Enquête > Enquéte >

Plongée : Exploration, adrénaline et plaisir !

Nada Al-Hagrassy, Lundi, 22 janvier 2018

Autrefois confinée aux touristes étrangers, la pratique de la plongée sous-marine se répand de plus en plus parmi les Egyptiens. Si cer­tains centres d’appren­tissage ont dû fermer leurs portes, d’autres, en revanche, connais­sent une véritable prospérité. Reportage.

Plongée : Exploration, adrénaline et plaisir !
Les plongeurs font un « safety stop » avant de regagner la surface. (Photo: Sameh Mecharafa)

L’équipe de natation du club Al-Ghaba (la forêt) se prépare pour son exercice hebdoma­daire, le vendredi après la prière de midi. Les membres nageurs évitent une allée de la piscine, connue pour être consa­crée à ceux qui s’entraînent pour le Cap avec Sameh Mecharafa, l’entraîneur de renom de la plongée sous-marine. Parce que, selon le protocole d’apprentissage de la plongée en scaphandre, il est impératif d’entraîner les plongeurs dans une piscine avant de se lancer en mer. Au bord de la piscine, 2 hommes et 2 femmes préparent leurs équipements de plongée. Chacun aide son partenaire à enfiler son gilet stabi­lisateur auquel est attaché le tube d’air comprimé. Puis, ils chaussent les palmes tout en prêtant une oreille attentive aux instructions de leur coach. A son signal, l’un après l’autre se jette à l’eau, ils for­ment un cercle autour de Sameh qui leur explique la première étape de leur entraî­nement. « Vous allez enlever vos masques et commencer à respirer par la bouche et expirer par le nez. Vous devez compter jusqu’à 5 expirations avant de remettre le masque … Il faut apprendre à contrô­ler sa respiration sous l’eau parce qu’il arrive parfois des accidents et le plon­geur doit savoir comment agir », annonce Mecharafa à ses stagiaires.

Il arrive parfois que le masque et le régulateur d’un plongeur tombent à cause d’une faute commise par l’un de ses compagnons, dans ce cas, il faut garder son sang-froid, maîtriser sa respi­ration, récupérer le masque et le régula­teur, les remettre et continuer la plon­gée. « Mais si le plongeur est pris de panique, il peut commettre la plus fatale des erreurs : celle de remonter vite à la surface de l’eau », explique Mecharafa aux plongeurs, avant d’ajouter : « Là, c’est la mort certaine, car les gaz com­primés respirés pendant la plongée se dilatent et causent l’explosion des pou­mons ». Tous exécutent les ordres du coach et commencent l’exercice. Cependant, un membre de l’équipe n’ar­rive pas à continuer ses cinq expirations et remonte en surface, l’instructeur remonte avec lui l’aidant à prendre son souffle tout en lui donnant des conseils techniques concernant la régularisation de sa respiration, puis, ils redescendent ensemble et recommencent le même exercice jusqu’à à ce que tous les plon­geurs atteignent une parfaite maîtrise de la régulation de leur respiration sous l’eau.

Ce protocole d’apprentissage est pra­tiqué par tous les centres d’entraînement de plongée en scaphandre. Après la maî­trise de la respiration, l’équipe se dirige vers la partie la plus profonde de la pis­cine pour apprendre à contrôler la flotta­bilité. Les plongeurs adoptent la « Buddha position » et apprennent le code des signes sous l’eau.

Une fois tous ces exercices maîtrisés, Sameh emmène son équipe en mer Rouge, à Aïn Al-Sokhna. Là, les fans de la plongée descendent à une profondeur de 11 m pour appliquer ce qu’ils ont appris, car plonger dans une piscine est une chose, et le faire en mer est toute autre. « Dès que j’ai vu la profondeur de l’eau, j’ai paniqué et refusé de plonger avec eux », raconte Hanaa Mahmoud, l’une des plongeuses qui se souvient de son pre­mier contact avec la mer. « J’ai été ter­rifiée de ne pas ressentir le sol sous mes pieds », ajoute Hanaa. Elle n’est pas l’unique à réagir ainsi pendant la pre­mière plongée sous-marine. Dans ce cas, le plongeur refait des entraînements en piscine avec un instructeur privé, non pour maîtriser les techniques, mais pour apprendre à vaincre sa peur de la mer. Et ce fut fait. « Je me suis entraînée avec une instructrice privée au complexe des piscines du stade du Caire. Cet entraî­nement m’a beaucoup aidée à vaincre ma panique. Depuis, j’ai effectué une douzaine de plongées à des profondeurs variées. Et je vais continuer à plonger jusqu’à mon dernier souffle », dit Hanaa avec fierté.

En 1982, un seul centre de plongée !

Plongée : Exploration, adrénaline et plaisir !
Napoléon souhaite la bienvenue aux plongeurs. (Photo: Sameh Mecharafa)

En fait, l’Egypte n’a connu le loisir de la plongée sous-marine qu’assez récemment. Avant l’occupation israé­lienne du Sinaï, très peu d’étrangers et encore moins d’Egyptiens pratiquaient ce sport. A l’époque, toutes les villes de la mer Rouge, aujourd’hui florissantes, étaient complètement vierges. Après la récupération totale de la péninsule du Sinaï en 1982, il n’y avait dans toute l’Egypte qu’un seul centre de plongée à Hurghada. Et en 1983, deux centres, l’un à Charm Al-Cheikh et l’autre à Dahab, ont été inaugurés. L’activité de ces centres était supervisée par les Israéliens. Une situation jugée intolé­rable, ce qui a incité un groupe d’hommes de l’armée et de la police à fonder la Fédération nationale de secours et de plongée sous-marine, présidée par le général Nazih Halouda de l’armée maritime. La fondation de cette Fédération nationale a permis à l’Egypte de devenir membre de la Confédération Mondiale des Activités Subaquatiques (CMAS). L’Egypte a adhéré en 1982 à la CMAS fondée par 15 pays en 1959 à Viale Rome Italie. Ces pays sont l’Allemagne, la Belgique, le Brésil, les Etats-Unis, le Royaume-Uni, la Grèce, l’Italie, Malte, Monaco, les Pays-bas, le Portugal, la Suisse et la Yougoslavie. La confédération regroupe actuellement plus de 90 pays. Elle propose, grâce à des accords avec les principales fédérations nationales, différents niveaux de plongée en sca­phandre : 3 pour les plongeurs et 3 pour les instructeurs.

Chaque degré de plongée est matéria­lisé par une carte de niveau. Les débu­tants ont une carte d’une étoile, et après avoir effectué une vingtaine de plon­gées, le plongeur accède à deux étoiles, puis après 100 plongées, il aura une carte de trois étoiles. Au-delà de ce niveau viennent les brevets des instruc­teurs. Selon Mecharafa, son centre aurait octroyé, depuis son ouverture il y a une quinzaine d’années, environ 1 500 brevets accrédités par la CMAS.

Or, si actuellement le centre « Scuba Fun » est le seul à donner des cours de plongée en scaphandre au Caire, ce n’était pas le cas pendant les années 1990. A l’époque, il y avait une demi-douzaine de centres d’apprentissage de plongée sous-marine au Caire. Maadi Divers était le premier centre à ouvrir ses portes au Caire en 1990. Aujourd’hui, il est fermé au Caire et quelques branches sont dispersées dans les villes côtières. Ceci est dû au fait que même si de plus en plus d’Egyp­tiens apprennent ce sport, la majorité de la clientèle des centres de plongée demeurent des étrangers résidents en Egypte. Mais l’Etat de chaos qui a sévi en Egypte en 2011 a changé la situa­tion. « Beaucoup d’étrangers ont quitté le pays, et le nombre d’Egyptiens qui veut apprendre ce sport n’est pas suffi­sant pour garantir le même taux de bénéfice. C’est pour cela qu’on a dû fermer notre porte », souligne Abir, propriétaire du centre Nautilus situé à Héliopolis et aujourd’hui fermé.

Les Egyptiens, cible principale

Plongée : Exploration, adrénaline et plaisir !
Une totale relaxation attend les plongeurs sous l’eau. (Photo: Sameh Mecharafa)

Sameh Mecharafa voit les choses différemment. « Je veux répandre ce sport parmi les Egyptiens et non pas les étrangers », souligne-t-il. Pour réaliser cet objectif, Mecharafa propose cette formation à des frais raisonnables et les cours sont organisés en fin de semaine pour que les stagiaires ne « s’absentent pas de leur boulot ». Dina Al-Hilali, l’une des habituées des excursions de plongée du coach Sameh, dit : « J’adore tous les sports aquatiques. J’ai été tel­lement heureuse de voir l’annonce des cours de plongée sous-marine du centre de Sameh Mecharafa au club Al-Seid à Doqqi. J’ai immédiatement pris la décision d’apprendre ce sport et de le pratiquer. J’ai déjà fait plus d’une vingtaine de plongées et j’ai reçu mon certificat de deux étoiles comme plon­geuse accréditée ».

Mais si la plupart des gens pratiquent ce sport pour le simple plaisir, d’autres pensent en faire une carrière. Comme le jeune Moustapha Gamal, âgé de 19 ans, devenu une figure fixe de toutes les excursions maritimes organisées par Mecharafa. Il travaille comme agent de sauvetage au club Platinum. « C’est mon collègue qui m’a incité à prendre ces cours de plongée sous-marine. Dès le premier cours, ce sport m’a autant passionné à tel point que je pense faire une carrière d’instructeur de plongée sous-marine. C’est pour cela que j’effectue autant de plongées possibles », dit Moustapha qui, avant de vider sa valise, réserve une place pour le voyage suivant. Ces excursions se déroulent selon une routine bien fixe. Les gens partent vers la destina­tion de plongée le jeudi après-midi, effectuent chaque jour une plongée jusqu’au dimanche matin et rentrent au Caire très tard le dimanche. Très tôt le vendredi, les plongeurs montent à bord d’un bateau, Sameh, toujours secondé par le coach Mohamad Amin, divise les gens en 3 groupes. Les plus avancés plongent avec d’autres instructeurs et les débutants avec lui. Il faut être tou­jours deux à deux et chacun doit être attentif envers son camarade. Après la division des groupes, il leur explique les caractéristiques du site où ils vont plonger, la durée de plongée et la pro­fondeur des eaux, que ce soit une épave ou une riche et abondante vie maritime et épaves historiques. Et la mer Rouge a de quoi satisfaire tous les goûts.

En effet, La charte de la fondation de la CMAS exige une rigoureuse préser­vation et sauvegarde de la vie mari­time. C’est pourquoi l’Egypte a durci les pénalités contre quiconque détrui­rait ou pratiquerait la chasse sous-marine dans des zones préservées. La pénalité va jusqu’à retirer le permis du centre d’apprentissage qui ne respecte pas ces normes. Et pour atteindre cet objectif, la confédération nationale se donne corps et âme à l’entraînement des instructeurs selon ses critères.

Braver les dangers

A Hurghada se trouve le plus célèbre des sites d’épave connu sous le nom de « l’épave du Mina ». C’est un dragueur de mine égyptien de 30 m qui a été bombardé par les Israéliens en 1969 dans la baie d’Hurghada. L’épave repose maintenant sur son côté. Son armement est bien visible. Il est absolu­ment interdit aux plongeurs d’extraire les armes qui se trouvent encore dans l’épave, parce que le changement de la pression peu les faire exploser. Pourtant des différentes formes de coraux mous et durs occupent aujourd’hui l’épave et une très grande murène a été trouvée vivante dans l’un des trous. « La sur­face qu’occupe l’eau est supérieure à celle de la terre solide. Je veux décou­vrir ce monde extraordinaire », sou­ligne Karim Wasfi, un passionné de la plongée sous-marine. Il a effectué plus de 300 plongées, dont certaines à l’étranger. Il a plongé aux Seychelles, îles Galagos, Philippines … Pour lui, chaque site est différent. Chacun a une particularité bien propre. Ceux d’Egypte sont les meilleurs, dit-il. Il cite notamment le détroit de Tiran. Un endroit exceptionnel qui se compose de quatre récifs coralliens s’étendant en plein milieu du détroit. Le plus intéres­sant est Thomas Reef. Là, on trouve un passage et les plongeurs passent sous les trois arches qui le surmontent. Les poissons de Thomas Reef sont devenus familiers avec les plongeurs. Napoléon est un grand poisson des coraux qui s’est lié d’amitié avec les plongeurs qui prennent des photos avec lui.

Une passion qu’il partage avec sa femme Racha Ezz Al-Arab, qui pense que non seulement la plongée sous-marine lui permet d’exploiter un monde, mais aussi d’avoir de nouveaux amis. « La plongée sous-marine est le meilleur moyen de s’évader du monde réel vers un autre plus serein et plus calme », souligne-t-elle. Racha raconte que lors d’une de ses plongées à Dahab, elle s’est trouvée face à face avec un requin ballaine. « J’ai cru que mon coeur allait s’arrêter à la vue de la gigantesque bouche de ce spécimen. Mais chacun de nous a conti­nué ce qu’il faisait. J’ai terminé cette plongée et lui, il a continué son repas », dit-elle en souriant au souve­nir de cette rencontre extraordinaire. Et de conclure : « J’adore entrer en interaction avec des créatures exo­tiques. Seule la plongée sous-marine nous donne cette chance inouïe » .

Lien court:

 

Les plus lus
En Kiosque
Abonnez-vous
Journal papier / édition numérique