé par quelques individus qui faisaient de la chasse au vol de manière individuelle. Quelques années plus tard, les passionnés ont profité des réseaux sociaux pour publier leurs « posts » préférés sur leurs pages personnelles. Ils ont commencé à se regrouper et à se connaître via Facebook et Instagram. En 2012, le premier Club des rapaces égyptiens, dépendant de l’Union internationale des faucons, a vu le jour à Alexandrie. Ce club, qui ne comptait que 12 membres, regroupe actuellement 12000.

Le faucon, symbole de force

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Une trentaine de fauconniers, entre spécialistes et amateurs, participent à l’atelier de formation. (Photo:Mohamad Adel)

Le faucon est l’oiseau le plus rapide au monde. Sa vitesse pourrait atteindre 180 à 389 km/h, lorsqu’il veut attaquer sa proie qu’il attrape au vol après une poursuite horizontale ou verticale de quelques centaines de mètres. Ce rapace est très courageux et possède une force remarquable. « Lorsqu’il veut saisir sa proie, il se lance dans le ciel en faisant semblant de ne pas l’avoir vu. Puis, les ailes à moitié repliées, la tête en avant, il entame un piqué rapide pour la saisir par derrière. Le faucon a la possibilité de s’attaquer à des proies plus grandes que lui. Et, si elle est lourde, le faucon la mangera au même endroit, la même journée et en plein soleil », explique Omar Hayssam, président du Club des rapaces égyptiens, situé à Alexandrie, et un expert dans le dressage des faucons. « Il faut entre 2 et 4 semaines pour dresser un faucon », poursuit Omar en attrapant un faucon dont les yeux sont recouverts d’un capuchon en cuir. « Le faucon doit apprendre à répondre à son nom et à obéir aux ordres donnés. Retenu par une cordelette attachée autour du gant du fauconnier, l’oiseau doit aussi apprendre à attraper les proies proposées par son maître. Une fois les séances de dressage terminées, le faucon est prêt pour participer au concours. La saison de chasse débute au mois de janvier et se termine fin mars », explique Hazem Abdallah, 15 ans, pris de passion pour les faucons. Très jeune, son père avait recueilli un faucon blessé. « C’est à partir de là qu’est née ma véritable passion pour les faucons. Je me suis beaucoup documenté, j’ai regardé de nombreuses émissions, lu de nombreux ouvrages », poursuit-il.

L’élevage et le dressage des oiseaux de proie, surtout les faucons, ont été pratiqués depuis des millénaires. La fauconnerie date de 4000 ans au moins, elle est probablement le sport le plus vieux au monde. L’art de chasser avec un faucon date du temps des pharaons. De nombreux faucons momifiés ont été retrouvés dans plusieurs temples à Kom Ombou, Thèbes, Dendara et Abydos. Un des dieux les plus connus de l’Egypte Ancienne, Horus, est représenté comme un homme ayant une tête de faucon, un animal qui symbolise la force. Dans les textes des pyramides, les pharaons avaient les ailes et les plumes du faucon.

Une activité liée au désert

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(Photo:Mohamad Adel)

Et comme le faucon était important pour les pharaons, il était aussi utile pour les bédouins. Jadis, avant la découverte des armes à feu, les bédouins de Matrouh et de Sinaï attrapaient des faucons lors des migrations, pour les dresser à la chasse. « Durant l’hiver, le faucon permettait à nos grands-parents, qui vivaient en plein désert, d’attraper des lapins, des gazelles ou autres animaux comestibles. C’est ainsi qu’ils parvenaient à nourrir leur famille. Mais, pour nous qui vivons aujourd’hui au Caire, la fauconnerie est considérée comme un simple hobby », explique Hamed, fauconnier depuis une dizaine d’années. Nadine, maman d’un fauconnier de 15 ans, ajoute : « J’aime les faucons car ils participent à l’élimination des souris, des rats, des lézards ainsi que des insectes nuisibles ».

Soudain, des huissements stridents se font entendre et des cris de joie retentissent. Un faucon vient d’attraper un pigeon en plein vol. Tous les participants sont éblouis par le spectacle qui s’offre à leurs yeux « Mashä Allah, Mashä Allah (expression religieuse que l’on peut traduire par fantastique) », lancent en choeur les spectateurs. Heureux, le propriétaire du faucon, Mahmoud El Banna, âgé de 12 ans, jette sa casquette en l’air. Il est sacré vainqueur de l’épreuve, il rentrera chez lui arborant fièrement son trophée car son papa a promis de lui acheter un autre faucon, plus grand. « J’ai entraîné mon oiseau durant 2 mois, j’ai eu beaucoup de chance aujourd’hui », dit-il .

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