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Mon masque, mon compagnon

Manar Attiya, Dimanche, 14 juin 2020

Alors que le port du masque est devenu obligatoire dans les espaces publics et qu’il fait désormais partie intégrante du quotidien des Egyptiens, ces derniers tentent de s’y accommoder et de l’accommoder à leur vie, chacun selon ses préférences.

Mon masque, mon compagnon
Le port de cette protection respiratoire contre le Covid-19 est devenu obligatoire depuis le 30 mai. (Photo:Mohamad Mounir)

Des masques de protection respiratoire (FFP), de type chirurgical ou avec filtre intégré difficiles à trouver en pharmacie. Des masques dits « grand public » fabriqués dans le cadre de l’épidémie du Covid-19, écoulés ça et là, tantôt par des ven­deurs à la sauvette, tantôt sur Internet. Ceux en tissu fabriqués par des profes­sionnels et d’autres faits maison lavables et réutilisables. Des modèles contrefaits aussi ...

Alors que le port du masque est devenu obligatoire dans « les com­merces, les transports publics, les entreprises publiques et privées, les banques et les lieux du travail », comme l’a annoncé le 17 mai le pre­mier ministre, Moustapha Madbouli, et que des amendes allant de 300 L.E. à 4000 L.E. seront imposées aux réfractaires, toujours selon le premier ministre, chacun cherche le modèle qui lui convient. Car ce petit carré de papier, de tissu ou de masque à visière en plastique, indispensable pour se protéger du Covid-19, réduit de façon significative le risque de contamina­tion du virus qui se transmet d’homme à homme par l’inhalation de goutte­lettes de salive émises lors d’éternue­ments ou de toux.

Le visage couvert d’un masque et les mains chargées de sachets remplis de provisions alimentaires, Nagwa dégouline de sueur. Cette femme retraitée de 70 ans ne déroge pas à la règle, elle tient à prendre ses précau­tions pour éviter tout risque de conta­mination au Covid-19, mais aussi pour éviter de payer l’amende. « Dès que je sors de chez moi, par exemple pour me rendre au supermarché ou régler mes factures je le mets, et j’essaie de m’y accommoder tant bien que mal », dit Nagwa. Elle confie qu’au début, elle a pris cette histoire de coronavirus à la légère. « Je me suis résignée à le por­ter. Et, dès que je rentre à la maison, je le désinfecte avec du gel hydroal­coolique pour pouvoir l’utiliser encore une fois », dit-elle, en ajoutant : « Quand je le porte, je sens que je manque d’oxygène car j’ai du mal à respirer. Mon médecin généraliste m’a conseillé de le baisser de temps en temps pour mieux respirer ».

Nouvel accessoire de mode

Mon masque, mon compagnon
Ce petit carré de plastique, de carton ou de tissu est devenu indispensable pour se protéger de la propagation du Covid-19. (Photo:Mohamad Mounir)

Face à la forte demande, l’Etat pro­jette de fabriquer 30 millions de masques en tissu par mois, soit 1 mil­lion de masques par jour, comme l’a déclaré la ministre de l’Industrie et du Commerce, Dr Névine Gamea. Face à la forte demande aussi, les publicités ont commencé à se multiplier à la télé, parallèlement aux spots de sensibilisa­tion. Et le masque est devenu un nou­vel accessoire de mode, surtout ceux en tissu. « Achetez votre chemise avec un masque assorti à sa couleur ! », dit-on aujourd’hui. Sur les réseaux sociaux, les anecdotes ne manquent pas, certaines parlant de telle ou telle artiste portant des masques incrustés de diamant, de telle ou telle marque mondiale de renom produisant des masques « haut de gamme » signés. A l’opposé, un jeune garçon, Abdou Abdallah, habitant au village Al-Achey de Louqsor, a diffusé une vidéo où il fait porter un masque à son âne. Cette vidéo a circulé dernièrement sur les réseaux sociaux. « A travers cette vidéo, je voulais inciter les gens à porter des masques pour se protéger du coronavirus », dit le jeune garçon en souriant.

D’autres vidéos courtes et ludiques ont fait leur apparition portant le mes­sage suivant: « Si tu dois porter un masque, alors fais-le correctement ! », tout en mettant en scène des soignants qui donnent les règles à suivre lorsqu’on porte un masque en papier ou en tissu, et ce, pour mieux se proté­ger du virus. En quelques jours, ces petits clips ont comptabilisé des dizaines de milliers de vues sur Youtube et Twitter. Parallèlement, cer­tains ont pris l’initiative de fabriquer leurs masques eux-mêmes, en récupé­rant de vieux tissus ou réutilisant de vieux vêtements en coton. C’est ce qu’a fait Fawziya. « Le confinement m’a donné cette envie de me remettre à la couture. La santé de ma mère âgée de 75 ans est fragile. C’est donc tout naturellement et par inquiétude que je me suis mise à faire des masques, pour lui en envoyer, afin qu’elle se protège lorsqu’elle sort de la maison », confie Fawziya, femme au foyer qui a res­sorti sa machine à coudre, enfouie au fin fond d’un placard depuis long­temps, et qui passe désormais son temps à fabriquer des masques pour les offrir à sa famille et ses voisins.

Se protéger et protéger les autres

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Dans les rues, les transports en commun ou n’importe quel lieu public, le port du masque a fini d’intégrer les habitudes des Egyptiens en 2020. (Photo:Mohamad Mounir)

« Le masque fait aujourd’hui partie intégrante du quotidien des Egyptiens. Porter un masque dans un magasin, c’est se protéger, mais aussi protéger les autres, surtout les vendeurs qui sont au contact permanent avec les clients », lance Mahmoud, qui fait du lèche-vitrine dans un centre commer­cial de Madinet Nasr. Là, dans les quelques boutiques de prêt-à-porter, le port du masque est de rigueur. Les agents de sécurité interdisent l’accès aux clients qui ne portent pas de masques. Certaines clientes se pres­sent d’ouvrir leurs sacs à main pour sortir leurs masques avant d’entrer. Et avant de descendre de leurs voitures, les hommes n’oublient pas d’enfiler leurs masques. Dans la rue, les trans­ports en commun ou n’importe quel espace public, le port du masque a fini par s’intégrer dans les habitudes des Egyptiens. Il est devenu le symbole d’une épidémie diffuse, qui touche la quasi-totalité de la planète. Après la décision du premier ministre, le port du masque a été imposé dans un grand supermarché. Un moyen de rassurer les clients? Sûrement, mais c’est aussi pour éviter toute contamination du personnel. « Nous croisons des cen­taines de personnes chaque jour, nous manipulons des produits palpés par des centaines de clients, nous encais­sons des pièces de monnaie qui ont été touchées des milliers de fois, sans avoir le temps de se laver les mains régulièrement. Nos conditions de tra­vail en tant que caissiers nous expo­sent aux dangers de contamination au coronavirus », dit l’un des travailleurs d’une chaîne de supermarchés, qui vend des masques à l’entrée de chaque succursale pour ceux qui n’en ont pas.

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Pour ce qui est des lieux de travail, certains employeurs l’offrent gratuite­ment ou à prix réduit, d’autres vont plus loin en citant des conditions pour le port du masque. « Tous les modèles sont acceptés, en papier ou en tissu, à condition que les masques soient por­tés correctement et que les clients ne les baissent pas sur leur menton ou sous leur nez. Des scènes de ce genre se répètent des milliers de fois au cours de la journée. Mais l’essentiel est de sensibiliser le personnel pour éviter tout risque de contamination », explique un agent de sécurité à l’entrée d’une institution étatique. Quant aux transports en commun, qu’il s’agisse du métro, des bus, des microbus ou des trains, le port du masque y est aussi obligatoire. Dans toutes les stations de métro, un moyen de transport utilisé par 3,5 millions d’usagers par jour, ils sont vendus à un prix réduit.

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« Une sanction sera imposée à n’im­porte quel fonctionnaire qui retire son masque dans le cadre de son travail : 3 jours de retrait de salaire. Et si cela se répète, 15 jours de retrait de salaire. Et à la 3e fois, ce fonctionnaire sera licencié. Et en cas de contrôle policier, si le port du masque n’est pas respecté dans les lieux de travail, une amende de 10000 L.E. sera imposée aux entre­prises, usines, établissements publics et institutions. Quant aux élèves qui s’apprêtent à passer le bac, le port du masque est de rigueur pour eux. Et la distanciation physique de 1,5 m à 2 m est à respecter entre les bancs des élèves », a prévenu Dr Moustapha Madbouli.

L’affaire est donc prise au sérieux. Pas moyen d’y échapper. D’où les idées innovantes qui fusent ça et là. Les plus coquettes, elles, portent des masques à la mode et assortis aux cou­leurs de leurs tenues. « Il existe actuel­lement des masques dernier cris, transparents et qui laissent entrevoir le rouge à lèvres », précise Héba, une jeune fille férue de mode, avant de s’écarter précipitamment d’une femme qui vient de tousser .

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