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Success Stories d'entrepreneurs en herbe

Manar Attiya, Lundi, 08 juin 2015

Etre Jeune et fonder sa propre entreprise en Egypte, c’est désormais possible grâce au projet « Meshwary ». Il est organisé par l’Unicef dans 5 gouvernorats pour le profit des enfants et des jeunes de 12 à 24 ans, dans le but de mettre fin au chômage. Tour d’horizon.

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Meshwary apporte le soutien technique nécessaire aux jeunes bénéficiaires.
C’est le petit projet de Rana Réfaï : « Fabrication de confiture de fraises fait mai­son ». Originaire du village de Tahta, à 30 km de Sohag, Rana Réfaï, 15 ans, en 3e préparatoire, a ainsi réussi à démarrer son petit business. Rana a commencé à vendre sa production aux membres de sa famille, ses voisines, ses amies et ses camarades de classe. Plus récemment, elle a commencé à en vendre aux petits supermarchés de son village. « Je vends le pot à 3 L.E. Je ne suis pas comme les supermarchés qui vendent le bocal à 5 ou à 9 L.E. », lance Rana avec simplicité. « Ma confiture de fraises ne coûte pas cher, et en plus, elle est savoureuse », ajoute-t-elle avec fierté.
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Rana Réfaï est l’une des 10 917 béné­ficiaires dont l’âge varie entre 12 et 24 ans qui ont participé au programme Meshwary. Ces bénéficiaires sont issus de 5 gouvernorats d’Egypte (Le Caire, Alexandrie, Charqiya, Sohag et Assiout).
En fait, Meshwary ou (construire l’avenir des jeunes) est un programme établi en partenariat avec l’Unicef et la banque Barclays, avec la coopération du ministère de la Jeunesse et du Sport. Il vise à lutter contre le chômage en permettant aux enfants des quartiers défavorisés d’aider leurs parents à sub­venir aux besoins de la famille. Il donne également l’opportunité aux jeunes issus de la classe défavorisée de développer leurs compétences, leur savoir-faire et d’avoir confiance en eux-mêmes. Et le plus important c’est qu’il les prépare à devenir « entrepre­neurs ».
Salma Wahba, fondatrice du projet auprès de l’Unicef, en explique la teneur et les étapes. C’est par le biais d’une publicité dans les bureaux de l’Unicef dans les gouvernorats, relayée par les ONG à travers les réseaux sociaux, qu’un appel est lancé aux jeunes à la recherche d’un job. Le bon candidat ou la bonne candidate doit avoir entre 12 et 24 ans, avoir une idée précise d’un projet, faisable et ren­table.
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L’Unicef trie les candidats en menant une petite enquête sociale pour s’assu­rer que les jeunes admis au programme n’ont pas d’autres sources de revenus et que leur condition sociale ne leur permet de compter ni sur la famille, ni sur leurs propres moyens.
Une fois la sélection faite, la pre­mière étape consiste à leur apprendre comment mettre de l’argent de côté pour faire les économies nécessaires au financement de leur projet. Il est à noter que Meshwary ne fournit aucune forme de financement. Il s’agit plutôt d’assurer une formation qui aide les concernés à prendre en mains leur pro­jet. A commencer par en définir les contours. Ensuite, des spécialistes les accompagnent dans les démarches pra­tiques, comme l’achat des matériaux, la gestion, et la commercialisation, qui commence d’habitude par l’entourage immédiat avant de s’élargir à un mar­ché plus vaste.
C’est une équipe de l’Unicef formée d’économistes, de spécialistes de mar­keting et de développement humain qui assure ces formations. Celles-ci s’effectuent sur plusieurs étapes. Des cours quotidiens d’informations basiques auxquels assistent tous les candidats reçus et qui s’étalent sur 21 jours. Ensuite, le suivi se poursuit en petits groupes répartis selon les idées des projets. Ceux qui ont des projets plus ou moins semblables suivent les mêmes séances. La troisième étape se fait à titre individuel à la demande du candidat qui trouve des difficultés nécessitant un conseil.
« Le plus important c’est apprendre aux jeunes de réfléchir, de prendre une décision et d’assumer une responsabi­lité. Personne ne le fait à leur place », explique Salma Wahba.
« Les enfants, comme les adoles­cents, assistent aux séminaires et ate­liers, dans les villages proches de leur domicile. Ils apprennent comment monter leur petit projet, mettre en place leurs idées, établir un plan pour le marketing, faire une étude de faisabi­lité, une étude du marché, etc. », ajoute Amr Farouq, responsable du projet auprès du ministère de la Jeunesse et du Sport.
Issue du village Chtoura, à 40 km de Sohag, Nabila, en 6e pri­maire, fabrique des accessoires pour femmes : colliers, bracelets, boucles d’oreilles, chaînes. « Le programme Meshwary nous a appris à économiser de l’argent. J’ai donc réduit ma consommation quotidienne en choco­lats et en sucettes pour parvenir à lancer mon petit projet. Au bout de quelques mois, je me suis rendue à Moski (quartier populaire) au Caire pour acheter tout le nécessaire pour fabriquer des accessoires », raconte-t-elle. Pour vendre sa production, Nabila se rend dans les grands malls. « Je vends le bracelet à 5 ou à 10 L.E., les boucles d’oreilles et les chaînes à 15 L.E. Mes prix sont dérisoires à compa­rer aux grandes boutiques qui vendent ce genre d’accessoires à des prix exor­bitants », précise Nabila avec un air malicieux.
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Il s'agit d'encourager les jeunes stagiaires à monter leurs propres projets.
« Les jeunes d’aujourd’hui ont besoin de croire qu’il est possible de partir à zéro et de réussir, et qu’à force de volonté, on peut braver tous les obstacles. Il suffit d’avoir de la persé­vérance et de la patience », lance Yousriya Ragab, directrice des petits projets au ministère de la Jeunesse et du Sport.
C’est le cas de Mahmoud Aboul-Naga, 26 ans, originaire du gouverno­rat de Charqiya, à 80 km du Caire, et diplômé de la faculté de droit. « Aujourd’hui, je possède un café dans mon village. Il y a un an, j’ai acheté un petit lot de ter­rain à 7 000 L.E. Là, j’ai installé des tables et des chaises et un grand écran de télévision. C’est ainsi que j’ai commencé », raconte ce jeune dont le travail l’a libéré de sa dépen­dance à la drogue.
Basma, 14 ans et qui habite dans le village Al-Balayza, situé à 25 km d’Assiout, avait un autre problème. Son père purge une peine de prison et sa mère n’a pas assez d’argent pour subvenir aux besoins de ses enfants. Basma est trop jeune pour travailler ou pour ouvrir un compte bancaire. Elle a demandé à sa mère de lui ouvrir un compte d’épargne à la poste. Ainsi, elle a pu économiser la somme de 200 L.E. pour lancer sa petite entreprise. Celle-ci consiste en un projet d’élevage de lapins et de volailles. « Aujourd’hui, c’est un projet à 100 % rentable », lance la jeune fille avec satisfaction.
Mais dans certains cas, il ne s’agit pas de monter un projet, mais tout sim­plement de se frayer un chemin dans le marché du travail. Amira et Mohamad font partie du personnel de l’hôtel Méridien et travaillent comme standar­distes. Ils ont participé à un atelier de formation organisé par le programme Meshwary où on leur a appris com­ment préparer un C.V., comment répondre aux demandes des clients … Des compétences impor­tantes pour se faire embaucher.
Après une étude du marché, Ahmad Mégahed, 21 ans, et diplômé de la faculté de commerce, a choisi de se lancer dans la production des sachets poubelles. Il a remarqué que dans son village Bani-Morr, dans le gouvernorat d’Assiout, on n’en vendait pas. Il s’est mis d’accord avec ses trois amis pour lancer ce projet. Ils ont acheté un équi­pement d’occasion pour fabriquer ses sachets en plastique. « Le matériel nous a coûté 1 900 L.E. Nous avons versé 1 000 L.E. cash et le reste, nous sommes en train de le rembourser avec 150 par mois », précise Ahmad avec fierté. « Notre production suffit seule­ment à notre village. Nous espérons en produire davantage pour pouvoir ser­vir tout le gouvernorat », ajoute-t-il.
Ahmad Mégahed est l’un parmi une centaine de jeunes qui ont remporté le prix d’encouragement du projet. Il a reçu un certificat d’investissement de 50 L.E. du ministère de la Jeunesse et du Sport lors d’une cérémonie le mois dernier dans un hôtel 5 étoiles au Caire.
Cet événement a été organisé en l’honneur de ceux qui ont remarqua­blement réussi leur projet. Lors de cette cérémonie, les bénéficiaires en ont profité pour exposer leurs produits. Une variété unique en son genre, de plus de 100 tenues vestimentaires, sacs en crochet et des accessoires féminins. Des broderies faites à la main, des articles en verre et en céramique fabri­qués par des enfants âgés entre 12 et 17 ans issus de nombreux villages, fau­bourgs et quartiers populaires du Caire. Tous ont un style qui leur est propre et utilisent des matériaux différents.
« Mon projet est de vendre des vête­ments ... Le mien est de créer des bijoux fabriqués avec des perles et des strass ... Moi, je confectionne des sacs ... Quant à moi, je vends des jouets d’enfants au rez-de-chaussée de mon immeuble … Mon petit business est de faire de la distribution des pro­duits alimentaires … Mon projet est la cuniculture (élevage de lapins). Moi, c’est l’apiculture ... », lancent les uns et les autres avec fierté. Etaient pré­sents à cet hommage le ministre de la Jeunesse et du Sport, Khaled Abdel-Aziz, les représentants de l’Unicef, les directeurs de la banque Barclays et des responsables de différentes ONG.
Vu le succès du programme Meshwary, les responsables de la Barclays, les directeurs du programme auprès de l’Unicef et le ministère de la Jeunesse et du Sport ont décidé d’éta­ler ce même modèle à 5 autres gouver­norats d’Egypte. De nouvelles his­toires de réussite attendent les jeunes de Kafr Al-Cheikh, Daqahliya, Assouan, Qéna et Nord-Sinaï .
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