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Mohamad Al-Saïd Idris : Différents pôles sont en conflit pour former un nouvel ordre mondial unipolaire ou multipolaire

Ghada Ismaïl, Mardi, 01 janvier 2019

Mohamad Al-Saïd Idris, conseiller au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, explique l’impact de la politique de Donald Trump sur l’ordre mondial.

Mohamad Al-Saïd Idris

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous l’équilibre de force entre les grandes puissances aujourd’hui. Assistons-nous à l’avènement d’un nouvel ordre mondial ?

Mohamad Al-Saïd Idris : L’ordre mon­dial connaît actuellement de nombreux genres de conflit. Des conflits qui s’en­chevêtrent malheureusement. Le plus évident est le conflit autour de la domi­nation de l’ordre mondial et sa structura­tion en un ordre unipolaire ou multipo­laire, surtout après l’effondrement de l’ancien ordre bipolaire en 1991 avec la chute du pacte de Varsovie et l’effrite­ment de l’Union soviétique. Le deu­xième conflit, tout aussi dangereux, est le conflit indirect entre le capitalisme pro-mondialisation allié aux monopoles technologiques, qui détiennent tous les pouvoirs et toutes les richesses, et les autres classes sociales. Ainsi, la question de savoir qui dirige le monde ne se rap­porte pas seulement aux Etats-Unis, mais inclut d’autres forces qui se font concurrence pour imposer leur domina­tion. Si la chute de l’ordre bipolaire en 1991 n’a pas permis aux Etats-Unis de fonder un empire mondial qui domine le monde à travers un ordre unipolaire, la rivalité entre les grandes puissances, après l’entrée en lice de la Chine, de la Russie et de l’Union européenne, n’a toujours pas permis non plus d’imposer un nouvel ordre multipolaire. On témoigne maintenant d’une concurrence entre les pôles pour former un ordre multipolaire ou un ordre unipolaire.

— Quelles seront les conséquences de la politique protectionniste de Trump et du retrait des Etats-Unis des traités internationaux ?

— Les conséquences seront certes négatives à tous les niveaux, car cette politique mènera à une double polarisa­tion. Une polarisation en dehors des Etats-Unis contre les Etats-Unis, qui imposent des sanctions à tout le monde, y compris leurs alliés du G7, et une autre polarisation au sein même des Etats-Unis entre les forces bénéficiaires de cette politique trumpiste, notamment les industriels et la main-d’oeuvre, et les forces politiques. On craint l’effondre­ment du système économique mondial à cause de ces politiques, et les séquelles de cet effondrement sur l’économie américaine.

— Cela signifie-t-il qu’il est peu probable que Trump soit réélu pour un second mandat ?

— Oui, surtout après la démission du secrétaire à la Défense, James Matisse, dans laquelle il a dévoilé son désaccord avec Trump sur le retrait américain de Syrie et d’Afghanistan et la nécessité pour les Etats-Unis d’accorder plus de respect à leurs alliés. De plus, la conjoncture est désormais favorable à ce que le Congrès interpelle Trump autour des accusations portées contre lui, qu’il s’agisse des accusations por­tées contre son ancien avocat, Michael Cohen, condamné à trois ans de prison, ou celles figurant dans le rapport de Robert Mueller, l’enquêteur fédéral sur l’implication de la Russie dans la der­nière élection présidentielle. Tout ceci fait que les chances que Trump d’être réélu pour un second mandat sont assez faibles.

— Qui gagnera la guerre commer­ciale sino-américaine ?

— Les indices confirment que la Chine progresse en toute stabilité, alors que les Etats-Unis commencent à res­sentir la crise à l’intérieur et aussi dans leurs relations étrangères.

— Quel est l’équilibre de force entre les Etats-Unis et la Russie au Moyen-Orient ?

— La Russie prend les devants en particulier dans le dossier syrien, qui constituera le pilier du nouvel ordre régional moyen-oriental et la priorité de l’axe russo-irano-turc en plus de la Syrie évidemment. Cet axe se trouve opposé à un autre axe que Washington appelle l’Otan arabe et derrière lequel se trouve Israël. Cependant, les Etats-Unis conservent leur présence et leurs intérêts au Moyen-Orient auxquels il leur sera difficile de renoncer malgré le recul de la priorité du Moyen-Orient pour les Etats-Unis du point de vue de la richesse pétrolière, comme l’a souligné le prési­dent Trump lui-même. Il s’agit donc d’un conflit ouvert et dynamique aux multiples éventualités.

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